Le Blog du Congolais

29 novembre 2011

Election présidentielle du 28 novembre

La communauté internationale a voté!

 

Roger Meece, Représentant du Secrétaire Général de l’ONU et patron de la MONUSCO, s’avoue, sur la télévision d’Etat, impressionné par le professionnalisme de la CENI, en dépit de  monstrueuses irrégularités relevées par la Radio Okapi – radio de l’ONU. Quant à Ban Ki-Moon, il invite les candidats à accepter les résultats des urnes, et à recourir, en cas de contestations, à la justice… congolaise. La responsable de la mission des observateurs de l’UE fignole déjà son oral dont l’introduction laisse déjà deviner la fin. La boucle est bouclée.

Le Lider Maximo, ses lieutenants, les congolais d’ci et de la diaspora se rendent à l’évidence : la communauté internationale n’a pas lâché son candidat de 2006. Pour elle, la morale, c’est comme dans Le Petit Poisson et le Pêcheur : un tiens vaut, mieux que deux tu l’auras, car l’un est sûr et l’autre ne l’est pas. Chez les grands, ils aiment bien Kengo, mais le fils de Lobitch est d’une telle impopularité au Congo! Ils sont séduits par Kamerhe. Seulement, sa course effrénée et précipitée au pouvoir compromet complètement sa lucidité.

Le seul problème de Tshisekedi : trop rigide ! Il regarde droit dans les yeux, et réclame, fifty-fifty, pour le peuple, d’abord.

Or, pour les grands du monde, c’est le Congo, et non les congolais, qui les intéresse.

Avant eux, les médias, avec TV5 et EURONEWS en tête, avaient déjà annoncé les couleurs, sans indiquer le moindre sondage : Kabila devrait passer car grand favori à cause d’une opposition désunie. Comme si, en 2012, en France, Sarkozy, devrait nécessairement passer si les socialistes ne se mettaient pas avec les communistes et les verts!

Une telle conclusion n’aurait pas été tirée si le point de vue du peuple congolais comptait, lui dont le pays a régressé depuis 2006 jusqu’à se classer dernier au tableau du PNUD. C’est plutôt sur leur propre opinion publique que les puissants médias occidentaux travaillent pour faire accepter leur vote, pardon, le vote de ces inconscients de congolais dont la démocratie est encore un luxe.

Radio France Internationale est tombée en admiration devant la manœuvre de Kabila qui a forcé son principal challenger d’atterrir sur l’aéroport de NDOLO et l’a ensuite bloqué à N’DJILI, en pleine campagne électorale, pour l’empêcher d’honorer ses supporters qui l’attendent depuis le matin. Il est y séquestré, à son arrivée, par la police et l’armée pendant huit heures, du temps jusqu’à presque minuit.

Peu avant dans la journée, le courageux reportage d’une des rares télévisions objectives de la capitale, CONGOWEB, a bien montré les membres du PPRD et ceux du PALU tenter d’empêcher, par des jets de pierres, ceux de l’UDPS de se rendre à l’aéroport international de N’DJILI accueillir Le Sphinx de Limete. Les militants de l’UDPS ont répondu vigoureusement aux agresseurs qui ont battu en retraite en laissant un mort sur le champ de bataille

Excédés par les images de campagne des médias du pouvoir entretenant une polémique d’arrière-garde sur la popularité des leaders, les Tshitshi boys de KIn s’étaient réveillés le 26 novembre avec la ferme résolution de corriger Mbandaka, Mbuji Mayi, Kananga, Bandundu et Matadi, où déjà, il n’y avait pas match du tout entre Kabila et Tshisekedi. Le Gouverneur PPRD de la ville, à qui le rapport de force sur terrain n’est pas passé inaperçu, annule les trois meetings préalablement autorisés dans la ville, pour Kabila, Kamerhe et Tshisekedi. Prétexte : des violences provoquées par les militants de l’UDPS qui ont tué le membre du PALU.

Si aphone face à la violence d’état, à la veille de la clôture de campagne électorale, la communauté internationale retrouve subitement toute sa voix et condamne unanimement et avec la dernière énergie les appels à la violence réitérés sur la Radio France Internationale par Tshisekedi. La même condamnation est réitérée par l’ambassadeur de Belgique sur une chaîne du pouvoir, alors que les déclarations d’un Judoka meneur de gang PPRD de sécuriser les élections avec machettes et biceps n’émeut personne de ces beaux messieurs.

Plus on s’approche de la dernière ligne, plus l’escalade monte de plusieurs crans. Et plus le silence de la communauté internationale se fait de rigueur. De son séjour sud-africain, Tshisekedi, est mis hors de lui par la rafle et la tuerie dont ses militants continuent à être victimes de la part de la police. Retrouvant son lingala kinois d’autrefois, il lance un appel à la légitime défense à ses combattants et pousse d’autres à aller libérer leurs collègues injustement détenus à Makala. Concert international de protestations de la très civilisée communauté internationale.

Les Tshisekedistes marchent-ils pour réclamer l’audit du fichier électoral et se font-ils tirer dessus et tuer à balles réelles? La communauté internationale, quand elle ne répond pas par un silence assourdissant, elle produit un communiqué aseptisé dans lequel elle condamne la violence et renvoie l’opposition et le pouvoir dos-à-dos.

L’opposition se fait-elle agresser, à la machette, par les milices des sportifs au service du PPRD et réagit-elle avec quelque vigueur ? La communauté internationale réclame un climat apaisé. Quand, au retour de dépôt de candidature du Docteur Tshisekedi, la permanence du PPRD est incendiée, la police accompagne le parti de Kabila se venger sur l’UDPS, coupable désignée. Bilan : permanence incendiée et deux morts dont les corps ont été subtilisés, à la morgue, par les services. Encore une fois, la communauté internationale renvoie tout ce beau monde dos-à-dos.

Pourtant, le signe était là : le silence assourdissant de la communauté internationale devant toutes les anomalies préélectorales.

Mais des miroirs aux alouettes : le succès de la tournée du Docteur Etienne Tshisekedi en Europe et en Amérique du Nord, et la mission de l’Ambassadeur Bill Richardson au Congo, en compliquaient le décryptage.

La position de l’occident, s’était-on mis à rêver à l’UDPS, avait changé à la suite de l’éclairage fourni aux partenaires par le président national. Surtout, insistait-on, le travail de Tshisekedi avait été facilité par le mécontentement des décideurs du monde à cause des contrats chinois portant sur la cession des plusieurs milliers des tonnes des minéraux pour moins de dix milliards de dollars, et des assassinats des activistes des droits de l’homme et politiques dont Floribert Tchebeya, Fidèle Bazana et Armand Tungulu.

Obama, jurait-on, ne voulait plus d’homme fort en Afrique. Il mettrait un point d’honneur à démocratiser le continent avant la fin de son premier mandat. Et pour s’en convaincre et convaincre, on citait Moubarak, BEN ALI Kadhafi, Gbagbo…

Aux politiques occidentaux, rassure-t-on, Tshisekedi avait demandé et obtenu juste une chose : leur non ingérence dans le processus électoral de 2011, convaincu que si Kabila n’était pas soutenu par ses parrains de 2006, il ne pourrait, avec son régime, résister à la vaque d’alternance. Ce que la communauté internationale s’empressa de garantir : elle n’avait pas de candidat pour 2011. Dont acte, à l’UDPS.

Seulement, dans cette affaire, il n’y a pas que Tshisekedi. Le peuple s’est mobilisé hier avec  l’engouement salué parce qu’il croit et aspire à un autre Congo. Et si ce Congo-là, pour lui, le peuple, passe par Tshisekedi, ceux qui, par racisme, pensent avoir le droit divin de décider à la place des Congolais, devront très vite revoir leur schéma. Sinon, ce sera le grand nettoyage  au réveil du volcan longtemps endormi qui bourdonne déjà.  

Anthony Katombe

Posté par congomania à 15:42 - Commentaires [1] - Rétroliens [0]

28 novembre, Ngoy Mulunda :

 

Le dangereux flop!

Des balles, des morts, des blessés, des bulletins de vote cochés sur le candidat n°3 à la présidentielle et sur les députés de la majorité, des bulletins sans case du candidat n° 11,  des militaires et policiers votant, des électeurs omis, des bureaux de vote délocalisés, des centres de vote inexistants, des bureaux fictifs dans des maisons des candidats, des témoins et observateurs chassés de bureaux de vote à coup de balles, des procès-verbaux ravis et déchirés,  d’autres procès-verbaux signés d’avance, des urnes bourrées et amenées dans des centres de compilation dont les adresses ne sont connues ni des électeurs, ni des candidats, ni des témoins… Telle est l’ambiance des élections de Ngoy Mulunda du 28 novembre 2011.

Le présent article est rédigé à partir du constat fait dans le centre de vote où nous avons joui de notre droit civique en participant aux élections présidentielle et législative, mais aussi et surtout sur base du monitoring de certains médias audiovisuels, dont RTNC1, CANALKIN TV, TV5 et principalement, la bien nommée Radio OKAPI.  

Exceptionnel engouement

Bien que le tableau tel que peint à partir du monitoring soit globalement sombre, il sied toutefois, d’entrée de jeu, de relever l’exceptionnel engouement des congolais qui se sont présentés massivement et de bonne heure, dans les différents centres de vote, s’acquitter de leur devoir civique. Partout, ils ont été décrits motivés, déterminés et disciplinés. Et même la pluie qui s’est invitée dans plusieurs coins du pays, n’a pas eu raison de leur bonne disposition.

Des fleurs aussi aux partis politiques et à la société civile qui ont mobilisés des témoins et observateurs tellement nombreux que l’espace des bureaux n’a pas pu les contenir tous.

Il serait également injuste de ne pas tirer notre chapeau à tous ces agents de la CENI qui se sont dépassé pour délivrer une performance au-dessus de la moyenne, en dépit d’une organisation bancale dans laquelle ils se sont trouvés embarqués par l’amateurisme et l’arrogance de leur leadership.

Mention ‘‘EXCELLENT’’ surtout aux agents de la CENI Bas Congo d’où aucun incident notable n’a été signalée à l’heure. Hormis, à Mbanza Ngungu, le retard d’ouverture du centre 10862 de la mission protestante CFBC, retard du à la tentative d’évasion des détenus de la prison situés à 200 mètres du centre.

Retard d’ouverture, insuffisance et absence de matériels de vote

‘‘Si on nous a  avait dit que nous regretterions Malu Malu…’’, soupire à côté de moi un jeune homme avec qui nous poireautons depuis 6 heures devant notre bureau de vote 170045 au centre Pasteur MULUDIKI, à Lemba/ Salongo. ‘‘Nous ne l’aurons jamais cru’’, complète une dame qui dit être là depuis 5 heures. Et pourtant, Ngoy Mulunda, président de la CENI, affirmait, répétait, à temps et à contretemps, que partout, au même moment, tous les bureaux ouvriraient à 6 heures. Notre bureau a ouvert à 8 heures, donc deux heures de retard !

Du monitoring réalisé, les correspondants et reporters de différents médias, à travers le Congo,  rapportent, globalement et malheureusement, la même triste réalité : pas de matériels de vote dans plusieurs centres à Kananga, Lubumbashi, Kasongo Lunda… il se trouve de bureaux sans isoloirs, des isoloirs sans couvercles, d’autres sans urnes, d’autres encore sans bulletins de vote en nombre suffisant, ou sans bulletins du tout.

Nous nous limiterons à relever un échantillon de cas les plus préoccupants. Si au centre Bubanji, Mbuji Mayi, Kasaï  Oriental, les bureaux ont ouvert à 10 heures 55’, soit presque 5 heures de retard, et qu’à Beni et à MINOVA, il a fallu attendre jusqu’à 12 et 13 heures pour voir les bureaux ouvrir, à Bongandanga, dans l’Equateur, les bureaux ne sont pas encore ouverts jusqu’à 11 heures 30’, les matériels de vote n’y étant toujours pas acheminés. Même situation à Masina Sans Fil, Kinshasa, et à Kasongo Lunda, Bandundu, où les électeurs continuent à attendre, à 15 heures, les matériels de vote. Les opérations de vote ont du être prolongées d’une journée sur tout l’ensemble du pays, beaucoup de centre n’ayant pas ouvert ce 28 novembre 2011.

Plus grave encore, il est signalé dans plusieurs centres de vote à Ngandajika, Kamiji et partout ailleurs au Congo, d’inquiétants arrêts dus à l’épuisement des bulletins de vote.

Le calvaire des omis

Dans le Congo profond et même à Kinshasa, beaucoup d’électeurs ont eu la désagréable surprise de ne pas retrouver leurs noms sur les listes électorales. Ngoy Mulunda s’était fait bonne conscience en conseillant aux électeurs, à travers la radio et la télé, de chercher les informations sur le site de la CENI et par SMS à l’aide de leurs téléphones portables. Comme si la couverture électrique, téléphonique et Internet atteignait ne serait-ce que 20% de la population!

C’est comme si tout était fait pour frustrer les gens, les pousser au découragement et leur faire abandonner. Comment ne pas le penser quand, à travers tout le pays, les chefs des centres et de bureaux de la CENI passent outre la directive de Ngoy Mulunda de faire voter les omis par dérogation?

Là où la CENI pousse le bouchon très loin, c’est quand certains de ses responsables incriminent les électeurs pour être allés consulter leur noms le jour même du vote. Comment les électeurs auraient-ils soupçonné des problèmes alors que, lorsque les Tshisekedistes se faisaient tuer pour réclamer l’audit du fichier électoral, Ngoy Mulunda déclarait, main sur le cœur, que tout allait bien comme dans le meilleur des mondes?

Délocalisation

Nombre d’électeurs ont trouvé, le jour du vote, leurs bureaux délocalisés et se sont fait trimbaler sur des distances allant de 15 à 30 kms, par les membres de la CENI. A Bunia seulement, plus de 5000 électeurs se font promener d’Hérode à Pilate sans savoir à quel saint se vouer. Et parmi ces gens, beaucoup de personnes du troisième et quatrième âge, les personnes vivant avec handicap, les femmes enceintes ou portant des bébés sur les bras… D’aucuns se sont découragés et ont regagné leurs domiciles, dans l’indifférence totale des agents de CENI. D’autres par contre, sont montés sur leurs grands chevaux et exigé qu’ils soient inscrits sur la liste de dérogation du bureau le plus proche.

Questionnable transparence et précaire sécurité

Je suis assis à côte de  mon collègue le Pasteur KADIMA lorsqu’il lit un texto lui envoyé de Mbuji Mayi : ‘‘Ici, les urnes sont en train de se faire bourrer sérieusement’’.

A Kinshasa, et dans le reste du pays, tout se passe comme si, en lieu et place d’élections, on avait plutôt préparé une fraude électorale à large échelle. Des bureaux de vote, dont celui situé sur la rue TUANA à Lemba, refusent l’accès aux témoins. Des bulletins de vote à l’élection présidentielle cochés sur un  candidat dont les journalistes de CANALKIN n’ont pas voulu citer le nom pour des raisons évidentes de leur sécurité. Des sérieuses autres irrégularités sont par contre signalées dans la journée sur l’ensemble de la ville. A Masina, des policiers sont surpris transportant des bulletins de vote dans un chariot. Et des bourrages d’urnes signalés par ci par là par plusieurs responsables politiques. Tshangu, district le plus chaud de Kinshasa et fief de l’opposition, a passé la nuit sous couvre-feu.

A Mbandaka, juste après la sortie de BAENDE, Gouverneur de Province, les témoins de l’opposition ont été forcés de sortir du bureau. Ce qui a soulevé la population qui a suspecté une tentative de bourrage d’urnes. Toujours à Mbandaka, deux dames se sont fait lyncher par les électeurs : l’une étant trouvée en train de cocher des bulletins de vote, et l’autre achetant des cartes d’électeurs.

A Kananga, dans le Kasaï Occidental, des bureaux de vote ont été incendiés à cause de bulletins de vote trouvés cochés sur le président sortant. Alors qu’à MWEKA, connu comme le plus fidèle fief d’Etienne Tshisekedi, la tension a été des plus vives, quand les électeurs ont constaté des bulletins de vote, cochés sur le n° 11, sortis des urnes et déchirés. Même situation à Mbuji Mayi où une église a été incendiée par les électeurs du centre situé en son enceinte pour y avoir trouvé des bulletins cochés sur les numéros des président de la république et gouverneur de province sortants, alors que sur plusieurs bulletins, la case du candidat n° 11 a été carrément coupée.

Quand les militaires s’invitent à la fête

Comme les FDLR à Shabunda en 2006, en beaucoup d’endroits du Grand Kivu, les militaires et policiers ont voté. Ils ont fait irruption dans les bureaux de vote, ravis les cartes d’électeurs et coché le candidat de leur choix. Et quand il n’y a pas assez des cartes, ils prennent eux-mêmes les bulletins de vote, cochent sur le candidat n° 3, et les placent dans l’urne.

Quant à Faradje, le cœur n’est vraiment pas au vote. La veille, un groupe d’hommes armés ont fait incursion dans la cité, tué un homme et enlevé six de ses enfants qui ont été retrouvés plus tard dans la brousse.

Au Katanga, à Lubumbashi, dans les communes de Kenya, Kampemba et Katuba, des hommes armés cagoulés ont attaqué des bureaux de vote, tué et blessés des électeurs, des militaires et des policiers, emporté des bulletins de vote et brûlé d’autres cochés sur la case 11: urnes. Beaucoup de femmes ont été surprises avec des bulletins de l’élection présidentielle cochés sur le président sortant. Ce qui a poussé les électeurs à incendier des bureaux de vote et à blesser des policiers. A Likasi, une présidente de bureau de vote et un témoin ont été mis aux arrêts pour fraude.

Alors que le cri de guerre de campagne du candidat n° 3 était Na Raïs, 100% sûr, il est troublant de constater que tous les cas de fraude et de tricherie, sont soit pour son compte, soit pour celui de ses candidats députés. L’incident le plus cocasse : à Kabare, les bulletins de vote sont déployés, dans les centres et bureaux, par un candidat PPRD à bord de son véhicule.

Il est plus qu’inquiétant que l’on trouve des militaires et policiers pour tirer à bout portant et à balles réelles sur les militants de l’opposition pour les empêcher d’accueillir leur candidat, alors qu’on ne manifeste pas le même zèle quand il s’agit de placer les agents de sécurité sur les sites de vote.

Les graves irrégularités résumées ici proviennent essentiellement de la RADIO OKAPI dont les correspondants et reporters continuent à donner en temps réel, les faits vérifiables sur terrain. Si une chose est de reconnaître la crédibilité de cet organe de presse qui ne souffre d’aucune contestation, une autre est de voir les fameux observateurs de la SADC et de la communauté internationale qui se sont limités à quelques centres, lui emboîter le pas.

Car comme en 2006, la fameuse communauté internationale a déjà voté son candidat, toujours le même, qu’elle donne pour grand favori, sur un sondage dont la source n’est connue que d’elle seule.

Anthony Katombe

Posté par congomania à 09:49 - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
25 novembre 2011

28 novembre : Tshisekedi, et si nous avions été visités ?

Beaucoup d’entre vous n’ont pas arrêté de me demander la raison de mon silence et le manque de mise à jour du Blog du Congolais depuis près de deux ans. De ce silence, trois raisons majeures : la déception, le dégoût et le découragement en sont l’explication.

Déception et dégoût

La déception d’assister à l’impuissance d’une opposition incapable de s’organiser et de constituer une alternative, au pouvoir AMP-PALU-UDEMO, en l’absence de Jean-Pierre Bemba et d’Etienne Tshisekedi; le dégoût de voir des gens élus en 2006 grâce à l’aura du Chairman, retourner sans vergogne leur casaque pour aller à la soupe.

Et le découragement.

Au mois de novembre 2007, je vais couvrir, pour le compte de CongoOne et de Culturek, la cérémonie de lancement de vente de cartes du premier congrès de l’UDPS  http://congomania.afrikblog.com/archives/2007/11/20/6955639.html. Lorsque je vois Tshisekedi et l’UDPS réussir à lever 13.000 dollars, en moins de 30 minutes, dans une parcelle, je me dis  que le rêve congolais tant caressé va finalement se matérialiser.

Mais lorsque plus tard, alors que le sphinx lutte contre la maladie en Europe, je vois  ses collaborateurs se livrer publiquement en spectacle en se disputant l’héritage du vieux, au point de lui arracher des larmes dans une église, je me sens envahi par un paralysant sentiment de découragement. Pas de Bemba, pas de Tshisekedi, pas d’UDPS.

PPRD triomphant : cent ans au Raïs, tomotombele !

L’eau ne coule pas du robinet, le courant électrique a foutu le camp, le salaire du fonctionnaire  a cessé de tomber, les médicaments sont introuvables à Mama Yemo… Mais, ce n’est pas ça qui peut empêcher Kabila de dormir. Le bilan, c’est indiscutable, on en est très loin du compte. Mais, tout de même, Il en faut quand même deux pour aller à la compétition. Or, en face, il n’y a personne.  Aussi, est-ce tout à fait logiquement que le PPRD, rentrant triomphant trois ans plus tard de son université d’été de Kisangani, déclare,  face à une opposition laminée, être en mesure de faire passer, sans alliances, Kabila au premier tour de l’élection présidentielle de 2011.

Le sphinx, un phœnix qui renaît de ses cendres

Seulement, le Te Deum de la majorité est entonné un peu trop précipitamment. Peut-être qu’enivrés par le  pouvoir et le spectacle de l’UDPS, ils en sont arrivés à oublier le nombre de fois où il avait été dit de Tshisekedi : ‘‘Cette fois-ci, ça en est fini de lui’’. Comme à chaque fois, contre toute attente, même contre la maladie et le poids de l’âge, l’homme de Limete réussit à rebondir d’une façon qui  laisse la majorité sans voix. Son retour triomphal de décembre 2010 pousse la peur et l’assurance à s’échanger de domiciles. Tel un  chiffon quelconque, la constitution se fait amender dare-dare, par un parlement de parade, pour éviter à Kabila un deuxième tour dont il ne se fait pas la moindre illusion sur l’issue face à Tshisekedi.

 

Et si nous avions été visités ?  

Dans la force de l’âge, du haut de mes 44 ans, lorsque je reviens du Bas Congo, et même du Plateau de Bateke seulement, je suis bon pour un bain et pour le lit. Il ne faut surtout pas venir me demander d’aller rendre une visite de courtoisie  à un ami de quartier. Instinctivement, sous la l’emprise de la fatigue, mon corps vous répondra nooon!

Mais de voir un vieux de presque 80 ans, faire un voyage de plus de huit heures, et réussir, malgré la fatigue et le changement de climat, à rester debout dans une jeep pendant le même temps, pour  finalement trouver la force de parler pendant plus de 30 minutes à plus de cent mille personnes, j’en reste perplexe.

Voir cet homme faire tout le Congo en deux semaines, soulever tant d’espérance et de confiance d’innombrables foules de Bunia à Bandundu, en passant par Beni, Butembo, Goma, Mbuji Mayi et Kananga; voir, à Kisangani, un orphelin montrer en pleurant la tombe de son père à un homme sans force coercitive et lui demander réparation; voir encore à Kisangani, un perclus de pieds ramper avec l’énergie du désespoir au milieu des valides et paraître comme transfiguré quand il réussit à serrer la main de Tshisekedi; je me dis que je dois être en train d’observer une scène dont quelque chose, quelque chose d’essentiel, la clé, m’échappe.

Et des questions dans ma tête se bousculent. Qui est-il, cet homme? Que veut-il? Où va-t-il? Par quoi est-il mû?

Comment fait-on pour ne pas abandonner la lutte quand on est à chaque fois arrêté, bastonné, relégué loin de tout aux quatre coins du Congo?  Comment fait-on, en pleine dictature féroce, pour débarquer de l’avion, la cravate au vent, aller sur Pont Kasavubu, tenir un meeting devant une foule impressionnante? Alors que les sollicitations ne manquent pas, comment fait-on pour ne pas céder à la tentation de prendre les armes et renverser, par la force, des pouvoirs impopulaires et affameurs?

Et encore des questions. Comment fait-on, alors qu’on n’a pas les instruments du pouvoir, pour démonétiser une monnaie régulièrement frappée? Comment fait-on, sans armes, pour résister pacifiquement à la dictature, en paralysant la capitale et le pays, par des opérations villes mortes? Comment fait-on, sans injecter des devises étrangères sur le marché, pour faire chuter la cote de change du dollar et baisser les prix des denrées sur le marché, à chaque fois qu’un retour aux affaires est pressenti? Comment fait-on, alors qu’on est relégué à Mumpompa, pour ramener le suffisant Mzee Kabila à négocier pour assurer la réussite du lancement de son franc congolais ?

Tout homme, disait Mobutu, tout homme à un prix. Tout homme politique aussi, surtout congolais, vendrait père et mère, tuerait fils et fille, pour le pouvoir. Comment fait-on pour être seul à être si regardant pour exiger à chaque fois un cadre normal de l’exercice du pouvoir, alors que celui-ci est offert sur un plateau d’argent? Comment fait-on pour ne pas mener l’opposition à la congolaise : vilipender Mobutu de jour, et de nuit, aller chercher ses sacs et malles d’argent auprès de Tshimbombo et Vunduawe, au point de faire jurer plus tard à ce dernier : ‘‘Tous venaient, une fois la nuit tombée, sauf, je me dois à la vérité, Tshisekedi’’.     

Serions-nous des Sud-Africains pour en arriver à cristalliser nos espérances sur un homme vieux, physiquement diminué, marchant d’un pas visiblement mal assuré? Humblement, en dépit de la justesse de mes analyses et malgré ma perspicacité par vous reconnues, je dois vous avouer qu’à toutes ces questions, je n’ai aucune réponse.     

Aussi, ne puis-je que vous servir la réponse qu’il donne lui-même en Belgique à un journaliste qui lui demande le secret de sa résistance physique : ‘’Je téléphone à Dieu’’.          

Quand j’ai entendu cette réponse, je n’ai pas pu m’empêcher de  l’appliquer à  chacune des questions ci-dessus et de reconnaître que si cet homme est différent de nous tous, et surtout de ses  pairs, les opérateurs politiques, c’est parce que de temps en temps, pour nous étonner tant, il téléphone à Dieu.

Nous avons l’or, nous avons le diamant, nous avons le coltan, nous avons la foret, nous avons l’eau, nous avons Inga… Mais nous avons faim, nous n’avons pas d’école, nous n’avons pas de bourse, nous n’avons pas de boulot, nous n’avons pas d’électricité, nous n’avons pas de route, et quand il nous arrive d’en avoir une, le chinois nous la vend à 12 million de dollars le kilomètre. Et pendant que les 5 chantiers sont résolument en marche et que le PNUD n’arrête pas de nous jeter des fleurs, il nous apprend, le même PNUD, brutalement, que nous sommes le dernier classé sur 187 pays, par rapport au développement.

Sûrement que tout ce long papier rédigé à la hâte et certainement plein de coquilles est discutable. Mais deux choses sont absolument certaines : de toutes mes longues 10 années passées à l’université pour décrocher le grade de licence, je n’ai touché ma bourse, alors que j’y avais pleinement droit, que pendant trois malheureux mois, soit d’août à novembre 1992. Et curieuse coïncidence, le premier ministre à l’époque s’appelait Etienne Tshisekedi. Avant et après lui, les autres s’en fichaient éperdument. Je me dis maintenant que peut-être que Tshisekedi avait téléphoné à Dieu et que Dieu lui avait dit que je représentais l’avenir du Congo.

Dites-vous qu’aujourd’hui encore, à un politicien qui lui fait un bigo, Dieu peut lui répondre en lui montrant la voie, en lui donnant le vouloir et la force, pour faire redevenir le Congo ce qu’il avait été et ce qu’il doit être : le pays où il fait beau vivre.

Ne soyons pas fatalistes, allons tous voter, et votons tous le n° 11, pour toutes les qualités sus évoquées, mais surtout parce que …il téléphone à Dieu.

Et comment rattraperions-nous l’opportunité ratée, si pendant tout ce temps, nous avions été visités?   

 

Tony Katombe

Posté par congomania à 18:35 - Commentaires [1] - Rétroliens [0]
08 février 2010

Rouler à Kinshasa: une plaque d’immatriculation tous les dix ans

Vignette, assurance, nouvelle plaque d’immatriculation… Les automobilistes Congolais ne savent pas où donner de la tête. A peine finissent-ils de payer une taxe qu’une autre se présente. Mi janvier 2010, formelle, la très puissante DGI (Direction Générale des Impôts) décidait: à partir du 15 février 2010, plus aucune automobile ne sera autorisée à rouler avec une de trois anciennes plaques d’immatriculation.

En effet, il y a quatre plaques actuellement en circulation. Deux de l’époque Mobutu : une au fond vert et une autre au fond jaune; et deux de l’après Mobutu: une au fond bleu et la toute récente qui a un fond blanc. C’est seulement cette dernière que la DGI veut voir sur la route après le 15 février.

S’il est vrai que la présence de quatre plaques d’immatriculation sur les routes d’un pays fait désordre, il n’est pas moins vrai que les méthodes de la DGI pour mettre fin au désordre sont sujettes a caution.

Parlons d’abord du prix. Combien la nouvelle plaque coûte-elle? ‘‘Je pense bien que c’est 60 dollars américains’’, s’avance Jean, ATB2 (Attache de Bureau de deuxième classe) à la Division Urbaine de Kinshasa, DGI.

Et puis, un sms de Mimi, secrétaire à l’administration centrale de la DGI selon lequel la plaque coûterait 65 dollars.

A la question de savoir combien de temps la nouvelle plaque met pour sortir après paiement, Jean répond : ‘‘Trois à quatre mois’’.

C’est à n’y rien comprendre! Pourquoi donner aux gens un mois pour se mettre en règle alors que ceux qui ont déjà payé depuis des mois ne sont toujours pas servis?

Et Jean d’expliquer, sur le ton de la confidence: ‘‘Vous arrondissez le prix à cent dollars, histoire de motiver tout le monde, et vous avez votre plaque en une semaine max’’

Un ami responsable charroi d’une grande entreprise de la place confirme: ‘‘Bien que tout avait été payé depuis octobre 2009 pour acquérir les nouvelles plaques, c’est seulement depuis deux semaines que nous a été remis le premier lot. Nous avions été prévenus du temps de traitement qu’allait prendre notre dossier pour … non motivation’’

Soucieuse certainement de prêcher par l’exemple, la DGI se veut intraitable même vis-à-vis de ses propres agents à qui elle demande de se débrouiller pour se mettre au pas. Jean est inconsolable car ne sachant pas où trouver les cent dollars à remettre à un collègue avant le 15.

Quant à Maguy, la nièce à Jean, elle attendra jusqu’au 15 et ne paiera pas un dollar de plus sur le prix officiel. Elle aura bien un reçu en main contre les tracasseries et attendra tout le temps qu’il plaira à ces messieurs de la DGI pour lui délivrer la nouvelle plaque.

Seulement, se fait-elle avertir par son oncle, après le 15, tout paiement tardif sera assorti de pénalités.

Il reste à espérer que dans les bureaux lambrissés de la DGI, quelqu’un se rende à l’évidence qu’il n’est pas réaliste de vouloir changer les plaques de la plus que moitie du charroi du pays en un mois. Et qu’à vouloir y aller à la Zorro, Kinshasa qui s’estime arnaquée avec ces plaques qu’on change tous les dix ans, fera bien un bras d’honneur à la DGI en se transformant en une ville sans voiture après le 15 février 2010.

Anthony Katombe   

Posté par congomania à 16:04 - - Commentaires [2] - Rétroliens [0]
05 février 2010

4. Pour l'amour du Congo

Probe, Matata ne s’emploie pas à déconstruire l’argumentaire de son camarade de parti. Positiviste, néanmoins, il puise dans ce qui me semble un mystique amour du Congo , récite ce que je crois être la dernière lettre de Patrice Emery Lumumba à sa femme, pour tenter de nous convaincre qu’en 2011, il se passera bien quelque chose.

‘‘D’abord’’, prédit-il, ‘‘le président convoquera le congrès au cours duquel seront abordées, notamment, toutes les questions de stratégie électorale. Et après, vous verrez, tout s’éclaircira’’.   

Pierre lui parle de la realpolitik où on ne se fait pas de cadeau. Il tient pour erreur ayant profité aux adversaires le boycott des élections de 2006 et pour injustice la radiation de Bazaiba, Bomanza et tous les autres qui s’y sont engagés. Selon Pierre, il serait trop beau, pour un parti qui a fait de la défense des valeurs morales son cheval de bataille de revenir comme ça, comme si de rien n’était, et de demander le suffrage au peuple.

Matata s’accorde avec Pierre qu’il leur faut envoyer au peuple une image beaucoup plus positive en tant que parti de rassemblement, par la réconciliation interne et la réintégration de ceux qui ont été radiés injustement.

Il nous parle de son amour du Congo, ce pays qu’il a parcouru du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, et qui le rend chaque jour encore plus malade. Avec l’air de celui qui sait de quoi il parle, il nous assure qu’avec une gouvernance effective et transparente, le géant d’Afrique centrale peut se relever plus rapidement qu’on ne croit.

‘‘Si je crois tant en l’Udps’’, tient-il à m’expliquer, ‘‘C’est parce qu’elle est, à mes yeux, la seule structure politique pouvant servir d’outil de changement et de décollage pour le Congo’’.

Même si je suis d’accord avec lui pour appeler de tous mes vœux le décollage du Congo, je lui partage tout de même mon doute quant au rôle central qu’il continue à donner au parti de Limete. Un doute qui repose moins sur la contradiction liée à la participation aux élections et les dissensions internes que sur la perception du parti à l’Est.

Car en effet, personne ne gagnera les élections, surtout contre Kabila, sans l’Est. Or, à tort ou à raison, à l’Est, la visite de Tshisekedi au RCD à Kisangani et à Kigali a été perçue comme une trahison. Dans un contexte de guerre de prédation imposée de l’extérieur, la nécessité pour un leader de la trempe de Tshisekedi de rencontrer, sur terrain, les différentes parties impliquées a beau aller sans dire, il est tout aussi non moins vrai que le déficit de pédagogie communicationnelle dont a été entouré la démarche du Sphinx a fait plus de mal que de bien à la fille aînée de l’opposition.

Pourtant, même à l’Est, rien n’est figé. Avec  une descente d’explication systématique, l’image ternie du parti de Limete peut sans doute être redorée.

Seulement, pour cela, Il faut un degré de conscience et de responsabilité qui, hier, a cruellement fait défaut à un parti assis sur sa gloire passée, et qu’aujourd’hui, le climat de guerre de succession semble avoir sérieusement érodées.

Et le bémol de Matata : ‘‘Et si votre soutien au MLC expliquait toute cette sévérité à notre égard ?’’

J’arrête Pierre qui veut prendre ma défense et je parle à mon tour, à Matata, de mon amour pour le Congo. Peut-être, lui dis-je, que mon jugement pourrait être subjectif, surtout que, découvre-t-il horrifié, je suis philosophiquement plutôt à droite.

Mais mon amour du Congo a relégué les clivages idéologiques au second plan au point de me faire supporter l’Udps – parti de gauche- au lieu du très libéral MPR.

Si, même entre plusieurs maux, ne pas choisir c’est tout de même choisir, mieux vaut subir les conséquences du choix du moindre mal que, à cause de l’inaction, vivre rongé par le diktat du remord.

Et en 2006, loin d’être seulement le moindre mal, le MLC a été le seul parti à avoir affiché une ambition objective de diriger le Congo à travers un programme de gouvernement chiffré et chronométré. Mais aussi, coté sentimental, on a vu son leader parcourir tout le Congo jusqu'à traire les vaches à Masisi, à quelques jets de Pierre des rebelles rwandais.

Mais hélas! Seul Malu Malu sait pourquoi il n’a pas déclaré Bemba vainqueur; seule la gloutonnerie des députés alliés, élus grâce au nom de Bemba, explique que le Centre et l’Ouest soient dirigés par la majorité; seul O’Campo sait qui a intérêt à maintenir le Chairman au trou; seuls Mwamba, Sessanga et compagnie savent pourquoi ils se crêpent les chignons …

Et en 2011, Kabila qui n’aura pas construit une seule autoroute avec ses cinq chantiers, roulera bien, veinard, sur une construite par l’opposition, vers un nouveau quinquennat.

‘‘Non, pour l’amour du Congo!’’, hurle Matata, ‘‘Il doit y avoir un moyen d’arrêter ça’’

Sûrement, mais ma foi, avec cette opposition et cette société civile…

Cherche Matata, pour l’amour du Congo, cherche!

Anthony Katombe

Posté par congomania à 17:28 - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]
29 janvier 2010

3. Dites-moi ce qui va se passer

Les travaux de modernisation du Boulevard du 30 juin créent un monstre d’embouteillage sur la principale artère de Kinshasa. Nous poireautons depuis 30 minutes à la hauteur de la Regideso sans bouger d’un seul centimètre. Nous ne savons pas non plus rebrousser chemin et sortir de cette tenaille. Hors de lui,  le chauffeur rogne son frein en lâchant de temps en temps un juron de sa généreuse réserve.

Les chinois ont beau être des prodiges du génie civil, il ne faudrait tout de même pas leur demander de faire des omelettes sans casser les œufs ! Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, je sors le téléphone et me mets à naviguer dans le répertoire à la recherche des contacts à qui je n’aurais pas encore présenté les vœux du nouvel an. J’arrive sur le nom de Monsieur Bertin Matata et l’appelle aussitôt.

Je souhaite beaucoup de courage à mon ami le chauffeur et l’instruis de rentrer au bureau s’il se défait de l’étau chinois.

Sur l’avenue Mongala, à la hauteur de la Midema, se trouve un malewa* ou l’honorable député debout m’a prié de le rejoindre.

A l’intérieur, le Malewa est archicomble et inhospitalier, à mon goût. Beaucoup de bruit des gens qui parlent fort et presque tous en même temps, des nuages de fumée de cigarettes dont l’odeur rend l’air irrespirable, des filles presque nues bien qu’habillées aux couleurs d’un brasseur qui se veut leader de la filière.

N’eut été le peu de temps qui me reste, la situation précaire de ma poche et l’enthousiasme de l’honorable, je lui aurais demandé de trouver un endroit un peu moins ‘‘vivant’’.

Je commande mon sprite et lui son coca cola. Contrairement à la première rencontre, l’honorable sacrifie aux préliminaires : il s’informe de ma santé, de mon travail, de ma famille…

Avant de s’attaquer aux choses sérieuses: ‘‘Dites-moi ce qui va se passer ?’’

Histoire de faire comprendre à Monsieur Matata que je n’ai pas toutes les réponses, à son président, j’emprunte une parade. A un journaliste de La Conscience qui lui posait la même question, au début des années 1990, Tshisekedi avait répondu: ‘‘Comment voulez-vous que je sache ce qui va se passer au pays alors que je ne sais même pas ce qui va m’arriver à moi-même demain ?’’

L’homme proteste et se fait l’exégète de la pensée du Lider Maximo. Il invoque la difficile visibilité de l’époque avec la démocratisation à peine décrétée.

‘‘Il ne va rien se passer en 2011’’, je lui réponds en le regardant droit dans les yeux.

Verre à l’arrêt entre la table et la bouche restée bée, comme quelqu’un à qui est annoncée la mort d’un être cher, l’honorable n’a que son visage d’enterrement pour exprimer sa perplexité.

Désapprobateur, il s’anime: ‘‘Vous êtes un combattant, vous êtes un homme de Dieu… Vous ne pouvez pas dire ça! Et le bilan négatif de Kabila? Et la déception de De Gucht, de la commission européenne? Et le soulèvement de Dongo?, Mais vous tombez dans le Congopessimisme là!’’

Tout d’un coup, je me sens bien. Je ne suis qu’un pauvre gars qui pense tout seul tout haut et qui espère que ceux qui l’entendent répondent, s’ils veulent bien, dans un sens ou dans l’autre. Car comme disait le très bouillant Muving, moi aussi, j’aime le débat. Le débat dont j’attends quelque lumière pour éclairer tant soit le grand mystère qu’est resté ce géant Heart of Darkness de J. Conrad.

Le parlementaire debout parle longtemps, assis. Il remonte à Mobutu, ramasse le règne du Mzee, évoque la guerre de 1998, l’accord de Lusaka, le Dialogue Inter congolais, la transition ‘‘non inclusive’’… Il ressort à chaque étape la position de son parti qui s’est toujours, après coup, avérée juste.

Je lève la main: ‘‘Tout ça, c’était hier. Hormis le boycott des élections pour lequel j’avais mon idée, vous savez que pour le reste je suis d’accord avec vous sur toute la ligne. Le problème, c’est maintenant. Quelle est la position de l’Udps maintenant pour que demain soit différent au Congo?’’

Comme récitant une leçon apprise par cœur, Matata tranche: ‘‘Demain sera différent parce que maintenant, nous avons décidé que nous participons aux élections’’ 

‘‘Qu’est-ce qui a changé depuis 2006 pour accepter aujourd’hui des élections boycottées hier?’’, fuse la question de la table voisine.

Matata décoche un regard noir, genre de quoi je me mêle, à l’homme qui vient de parler. Pour toute réponse, le nouvel intervenant lui brandit une carte frappée aux armoiries de l’Udps.

Moi qui me ravissais d’un débat à deux, me voilà gâté avec un à trois. Je me sens aux anges et invite le camarade de Matata à notre table.

L’homme ne se fait pas prier. Il nous donne une poignée de main vigoureuse, s’assied et explique:

‘‘Hier, alors qu’il y avait une territoriale, une commission électorale, une armée, une police, un gouvernement avec institutions ouvertes à toutes les composantes, nous n’avons pas voulu participer aux élections pour des questions d’opacité, de manque de recensement…’’

Je propose un autre vitalo à Pierre** qui acquiesce et poursuit:

‘‘Jugeons-nous le travail de la CEI ou CENI moins opaque aujourd’hui que Kabila y a la main mise? Aujourd’hui qu’il a le contrôle absolu sur l’armée, la police et toutes les autres institutions? Qu’est-ce qui nous fait penser que les élections seront plus crédibles demain alors que le recensement n’est toujours pas envisagé? Quels sont les moyens dont nous disposons et quand comptons-nous les utiliser, en supposant que nous en ayons encore le temps, pour imposer le recensement et rendre transparentes ces élections?’’

Solennel, Matata parle de la rue qui est plus puissante que la bombe atomique, il re-invoque son ami De Gucht, ses amis de Dongo, le bilan de Kabila…

Pierre se secoue la tête. Je m’amuse de son exaspération. Néanmoins, il trouve des ressources pour parler calmement:

‘‘Combattant, on est d’accord sur le bilan de Kabila, mais comment sommes-nous en train de l’exploiter? Je me réjouis de l’objectivité de De Gucht sur le Congo, même si je ne vois pas en quoi nous nous posons comme structure d’alternative pour mettre fin au gâchis déploré. Je ne sais pas ce qui se passe à Dongo. Mais si par le plus grand des miracles, ces gars-la prennent Mbandaka et Kinshasa, que fera l’Udps avec cette donne là, alors qu’elle attend les élections?’’

à suivre

Tony Katombe

* gargote en langage kinois

** a révélé être proche d’un gars exclu de l’Udps et préfère garder l’anonymat

Posté par congomania à 16:06 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
26 janvier 2010

2. Nous vous avons pris en filature

A peine nous sommes-nous installés que mon impromptu d’ami en rajoute à son questionnaire:

‘‘Pourquoi ne vous voit-on plus au parlement?’’

Je lui redis sa méprise et reçois ma surprise:

‘‘Mais honorable, je ne parle pas la caisse de résonance de Lingwala!’’, proteste-il.

Soudain, sur le mystère, un pan de voile se lève.

Les membres  du parti de Limete tiennent des rassemblements de débats politiques dans les principaux carrefours de Kinshasa. Ces rassemblements ont atteint un niveau de structuration telle que Limete n’a pas mis longtemps à les reconnaître officiellement. Reconnaissance qu’il n’ont nullement attendue et dont ils n’avaient visiblement pas besoin. Car si pour les autres, ils sont le parlement debout, à leurs yeux, le vrai parlement, c’est eux. Et c’est avec tout le sérieux du monde qu’ils se donnent de l’honorable.

Je fais savoir à l’honorable que je ne mérite pas l’honneur d’être appelée comme eux, car n’ayant jusqu’ici pas encore eu le bonheur d’être membre de leur prestigieux parti. Et que surtout, ça m’arrangerait bien de ne pas être ‘‘honoré’’ en public sur le boulevard du 30 juin.

L’élu du parlement des ‘‘verts’’ n’en a cure. Sourire en coin, l’œil malicieux, il se penche vers moi, et d’une voix complice, murmure : ‘‘Il n’y a pas de quoi avoir peur, honorable, on est entre nous’’

Je commence à le trouver sympa, le Tshisekediste. Je me détends et lui rends son sourire. S’étant assuré que le serveur est hors de portée de la voix, l’homme se penche à nouveau vers moi et révèle:

‘‘Honorable, nous vous avons pris en filature’’

Je feints de rester calme. Ils sont forts, ces gars de l’Udps. Ils ont même des flics!

Imperturbable, mon ami explique:

‘‘En 2005, vous êtes venu pendant un certain temps au parlement de la NBK*. Il s’est fait, à trois reprises,  que votre départ, coïncidait avec l’arrivée d’une jeep de la police qui faisait des raffles. Un beau jour, nous vous avons suivi, convaincu que vous nous mèneriez vers nos amis enlevés. A notre grande surprise, nous vous avons vu entrer dans les bureaux du journal Le Phare. Apres avoir attendu une demi-heure, nous avons levé le camp’’.

Il s’arrête, prend une bonne gorgée de son coca cola, épie une quelconque réaction de ma part. Semblant apprécier mon sang-froid, il continue :

‘‘Une semaine plus tard, nous t’avons encore suivi jusqu'à un immeuble sur le boulevard du 30 juin, en face de la grande poste. Et là, nous avons entendu quelqu’un vous appeler Pasteur Anthony et vous féliciter pour un article paru dans Le Phare. Nous nous sommes precipités sur le premier journal Le Phare que nous avons vu…’’

Soudain, l’homme se lève, quitte sa place et se plante à cote de moi, les mains jointes. Et tel un curé de campagne officiant sa première messe en ville, yeux fermés, voix grave, il récite:

‘‘Du sang sur les rameaux’’

Et me tendant la main:

‘‘Vous ne savez pas à quel point votre article nous a fait du bien, honorable. Merci beaucoup’’

Ne sachant quoi faire, je me lève à mon tour, serre la main tendue de l’homme qui, yeux embues de larmes, balbutie:

‘‘Tout ne s’était pas arrêté le 30 juin 2005.Beaucoup d’amis étaient blessés, d’autres enlevés, certains carrément tués… Et dans le concert des éditos triomphalistes de la presse internationale et nationale qui nous mettaient le moral à zéro, votre article a été un bienfaisant baume au cœur’’.   

Me sentant devenir de plus en plus gauche, je sors mon téléphone, demande son numéro au gars du 30 juin, l’enregistre et lui passe le mien. Je lui resserre la main et promets de l’appeler pour tenter de répondre à ses questions.

C’est le cœur léger, mains en poches, fier comme Artaban, que je sors d’un pas assuré du restaurant résolu à rejoindre la jeep à pied vers la gare centrale.

à suivre

Anthony Katombe

*Nouvelle Banque de Kinshasa

Posté par congomania à 16:25 - - Commentaires [7] - Rétroliens [0]
22 janvier 2010

Rencontre avec un malade du …Congo

1. Honorable?

‘‘Chief, il y a un gars qui vient vers nous en criant’’

Je regarde dans le rétroviseur et vois effectivement un homme s’avancer, à pas de course, vers le véhicule, avec grands cris et gestes. Une fois à mon niveau, je descends la vitre pour entendre ce qu’il crie.

‘‘Honorable! Honorable!’’

Je fais savoir à l’homme qu’il y a méprise et remonte la glace. Peine perdue, il crie de plus belle et tape avec frénésie sur la vitre.

‘‘Chief, on a un problème’’, diagnostique le chauffeur d’un ton préoccupé.

Une douzaine de shégués* encercle le véhicule. Et comme exécutant l’ordre d’un invisible maestro, ils joignent leurs voix à celle de celui qui tambourine la vitre.

‘‘Honorable! Honorable!’’

Devant, les voitures commencent à avancer. Derrière retentit le concert de klaxons de ceux que bloque notre véhicule.

Je redescends la glace et m’enquiert:

‘‘Wapi leader?’’** Un malabar écarte le batteur et se plante à sa place. Je lui fais le plus beau de mes sourires

‘‘Président, y’oyebi kaka, te. Na’opatrouiller nanu yaya moko liboso awa. Sima na’ozongela kaka ba sens oyo, bongo tosala masolo’’***

‘‘Carré’’****, grommelle-t-il.

Le malabar fait signe à sa troupe qui libère le véhicule. Mais l’embouteillage ne nous permet pas d’aller bien loin. Le percussionniste en profite pour nous rattraper et reprend ses cris:

‘‘Honorable! Honorable!’’

Voulant me débarrasser de lui, je lui tends un billet de 500 francs. Monsieur s’indigne, sort de sa poche une carte de l’Udps qu’il me tend et qui en ajoute à ma confusion. Je donne des instructions au chauffeur pour la suite de la course, et descends du véhicule.

A peine ai-je posé les pieds à terre que le Tshisekediste charge:

Pourquoi vous n’écrivez plus ? Pourquoi vous nous avez laissé tomber ? Pourquoi avez-vous abandonné la lutte ? Est-il interdit à un prédicateur de lutter pour son pays ? Qu’est-ce qui va se passer maintenant ?

Cet homme me connaît. A quel point ? Je ne saurais dire. Mais il sait de moi deux choses, et pas de moindres: j’écris et je prêche.

Pour me calmer, je lui demande de se calmer.

‘‘Anthony ’’, je lui tends la main.

‘‘… Katombe’’, me fais-je compléter.

‘‘Bertin Matata’’, il secoue ma main avec vigueur

‘‘Enchanté’’, parviens-je à marmonner sans grande joie lorsque nous entrons dans le restaurant.

à suivre

Tony Katombe

* appellation kinoise des enfants de la rue

** où est le chef?

*** président, toi-même tu sais, je vois un gars là devant et je reviens par ici pour que nous parlions affaires

****D’accord

Posté par congomania à 17:55 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
03 avril 2008

Mes amis les policiers

Kinshasa, boulevard Lumumba, Limete, 1ère rue. Jeudi 3 avril 2008. Devant moi, brusquement à la hauteur du boulevard Sendwe, un policier sort de nulle part, bras en croix. Sous le feu de circulation qui fonctionne à ses heures perdues, deux de ses collègues guettent.

En principe, pour permettre aux véhicules venant de l’avenue de l’université de s’engager sur Lumumba, le policier ne devrait avoir que son seul bras droit tendu latéralement pour bloquer le passage sur la bande qui débouche sur le boulevard Sendwe. Donc, logiquement,  ça devrait continuer à rouler normalement à droite sur le prolongement de Lumumba. Mais les bras en croix du policier et l’expectative de ses collègues sous le feu ne me disent rien de bon.

                                                                                          

Pendant quelques fractions de secondes, je fais face à un dilemme : m’arrêter ou continuer ? Si je m’arrête, ils peuvent m’interpeller pour obstruction ; et si je continue, ils risquent de me faire observer les bras en croix de l’officier. Je me suis déjà fait prendre, deux fois, au même endroit, dans les mêmes circonstances. La première fois, pour avoir respecté les bras en croix du policier ; la seconde pour avoir continué à rouler. Cette fois-ci, comme je ne tiens pas à payer à ces dignes agents de l’ordre leur café matinal, je fonce et assure quand même en actionnant mon clignotant droit.

Peine perdue. Avec une rapidité à faire pâlir de jalousie un champion de course, les deux policiers sous le feu sautent sur la chaussée et m’intiment l’ordre de m’arrêter. Je freine, parque sur le trottoir et descends. Ils me demandent le permis de conduire en Lingala. Je le leur donne en leur demandant, en français, pour leur compliquer la tâche, ce qu’ils me reprochent. Sentencieuse, l’infraction tombe : ‘‘clignotant sur un passage continu’’. S’ils ne mettaient pas en retard, j’aurais rigolé avec eux un bon goût.

Je leur rappelle les deux fois d’avant où ils m’avaient pincé. Les braves me rétorquent qu’ils ne me connaissent pas, mais qu’ils font plutôt leur boulot, sans plus. Et comme toujours, il y a un gentil et un méchant. Le ‘‘méchant’’ a mon permis et feint de m’oublier et de parler au téléphone. Le ‘‘gentil’’ me rassure qu’avec juste ‘‘un petit rien’’ de ma part, il va convaincre son collègue à me remettre le permis.

Sachant d’expérience qu’invoquer un code de route qui s’interprète à la tête du client et selon le ‘‘bon’’ jugement du seul policier ne me ferait que perdre davantage de temps, je rentre au véhicule, je sors le téléphone et commence à former un numéro. La communication du ‘‘méchant’’ s’arrête curieusement tout net. Il me tend le permis en me reprochant : ‘‘Vous n’allez pas déranger le colonel pour si peu peu!’’.

C’est à mon tour de perdre la mémoire : ‘‘Quel colonel ?’’. Aussitôt je deviens le gros méchant : ‘‘Motema mabe, akabaka te’’ (méchant, radin) me lance l’un ; ‘‘Trafic d’influence’’, renchérit l’autre.

J’ai du mal à comprendre le fonctionnement de ces policiers. ‘‘Normalement’’, un ‘‘bon’’ policier n’arrête pas deux fois la même personne. La première fois, quelque en soit l’issue, suffit pour fraterniser. Il est aussi bien loin ‘‘le bon vieux temps’’ où le policier faisait d’abord un salut impeccable à l’automobiliste avant de le rançonner.

Anthony Katombe

Posté par congomania à 16:14 - Commentaires [7] - Rétroliens [0]
24 mars 2008

Le Kivu ne devrait pas compter sur Kinshasa pour son avenir

Pour réagir à la reconnaissance du Kosovo par le gouvernement du Canada, l’ambassadeur de la Serbie a, aujourd’hui, déposé, avant de rentrer dans son pays, une note de protestation devant le ministre canadien des affaires étrangères. Dans une déclaration faite hier devant les journalistes, il a dit ce qui suit : «Ce qui vient de se passer au Kossovo est un précédent dangereux qui ne manquera pas d’affecter même l’Amérique du Nord ». Il parlait, sans le nommer, du Québec, qui pourrait lui aussi déclarer unilatéralement son indépendance.

J’ai immédiatement pensé au Grand-Kivu. Si le parallélisme entre le Kosovo et le Québec est difficile à établir, celui entre l’ancienne province yougoslave et le Grand-Kivu est évident. Le Kosovo est un territoire des Serbes dans laquelle des Albanais ont été injectés pour qu’ensuite ils demandent l’autonomie, tandis que le Québec a d’abord été un pays autonome avant d’appartenir à la confédération canadienne. Une éventuelle émergence d’un certain nationalisme autonomiste dans ce cas serait due à un manque de satisfaction que ressentent certains Québécois au sein de l’ensemble canadien.

Mais le Grand-Kivu connaît exactement la situation vécue au Kosovo. Minembwe et Masisi sont des foyers par lesquels les originaires du Rwanda, une fois leur pouvoir administratif établi, pourront entreprendre de réclamer l’autonomie. Ils sont Congolais pour la plupart, mais ils tissent des liens affectifs très fort avec le Rwandais, de même qu’on a vu les Albanais du Kosovo brandir le drapeau le drapeau de l’Albanie tout en se déclarant Yougoslaves, pour le besoin de la cause.

Un autre point commun entre le Kivu et le Kosovo : les Congolais d’expression rwandaise tiennent à ce que le monde entier leur reconnaisse le statut de peuple menacé d’extinction, avec pour corollaire la possibilité d’obtention de souveraineté sur une partie du territoire congolais. De même, la menace, prétendue ou vraie, de Serbes sur les Albanais du Kosovo a amené
la Communauté internationale de mettre tout en œuvre pour doter les victimes d’un état indépendant.

L’indépendance du Kosovo est donc un test pour mesurer la réaction, non seulement des Serbes à qui on arrache un territoire, mais aussi d’autres pays du monde. On sait maintenant que la même chose pourrait se passer ailleurs sans que cela soit suivi d’autre forme de réaction que de simples blâmes.

Les éléments sont réunis pour que l’expérience du Kosovo soit tentée au Gand-Kivu. La grosse erreur, c’est de croire que la volonté des Kivutiens, à elle seule, pourrait arrêter cette machine balkanisante mise en marche.

En 1994, George Edward Mouse, le sous-secrétaire d’État américain aux affaires africaines, avait préconisé la ponction de territoire à l’est du Congo pour agrandir le Rwanda afin d’y rendre la cohabitation possible entre les Hutu et les Tutsi. Le plan n’a jamais été ni dénoncé ni rejeté. Deux ans après, c’est le président du Rwanda, Pasteur Bizimungu, qui demandait la ré-définition de frontières dans les Grands Lacs, et il appelait cela «Berlin II ».

Rien de toutes ces menaces pesant sur le territoire national n’a été dénoncé, pas même par Kinshasa. Ce silence du gouvernement dont la mission principale aurait dû être celle de défendre dents et griffes la souveraineté et l’intégrité nationales, ajouté à la promptitude avec laquelle le Conseil de sécurité et toutes les nations puissantes du monde reconnaissent l’idée de la modification des frontières nationales, amène à croire que la balkanisation de
la République Démocratique du Congo n’est plus qu’une question de temps.

Quoique les Kivutiens souhaitent de tout leur vœu qu’ils restent unis au Congo tel qu’il est défini dans ses frontières actuelles, leur volonté n’est pas suffisante. L’unité nationale et l’intégrité territoriale se maintiennent, non pas par des vœux pieux, mais par la capacité de se battre par tous les moyens advenant toute forme de menace.

Or, Kinshasa, avec sa meute d’aventuriers incapables de mettre sur pieds une vraie administration, ne saurait pas défendre l’intégrité territoriale. Il ne reste qu’au Kivutiens, et à eux seuls, de se prendre en charge.

Les Kivutiens doivent commencer dès maintenant à se familiariser avec l’idée qu’un jour au l’autre ils auront à se battre seul pour leur avenir. Les autres provinces sont en train de comprendre le danger de s’appuyer sur un pilier rongé par les termites, c’est-à-dire Kinshasa. Advenant l’éclatement du Congo, le Gand-Kivu pourrait être la seule province qui serait prise de court. L’éclatement, lui-même, n’est pas dangereux, mais plutôt la distraction dans laquelle il risque de surprendre les Kivutiens.

Les Kivutiens croient qu’un Kivu sans le reste du Congo deviendrait une proie à la merci du Rwanda. L’inverse est pourtant vrai : c’est Kinshasa qui ligote le Kivu et le remet, pieds et poings liés, à ses ennemis. En 1996, quand les Kivutiens, se croyant abandonnés devant l’avancée de Rwandais, avaient pris les armes, ils avaient réussi à tenir en échec l’armée
du Rwanda aidées de toutes les puissances obscures du monde. Ce ne fut que lorsqu’ils crurent que Mobutu allait se transformer en vaillant combattant pour leur venir en aide, que leur verrou a cédé devant l’ennemi.

Par la suite, la récupération de la résistance populaire kivutienne par Laurent Kabila pour en faire sa branche armée, a permis aux Rwandais de marcher sur la défense kivutienne et des souiller dans l’humiliation les femmes du terroir.

À chaque fois que le Kivu avait osé prendre son destin en mains, l’ennemi s’était posé mille questions ; mais quand il avait remis son sort entre les mains de Kinshasa, au nom de l’unité nationale, c’était le commencement du calvaire pour les populations paysannes.

Il est difficile de se défaire d’une idée qui a eu une longue vie et qui est accepté par un grand nombre. L’idée d’une nation congolaise dans ses frontières actuelles parait sacrée au point que quiconque la remet en question devient bon pour la potence. Mais les révolutions qui ont amélioré les vies des citoyens sont venues ébranler des dogmes millénaires.

Le mariage entre le Kivu et un gouvernement de Kinshasa incapable de se pencher sérieusement sur le sort de la nation n’est pas obligatoire.


Ahongya Misabiko

Posté par congomania à 11:15 - Commentaires [4] - Rétroliens [0]