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Le Blog du Congolais

analyses politiques sur la situation au congo kinshasa

08 février 2010

Rouler à Kinshasa: une plaque d’immatriculation tous les dix ans

Vignette, assurance, nouvelle plaque d’immatriculation… Les automobilistes Congolais ne savent pas où donner de la tête. A peine finissent-ils de payer une taxe qu’une autre se présente. Mi janvier 2010, formelle, la très puissante DGI (Direction Générale des Impôts) décidait: à partir du 15 février 2010, plus aucune automobile ne sera autorisée à rouler avec une de trois anciennes plaques d’immatriculation.

En effet, il y a quatre plaques actuellement en circulation. Deux de l’époque Mobutu : une au fond vert et une autre au fond jaune; et deux de l’après Mobutu: une au fond bleu et la toute récente qui a un fond blanc. C’est seulement cette dernière que la DGI veut voir sur la route après le 15 février.

S’il est vrai que la présence de quatre plaques d’immatriculation sur les routes d’un pays fait désordre, il n’est pas moins vrai que les méthodes de la DGI pour mettre fin au désordre sont sujettes a caution.

Parlons d’abord du prix. Combien la nouvelle plaque coûte-elle? ‘‘Je pense bien que c’est 60 dollars américains’’, s’avance Jean, ATB2 (Attache de Bureau de deuxième classe) à la Division Urbaine de Kinshasa, DGI.

Et puis, un sms de Mimi, secrétaire à l’administration centrale de la DGI selon lequel la plaque coûterait 65 dollars.

A la question de savoir combien de temps la nouvelle plaque met pour sortir après paiement, Jean répond : ‘‘Trois à quatre mois’’.

C’est à n’y rien comprendre! Pourquoi donner aux gens un mois pour se mettre en règle alors que ceux qui ont déjà payé depuis des mois ne sont toujours pas servis?

Et Jean d’expliquer, sur le ton de la confidence: ‘‘Vous arrondissez le prix à cent dollars, histoire de motiver tout le monde, et vous avez votre plaque en une semaine max’’

Un ami responsable charroi d’une grande entreprise de la place confirme: ‘‘Bien que tout avait été payé depuis octobre 2009 pour acquérir les nouvelles plaques, c’est seulement depuis deux semaines que nous a été remis le premier lot. Nous avions été prévenus du temps de traitement qu’allait prendre notre dossier pour … non motivation’’

Soucieuse certainement de prêcher par l’exemple, la DGI se veut intraitable même vis-à-vis de ses propres agents à qui elle demande de se débrouiller pour se mettre au pas. Jean est inconsolable car ne sachant pas où trouver les cent dollars à remettre à un collègue avant le 15.

Quant à Maguy, la nièce à Jean, elle attendra jusqu’au 15 et ne paiera pas un dollar de plus sur le prix officiel. Elle aura bien un reçu en main contre les tracasseries et attendra tout le temps qu’il plaira à ces messieurs de la DGI pour lui délivrer la nouvelle plaque.

Seulement, se fait-elle avertir par son oncle, après le 15, tout paiement tardif sera assorti de pénalités.

Il reste à espérer que dans les bureaux lambrissés de la DGI, quelqu’un se rende à l’évidence qu’il n’est pas réaliste de vouloir changer les plaques de la plus que moitie du charroi du pays en un mois. Et qu’à vouloir y aller à la Zorro, Kinshasa qui s’estime arnaquée avec ces plaques qu’on change tous les dix ans, fera bien un bras d’honneur à la DGI en se transformant en une ville sans voiture après le 15 février 2010.

Anthony Katombe   

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05 février 2010

4. Pour l'amour du Congo

Probe, Matata ne s’emploie pas à déconstruire l’argumentaire de son camarade de parti. Positiviste, néanmoins, il puise dans ce qui me semble un mystique amour du Congo , récite ce que je crois être la dernière lettre de Patrice Emery Lumumba à sa femme, pour tenter de nous convaincre qu’en 2011, il se passera bien quelque chose.

‘‘D’abord’’, prédit-il, ‘‘le président convoquera le congrès au cours duquel seront abordées, notamment, toutes les questions de stratégie électorale. Et après, vous verrez, tout s’éclaircira’’.   

Pierre lui parle de la realpolitik où on ne se fait pas de cadeau. Il tient pour erreur ayant profité aux adversaires le boycott des élections de 2006 et pour injustice la radiation de Bazaiba, Bomanza et tous les autres qui s’y sont engagés. Selon Pierre, il serait trop beau, pour un parti qui a fait de la défense des valeurs morales son cheval de bataille de revenir comme ça, comme si de rien n’était, et de demander le suffrage au peuple.

Matata s’accorde avec Pierre qu’il leur faut envoyer au peuple une image beaucoup plus positive en tant que parti de rassemblement, par la réconciliation interne et la réintégration de ceux qui ont été radiés injustement.

Il nous parle de son amour du Congo, ce pays qu’il a parcouru du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, et qui le rend chaque jour encore plus malade. Avec l’air de celui qui sait de quoi il parle, il nous assure qu’avec une gouvernance effective et transparente, le géant d’Afrique centrale peut se relever plus rapidement qu’on ne croit.

‘‘Si je crois tant en l’Udps’’, tient-il à m’expliquer, ‘‘C’est parce qu’elle est, à mes yeux, la seule structure politique pouvant servir d’outil de changement et de décollage pour le Congo’’.

Même si je suis d’accord avec lui pour appeler de tous mes vœux le décollage du Congo, je lui partage tout de même mon doute quant au rôle central qu’il continue à donner au parti de Limete. Un doute qui repose moins sur la contradiction liée à la participation aux élections et les dissensions internes que sur la perception du parti à l’Est.

Car en effet, personne ne gagnera les élections, surtout contre Kabila, sans l’Est. Or, à tort ou à raison, à l’Est, la visite de Tshisekedi au RCD à Kisangani et à Kigali a été perçue comme une trahison. Dans un contexte de guerre de prédation imposée de l’extérieur, la nécessité pour un leader de la trempe de Tshisekedi de rencontrer, sur terrain, les différentes parties impliquées a beau aller sans dire, il est tout aussi non moins vrai que le déficit de pédagogie communicationnelle dont a été entouré la démarche du Sphinx a fait plus de mal que de bien à la fille aînée de l’opposition.

Pourtant, même à l’Est, rien n’est figé. Avec  une descente d’explication systématique, l’image ternie du parti de Limete peut sans doute être redorée.

Seulement, pour cela, Il faut un degré de conscience et de responsabilité qui, hier, a cruellement fait défaut à un parti assis sur sa gloire passée, et qu’aujourd’hui, le climat de guerre de succession semble avoir sérieusement érodées.

Et le bémol de Matata : ‘‘Et si votre soutien au MLC expliquait toute cette sévérité à notre égard ?’’

J’arrête Pierre qui veut prendre ma défense et je parle à mon tour, à Matata, de mon amour pour le Congo. Peut-être, lui dis-je, que mon jugement pourrait être subjectif, surtout que, découvre-t-il horrifié, je suis philosophiquement plutôt à droite.

Mais mon amour du Congo a relégué les clivages idéologiques au second plan au point de me faire supporter l’Udps – parti de gauche- au lieu du très libéral MPR.

Si, même entre plusieurs maux, ne pas choisir c’est tout de même choisir, mieux vaut subir les conséquences du choix du moindre mal que, à cause de l’inaction, vivre rongé par le diktat du remord.

Et en 2006, loin d’être seulement le moindre mal, le MLC a été le seul parti à avoir affiché une ambition objective de diriger le Congo à travers un programme de gouvernement chiffré et chronométré. Mais aussi, coté sentimental, on a vu son leader parcourir tout le Congo jusqu'à traire les vaches à Masisi, à quelques jets de Pierre des rebelles rwandais.

Mais hélas! Seul Malu Malu sait pourquoi il n’a pas déclaré Bemba vainqueur; seule la gloutonnerie des députés alliés, élus grâce au nom de Bemba, explique que le Centre et l’Ouest soient dirigés par la majorité; seul O’Campo sait qui a intérêt à maintenir le Chairman au trou; seuls Mwamba, Sessanga et compagnie savent pourquoi ils se crêpent les chignons …

Et en 2011, Kabila qui n’aura pas construit une seule autoroute avec ses cinq chantiers, roulera bien, veinard, sur une construite par l’opposition, vers un nouveau quinquennat.

‘‘Non, pour l’amour du Congo!’’, hurle Matata, ‘‘Il doit y avoir un moyen d’arrêter ça’’

Sûrement, mais ma foi, avec cette opposition et cette société civile…

Cherche Matata, pour l’amour du Congo, cherche!

Anthony Katombe

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29 janvier 2010

3. Dites-moi ce qui va se passer

Les travaux de modernisation du Boulevard du 30 juin créent un monstre d’embouteillage sur la principale artère de Kinshasa. Nous poireautons depuis 30 minutes à la hauteur de la Regideso sans bouger d’un seul centimètre. Nous ne savons pas non plus rebrousser chemin et sortir de cette tenaille. Hors de lui,  le chauffeur rogne son frein en lâchant de temps en temps un juron de sa généreuse réserve.

Les chinois ont beau être des prodiges du génie civil, il ne faudrait tout de même pas leur demander de faire des omelettes sans casser les œufs ! Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, je sors le téléphone et me mets à naviguer dans le répertoire à la recherche des contacts à qui je n’aurais pas encore présenté les vœux du nouvel an. J’arrive sur le nom de Monsieur Bertin Matata et l’appelle aussitôt.

Je souhaite beaucoup de courage à mon ami le chauffeur et l’instruis de rentrer au bureau s’il se défait de l’étau chinois.

Sur l’avenue Mongala, à la hauteur de la Midema, se trouve un malewa* ou l’honorable député debout m’a prié de le rejoindre.

A l’intérieur, le Malewa est archicomble et inhospitalier, à mon goût. Beaucoup de bruit des gens qui parlent fort et presque tous en même temps, des nuages de fumée de cigarettes dont l’odeur rend l’air irrespirable, des filles presque nues bien qu’habillées aux couleurs d’un brasseur qui se veut leader de la filière.

N’eut été le peu de temps qui me reste, la situation précaire de ma poche et l’enthousiasme de l’honorable, je lui aurais demandé de trouver un endroit un peu moins ‘‘vivant’’.

Je commande mon sprite et lui son coca cola. Contrairement à la première rencontre, l’honorable sacrifie aux préliminaires : il s’informe de ma santé, de mon travail, de ma famille…

Avant de s’attaquer aux choses sérieuses: ‘‘Dites-moi ce qui va se passer ?’’

Histoire de faire comprendre à Monsieur Matata que je n’ai pas toutes les réponses, à son président, j’emprunte une parade. A un journaliste de La Conscience qui lui posait la même question, au début des années 1990, Tshisekedi avait répondu: ‘‘Comment voulez-vous que je sache ce qui va se passer au pays alors que je ne sais même pas ce qui va m’arriver à moi-même demain ?’’

L’homme proteste et se fait l’exégète de la pensée du Lider Maximo. Il invoque la difficile visibilité de l’époque avec la démocratisation à peine décrétée.

‘‘Il ne va rien se passer en 2011’’, je lui réponds en le regardant droit dans les yeux.

Verre à l’arrêt entre la table et la bouche restée bée, comme quelqu’un à qui est annoncée la mort d’un être cher, l’honorable n’a que son visage d’enterrement pour exprimer sa perplexité.

Désapprobateur, il s’anime: ‘‘Vous êtes un combattant, vous êtes un homme de Dieu… Vous ne pouvez pas dire ça! Et le bilan négatif de Kabila? Et la déception de De Gucht, de la commission européenne? Et le soulèvement de Dongo?, Mais vous tombez dans le Congopessimisme là!’’

Tout d’un coup, je me sens bien. Je ne suis qu’un pauvre gars qui pense tout seul tout haut et qui espère que ceux qui l’entendent répondent, s’ils veulent bien, dans un sens ou dans l’autre. Car comme disait le très bouillant Muving, moi aussi, j’aime le débat. Le débat dont j’attends quelque lumière pour éclairer tant soit le grand mystère qu’est resté ce géant Heart of Darkness de J. Conrad.

Le parlementaire debout parle longtemps, assis. Il remonte à Mobutu, ramasse le règne du Mzee, évoque la guerre de 1998, l’accord de Lusaka, le Dialogue Inter congolais, la transition ‘‘non inclusive’’… Il ressort à chaque étape la position de son parti qui s’est toujours, après coup, avérée juste.

Je lève la main: ‘‘Tout ça, c’était hier. Hormis le boycott des élections pour lequel j’avais mon idée, vous savez que pour le reste je suis d’accord avec vous sur toute la ligne. Le problème, c’est maintenant. Quelle est la position de l’Udps maintenant pour que demain soit différent au Congo?’’

Comme récitant une leçon apprise par cœur, Matata tranche: ‘‘Demain sera différent parce que maintenant, nous avons décidé que nous participons aux élections’’ 

‘‘Qu’est-ce qui a changé depuis 2006 pour accepter aujourd’hui des élections boycottées hier?’’, fuse la question de la table voisine.

Matata décoche un regard noir, genre de quoi je me mêle, à l’homme qui vient de parler. Pour toute réponse, le nouvel intervenant lui brandit une carte frappée aux armoiries de l’Udps.

Moi qui me ravissais d’un débat à deux, me voilà gâté avec un à trois. Je me sens aux anges et invite le camarade de Matata à notre table.

L’homme ne se fait pas prier. Il nous donne une poignée de main vigoureuse, s’assied et explique:

‘‘Hier, alors qu’il y avait une territoriale, une commission électorale, une armée, une police, un gouvernement avec institutions ouvertes à toutes les composantes, nous n’avons pas voulu participer aux élections pour des questions d’opacité, de manque de recensement…’’

Je propose un autre vitalo à Pierre** qui acquiesce et poursuit:

‘‘Jugeons-nous le travail de la CEI ou CENI moins opaque aujourd’hui que Kabila y a la main mise? Aujourd’hui qu’il a le contrôle absolu sur l’armée, la police et toutes les autres institutions? Qu’est-ce qui nous fait penser que les élections seront plus crédibles demain alors que le recensement n’est toujours pas envisagé? Quels sont les moyens dont nous disposons et quand comptons-nous les utiliser, en supposant que nous en ayons encore le temps, pour imposer le recensement et rendre transparentes ces élections?’’

Solennel, Matata parle de la rue qui est plus puissante que la bombe atomique, il re-invoque son ami De Gucht, ses amis de Dongo, le bilan de Kabila…

Pierre se secoue la tête. Je m’amuse de son exaspération. Néanmoins, il trouve des ressources pour parler calmement:

‘‘Combattant, on est d’accord sur le bilan de Kabila, mais comment sommes-nous en train de l’exploiter? Je me réjouis de l’objectivité de De Gucht sur le Congo, même si je ne vois pas en quoi nous nous posons comme structure d’alternative pour mettre fin au gâchis déploré. Je ne sais pas ce qui se passe à Dongo. Mais si par le plus grand des miracles, ces gars-la prennent Mbandaka et Kinshasa, que fera l’Udps avec cette donne là, alors qu’elle attend les élections?’’

à suivre

Tony Katombe

* gargote en langage kinois

** a révélé être proche d’un gars exclu de l’Udps et préfère garder l’anonymat

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26 janvier 2010

2. Nous vous avons pris en filature

A peine nous sommes-nous installés que mon impromptu d’ami en rajoute à son questionnaire:

‘‘Pourquoi ne vous voit-on plus au parlement?’’

Je lui redis sa méprise et reçois ma surprise:

‘‘Mais honorable, je ne parle pas la caisse de résonance de Lingwala!’’, proteste-il.

Soudain, sur le mystère, un pan de voile se lève.

Les membres  du parti de Limete tiennent des rassemblements de débats politiques dans les principaux carrefours de Kinshasa. Ces rassemblements ont atteint un niveau de structuration telle que Limete n’a pas mis longtemps à les reconnaître officiellement. Reconnaissance qu’il n’ont nullement attendue et dont ils n’avaient visiblement pas besoin. Car si pour les autres, ils sont le parlement debout, à leurs yeux, le vrai parlement, c’est eux. Et c’est avec tout le sérieux du monde qu’ils se donnent de l’honorable.

Je fais savoir à l’honorable que je ne mérite pas l’honneur d’être appelée comme eux, car n’ayant jusqu’ici pas encore eu le bonheur d’être membre de leur prestigieux parti. Et que surtout, ça m’arrangerait bien de ne pas être ‘‘honoré’’ en public sur le boulevard du 30 juin.

L’élu du parlement des ‘‘verts’’ n’en a cure. Sourire en coin, l’œil malicieux, il se penche vers moi, et d’une voix complice, murmure : ‘‘Il n’y a pas de quoi avoir peur, honorable, on est entre nous’’

Je commence à le trouver sympa, le Tshisekediste. Je me détends et lui rends son sourire. S’étant assuré que le serveur est hors de portée de la voix, l’homme se penche à nouveau vers moi et révèle:

‘‘Honorable, nous vous avons pris en filature’’

Je feints de rester calme. Ils sont forts, ces gars de l’Udps. Ils ont même des flics!

Imperturbable, mon ami explique:

‘‘En 2005, vous êtes venu pendant un certain temps au parlement de la NBK*. Il s’est fait, à trois reprises,  que votre départ, coïncidait avec l’arrivée d’une jeep de la police qui faisait des raffles. Un beau jour, nous vous avons suivi, convaincu que vous nous mèneriez vers nos amis enlevés. A notre grande surprise, nous vous avons vu entrer dans les bureaux du journal Le Phare. Apres avoir attendu une demi-heure, nous avons levé le camp’’.

Il s’arrête, prend une bonne gorgée de son coca cola, épie une quelconque réaction de ma part. Semblant apprécier mon sang-froid, il continue :

‘‘Une semaine plus tard, nous t’avons encore suivi jusqu'à un immeuble sur le boulevard du 30 juin, en face de la grande poste. Et là, nous avons entendu quelqu’un vous appeler Pasteur Anthony et vous féliciter pour un article paru dans Le Phare. Nous nous sommes precipités sur le premier journal Le Phare que nous avons vu…’’

Soudain, l’homme se lève, quitte sa place et se plante à cote de moi, les mains jointes. Et tel un curé de campagne officiant sa première messe en ville, yeux fermés, voix grave, il récite:

‘‘Du sang sur les rameaux’’

Et me tendant la main:

‘‘Vous ne savez pas à quel point votre article nous a fait du bien, honorable. Merci beaucoup’’

Ne sachant quoi faire, je me lève à mon tour, serre la main tendue de l’homme qui, yeux embues de larmes, balbutie:

‘‘Tout ne s’était pas arrêté le 30 juin 2005.Beaucoup d’amis étaient blessés, d’autres enlevés, certains carrément tués… Et dans le concert des éditos triomphalistes de la presse internationale et nationale qui nous mettaient le moral à zéro, votre article a été un bienfaisant baume au cœur’’.   

Me sentant devenir de plus en plus gauche, je sors mon téléphone, demande son numéro au gars du 30 juin, l’enregistre et lui passe le mien. Je lui resserre la main et promets de l’appeler pour tenter de répondre à ses questions.

C’est le cœur léger, mains en poches, fier comme Artaban, que je sors d’un pas assuré du restaurant résolu à rejoindre la jeep à pied vers la gare centrale.

à suivre

Anthony Katombe

*Nouvelle Banque de Kinshasa

Posté par congomania à 16:25 - Rencotre avec un malade du...Congo - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

22 janvier 2010

Rencontre avec un malade du …Congo

1. Honorable?

‘‘Chief, il y a un gars qui vient vers nous en criant’’

Je regarde dans le rétroviseur et vois effectivement un homme s’avancer, à pas de course, vers le véhicule, avec grands cris et gestes. Une fois à mon niveau, je descends la vitre pour entendre ce qu’il crie.

‘‘Honorable! Honorable!’’

Je fais savoir à l’homme qu’il y a méprise et remonte la glace. Peine perdue, il crie de plus belle et tape avec frénésie sur la vitre.

‘‘Chief, on a un problème’’, diagnostique le chauffeur d’un ton préoccupé.

Une douzaine de shégués* encercle le véhicule. Et comme exécutant l’ordre d’un invisible maestro, ils joignent leurs voix à celle de celui qui tambourine la vitre.

‘‘Honorable! Honorable!’’

Devant, les voitures commencent à avancer. Derrière retentit le concert de klaxons de ceux que bloque notre véhicule.

Je redescends la glace et m’enquiert:

‘‘Wapi leader?’’** Un malabar écarte le batteur et se plante à sa place. Je lui fais le plus beau de mes sourires

‘‘Président, y’oyebi kaka, te. Na’opatrouiller nanu yaya moko liboso awa. Sima na’ozongela kaka ba sens oyo, bongo tosala masolo’’***

‘‘Carré’’****, grommelle-t-il.

Le malabar fait signe à sa troupe qui libère le véhicule. Mais l’embouteillage ne nous permet pas d’aller bien loin. Le percussionniste en profite pour nous rattraper et reprend ses cris:

‘‘Honorable! Honorable!’’

Voulant me débarrasser de lui, je lui tends un billet de 500 francs. Monsieur s’indigne, sort de sa poche une carte de l’Udps qu’il me tend et qui en ajoute à ma confusion. Je donne des instructions au chauffeur pour la suite de la course, et descends du véhicule.

A peine ai-je posé les pieds à terre que le Tshisekediste charge:

Pourquoi vous n’écrivez plus ? Pourquoi vous nous avez laissé tomber ? Pourquoi avez-vous abandonné la lutte ? Est-il interdit à un prédicateur de lutter pour son pays ? Qu’est-ce qui va se passer maintenant ?

Cet homme me connaît. A quel point ? Je ne saurais dire. Mais il sait de moi deux choses, et pas de moindres: j’écris et je prêche.

Pour me calmer, je lui demande de se calmer.

‘‘Anthony ’’, je lui tends la main.

‘‘… Katombe’’, me fais-je compléter.

‘‘Bertin Matata’’, il secoue ma main avec vigueur

‘‘Enchanté’’, parviens-je à marmonner sans grande joie lorsque nous entrons dans le restaurant.

à suivre

Tony Katombe

* appellation kinoise des enfants de la rue

** où est le chef?

*** président, toi-même tu sais, je vois un gars là devant et je reviens par ici pour que nous parlions affaires

****D’accord

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03 avril 2008

Mes amis les policiers

Kinshasa, boulevard Lumumba, Limete, 1ère rue. Jeudi 3 avril 2008. Devant moi, brusquement à la hauteur du boulevard Sendwe, un policier sort de nulle part, bras en croix. Sous le feu de circulation qui fonctionne à ses heures perdues, deux de ses collègues guettent.

En principe, pour permettre aux véhicules venant de l’avenue de l’université de s’engager sur Lumumba, le policier ne devrait avoir que son seul bras droit tendu latéralement pour bloquer le passage sur la bande qui débouche sur le boulevard Sendwe. Donc, logiquement,  ça devrait continuer à rouler normalement à droite sur le prolongement de Lumumba. Mais les bras en croix du policier et l’expectative de ses collègues sous le feu ne me disent rien de bon.

                                                                                          

Pendant quelques fractions de secondes, je fais face à un dilemme : m’arrêter ou continuer ? Si je m’arrête, ils peuvent m’interpeller pour obstruction ; et si je continue, ils risquent de me faire observer les bras en croix de l’officier. Je me suis déjà fait prendre, deux fois, au même endroit, dans les mêmes circonstances. La première fois, pour avoir respecté les bras en croix du policier ; la seconde pour avoir continué à rouler. Cette fois-ci, comme je ne tiens pas à payer à ces dignes agents de l’ordre leur café matinal, je fonce et assure quand même en actionnant mon clignotant droit.

Peine perdue. Avec une rapidité à faire pâlir de jalousie un champion de course, les deux policiers sous le feu sautent sur la chaussée et m’intiment l’ordre de m’arrêter. Je freine, parque sur le trottoir et descends. Ils me demandent le permis de conduire en Lingala. Je le leur donne en leur demandant, en français, pour leur compliquer la tâche, ce qu’ils me reprochent. Sentencieuse, l’infraction tombe : ‘‘clignotant sur un passage continu’’. S’ils ne mettaient pas en retard, j’aurais rigolé avec eux un bon goût.

Je leur rappelle les deux fois d’avant où ils m’avaient pincé. Les braves me rétorquent qu’ils ne me connaissent pas, mais qu’ils font plutôt leur boulot, sans plus. Et comme toujours, il y a un gentil et un méchant. Le ‘‘méchant’’ a mon permis et feint de m’oublier et de parler au téléphone. Le ‘‘gentil’’ me rassure qu’avec juste ‘‘un petit rien’’ de ma part, il va convaincre son collègue à me remettre le permis.

Sachant d’expérience qu’invoquer un code de route qui s’interprète à la tête du client et selon le ‘‘bon’’ jugement du seul policier ne me ferait que perdre davantage de temps, je rentre au véhicule, je sors le téléphone et commence à former un numéro. La communication du ‘‘méchant’’ s’arrête curieusement tout net. Il me tend le permis en me reprochant : ‘‘Vous n’allez pas déranger le colonel pour si peu peu!’’.

C’est à mon tour de perdre la mémoire : ‘‘Quel colonel ?’’. Aussitôt je deviens le gros méchant : ‘‘Motema mabe, akabaka te’’ (méchant, radin) me lance l’un ; ‘‘Trafic d’influence’’, renchérit l’autre.

J’ai du mal à comprendre le fonctionnement de ces policiers. ‘‘Normalement’’, un ‘‘bon’’ policier n’arrête pas deux fois la même personne. La première fois, quelque en soit l’issue, suffit pour fraterniser. Il est aussi bien loin ‘‘le bon vieux temps’’ où le policier faisait d’abord un salut impeccable à l’automobiliste avant de le rançonner.

Anthony Katombe

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24 mars 2008

Le Kivu ne devrait pas compter sur Kinshasa pour son avenir

Pour réagir à la reconnaissance du Kosovo par le gouvernement du Canada, l’ambassadeur de la Serbie a, aujourd’hui, déposé, avant de rentrer dans son pays, une note de protestation devant le ministre canadien des affaires étrangères. Dans une déclaration faite hier devant les journalistes, il a dit ce qui suit : «Ce qui vient de se passer au Kossovo est un précédent dangereux qui ne manquera pas d’affecter même l’Amérique du Nord ». Il parlait, sans le nommer, du Québec, qui pourrait lui aussi déclarer unilatéralement son indépendance.

J’ai immédiatement pensé au Grand-Kivu. Si le parallélisme entre le Kosovo et le Québec est difficile à établir, celui entre l’ancienne province yougoslave et le Grand-Kivu est évident. Le Kosovo est un territoire des Serbes dans laquelle des Albanais ont été injectés pour qu’ensuite ils demandent l’autonomie, tandis que le Québec a d’abord été un pays autonome avant d’appartenir à la confédération canadienne. Une éventuelle émergence d’un certain nationalisme autonomiste dans ce cas serait due à un manque de satisfaction que ressentent certains Québécois au sein de l’ensemble canadien.

Mais le Grand-Kivu connaît exactement la situation vécue au Kosovo. Minembwe et Masisi sont des foyers par lesquels les originaires du Rwanda, une fois leur pouvoir administratif établi, pourront entreprendre de réclamer l’autonomie. Ils sont Congolais pour la plupart, mais ils tissent des liens affectifs très fort avec le Rwandais, de même qu’on a vu les Albanais du Kosovo brandir le drapeau le drapeau de l’Albanie tout en se déclarant Yougoslaves, pour le besoin de la cause.

Un autre point commun entre le Kivu et le Kosovo : les Congolais d’expression rwandaise tiennent à ce que le monde entier leur reconnaisse le statut de peuple menacé d’extinction, avec pour corollaire la possibilité d’obtention de souveraineté sur une partie du territoire congolais. De même, la menace, prétendue ou vraie, de Serbes sur les Albanais du Kosovo a amené
la Communauté internationale de mettre tout en œuvre pour doter les victimes d’un état indépendant.

L’indépendance du Kosovo est donc un test pour mesurer la réaction, non seulement des Serbes à qui on arrache un territoire, mais aussi d’autres pays du monde. On sait maintenant que la même chose pourrait se passer ailleurs sans que cela soit suivi d’autre forme de réaction que de simples blâmes.

Les éléments sont réunis pour que l’expérience du Kosovo soit tentée au Gand-Kivu. La grosse erreur, c’est de croire que la volonté des Kivutiens, à elle seule, pourrait arrêter cette machine balkanisante mise en marche.

En 1994, George Edward Mouse, le sous-secrétaire d’État américain aux affaires africaines, avait préconisé la ponction de territoire à l’est du Congo pour agrandir le Rwanda afin d’y rendre la cohabitation possible entre les Hutu et les Tutsi. Le plan n’a jamais été ni dénoncé ni rejeté. Deux ans après, c’est le président du Rwanda, Pasteur Bizimungu, qui demandait la ré-définition de frontières dans les Grands Lacs, et il appelait cela «Berlin II ».

Rien de toutes ces menaces pesant sur le territoire national n’a été dénoncé, pas même par Kinshasa. Ce silence du gouvernement dont la mission principale aurait dû être celle de défendre dents et griffes la souveraineté et l’intégrité nationales, ajouté à la promptitude avec laquelle le Conseil de sécurité et toutes les nations puissantes du monde reconnaissent l’idée de la modification des frontières nationales, amène à croire que la balkanisation de
la République Démocratique du Congo n’est plus qu’une question de temps.

Quoique les Kivutiens souhaitent de tout leur vœu qu’ils restent unis au Congo tel qu’il est défini dans ses frontières actuelles, leur volonté n’est pas suffisante. L’unité nationale et l’intégrité territoriale se maintiennent, non pas par des vœux pieux, mais par la capacité de se battre par tous les moyens advenant toute forme de menace.

Or, Kinshasa, avec sa meute d’aventuriers incapables de mettre sur pieds une vraie administration, ne saurait pas défendre l’intégrité territoriale. Il ne reste qu’au Kivutiens, et à eux seuls, de se prendre en charge.

Les Kivutiens doivent commencer dès maintenant à se familiariser avec l’idée qu’un jour au l’autre ils auront à se battre seul pour leur avenir. Les autres provinces sont en train de comprendre le danger de s’appuyer sur un pilier rongé par les termites, c’est-à-dire Kinshasa. Advenant l’éclatement du Congo, le Gand-Kivu pourrait être la seule province qui serait prise de court. L’éclatement, lui-même, n’est pas dangereux, mais plutôt la distraction dans laquelle il risque de surprendre les Kivutiens.

Les Kivutiens croient qu’un Kivu sans le reste du Congo deviendrait une proie à la merci du Rwanda. L’inverse est pourtant vrai : c’est Kinshasa qui ligote le Kivu et le remet, pieds et poings liés, à ses ennemis. En 1996, quand les Kivutiens, se croyant abandonnés devant l’avancée de Rwandais, avaient pris les armes, ils avaient réussi à tenir en échec l’armée
du Rwanda aidées de toutes les puissances obscures du monde. Ce ne fut que lorsqu’ils crurent que Mobutu allait se transformer en vaillant combattant pour leur venir en aide, que leur verrou a cédé devant l’ennemi.

Par la suite, la récupération de la résistance populaire kivutienne par Laurent Kabila pour en faire sa branche armée, a permis aux Rwandais de marcher sur la défense kivutienne et des souiller dans l’humiliation les femmes du terroir.

À chaque fois que le Kivu avait osé prendre son destin en mains, l’ennemi s’était posé mille questions ; mais quand il avait remis son sort entre les mains de Kinshasa, au nom de l’unité nationale, c’était le commencement du calvaire pour les populations paysannes.

Il est difficile de se défaire d’une idée qui a eu une longue vie et qui est accepté par un grand nombre. L’idée d’une nation congolaise dans ses frontières actuelles parait sacrée au point que quiconque la remet en question devient bon pour la potence. Mais les révolutions qui ont amélioré les vies des citoyens sont venues ébranler des dogmes millénaires.

Le mariage entre le Kivu et un gouvernement de Kinshasa incapable de se pencher sérieusement sur le sort de la nation n’est pas obligatoire.


Ahongya Misabiko

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20 mars 2008

Une marche des Compagnons d'Etienne Tshisekedi réprimée dans le sang

Kinshasa, mercredi 19 mars 2008. Une marche contre le mauvais salaire des compagnons d'Etienne Tshisekedi, un mouvement proche de l'Udps, qui devait partir de Victoire Place des Artistes pour l'Hôtel de ville, en passant par l'avenue Kasa Vubu a été réprimée dans le sang.

Contacté au téléphone, Raoul Nsolwa, président des compagnons d'Etienne Tshisekedi a fait savoir qu'armés jusqu'aux dents, des policiers ont investi la place des artistes et bastonné copieusement les compagnons et la foule qui commençaient, par leur affluence, à bloquer la circulation.

Surpris par la rapidité et la brutalité de l'intervention de la police, beaucoup de manifestants n'ont pas pu s'échapper et ont été embarqués à bord de 4X4 de la police et promenés à travers toute la capitale avant d'être relâchés.

De ceux qui ont été acheminés vers des centres de détention, cinq, autant que sache Raoul, ont pu être libérés, pendant que treize sont encore aux arrêts, et beaucoup d'autres portés disparus.

Raoul, qui a lui-même été relâché, après avoir été sérieusement battu, devant la prison centrale de Makala, n'a pu regagner à pied son domicile à Limete que tard à 24 heures dans la nuit d'hier à aujourd'hui, sans aucun sou sur lui, tout ayant été raflé par les policiers.

Ce n'est pas la première fois que la police en fait déguster aux gars à Raoul. Le 30 janvier 2008 déjà, les compagnons de Tshisekedi avaient été l'objet d'une folle répression pour avoir osé manifester contre la vie chère et la souffrance noire. Depuis lors, beaucoup de combattants de la liberté sont toujours aux arrêts et beaucoup d'autres portés disparus.

La police invoque à chaque fois l'absence d'autorisation pour sévir contre les paisibles manifestants avec une violence disproportionnée, alors que l'article 26 de la constitution dispose que l'autorité, une fois informée, doit prendre toutes les dispositions pour un bon déroulement de la manifestation.

Raoul réclame la libération immédiate et sans conditions de ses compagnons, aussi bien ceux arrêtés depuis le 30 janvier que ceux d'hier 19 mars.

Tony Katombe

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19 mars 2008

Parlementaires congolais : Et si le ridicule pouvait tuer …

Kinshasa, Samedi 15 mars 2008. Ouverture de la nouvelle session parlementaire. Les Présidents de deux chambres, se basant sur les rapports des vacances parlementaires de leurs collègues, dressent un bilan catastrophique de l’an 1 du gouvernement Kabila-Gizenga.

Même si à l’assemblée nationale, Vital Kamerhe est moins sévère que Léon Kengo, tous se sont néanmoins accordés pour reconnaître, sous les applaudissements des députés et sénateurs, que les conditions de vie des congolais se sont précarisées davantage, que les infrastructures routières n’arrêtent pas de se délabrer, que les droits de l’homme sont très loin  d’être respectés et que la paix promise n’est toujours pas au rendez-vous.

Aux micros des journalistes, aucun son discordant. Qu’ils soient de la majorité ou de l’opposition, les élus nationaux renchérissent tous dans le sens du verdict de leurs présidents.

Pourtant, Jeudi 6 décembre 2007, Joseph Kabila, ci-devant président de la république, s’était tapé une ‘’‘standing ovation’’ des parlementaires en congrès, lors de son discours sur l’Etat de la nation, discours dans lequel, il avait affirmé, pinces sans rire : ‘‘…les congolais vivent mieux qu’il y a une année et beaucoup mieux qu’il y en a quinze’’.

Le ciel est-il alors tombé sur la tête des congolais au point de tout détruire pour que leurs élus, en l’espace de trois mois seulement, dédisent leurs applaudissements nourris de décembre dernier sur les performances du gouvernement ?

L’opinion, déjà habituée à la fausse sensibilité des honorables ne s’y trompe pas. Combien de fois n’a-t-on pas vu et entendu ces messieurs dames du parlement, toutes tendances confondues, tenir des discours enflammés sur le caractère antisocial du budget, l’immobilisme et l’incapacité du gouvernement, mais à chaque fois, trancher, à la grande surprise de Kiakuama Kia Kiziki, le socialiste chrétien qui se morfond au palais du peuple, dans une proportion bien au-delà de la majorité AMP, pour la pérennisation du statu quo ?

Cette fois-ci encore, personne n’est dupe quant à la suite que les parlementaires réserveront à leur verdict. Surtout qu’ils mettent déjà un bémol à leur constat en se plaignant du fait que les journalistes ne font pas leur travail de vulgariser la constitution et les lois de la république afin que le peuple soit informé des tâches dévolues à chaque institution.

Alors que leur boulot consiste principalement à voter des lois, les honorables se disent surpris d’être pris à partie par la population, à cause de ses conditions de vie infrahumaines, au lieu qu’elle s’en prenne plutôt au gouvernement.

Et pourtant, dans la fièvre de la campagne électorale, les candidats parlementaires n’avaient pas lésiné sur les promesses. L’eau, l’électricité, le transport, l’emploi, le salaire, le logement, la santé, l’éducation, la paix, les droits de l’homme, la démocratie,… Rien n’avait été oublié. Une fois élus, les candidats d’hier se souviennent tout d’un coup que transformer la vie des congolais n’est pas de leur pouvoir.

Point n’est besoin de leur rappeler d’autres prérogatives comme ceux de contrôler et de congédier le gouvernement. Ils se réfugieront tous de suite dans les prétextes aussi creux que la nécessité de la stabilité et de la consolidation de l’action du gouvernement, stabilité et consolidation qui n’arrêtent pourtant pas de faire foutre le camp au pays, au point que même le taux de change Dollar/Franc congolais, dont on rabattait au peuple les oreilles à longueur des journées, a fini par s’enflammer.

En attendant que, selon la prophétie de Kengo, le temps l’emporte notamment sur l’attitude des parlementaires, ceux-ci se sont acheté à la rentrée, pour des dizaines des milliers des dollars, des grosses et luxueuses Jeeps qui devront rouler dans une ville sans routes.

‘‘Il ne faudrait pas’’, dit une honorable députée élue de la Lukunga, ‘‘que le peuple ait l’impression que son élu vit dans la misère’’.

Et si, ne serait qu’au Congo, le ridicule pouvait tuer …

Tony Katombe

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04 mars 2008

Kinshasa veut contrôler les appels téléphoniques

Kinshasa, mardi 4 mars 2008, 13.35. Sur mon téléphone portable tombe un sms de mon opérateur : ‘‘Par arrêté gouvernemental, l’identification de tous les abonnés est obligatoires’’.

Ca ne me dit rien qui vaille dans une ville qui bruisse des rumeurs aussi folles les unes que les autres depuis le début de l’année, dans une ville où tout semble s’être arrêté, dans une ville où tout le monde sait tout de tout, mais où personne ne sait apporter la moindre preuve de ce qu’il avance.

Tel dit avoir reçu un sms, d’on ne sait pas trop qui, annonçant la mort du président Kabila. Tel autre déclare tel un oracle que la fin de Gizenga est une question d’heure, car Kabila serait d’accord pour lui allonger 5 millions des dollars sur les 10 que le Mbuta réclame pour rendre le tablier. Et pour alourdir davantage l’atmosphère, André Kimbuta, le mathématicien gouverneur de la ville, égrène des menaces contre quiconque osera encore fomenter des rumeurs contre le chef de l’Etat.

Un collègue nous dit avoir suivi la lecture du fameux arrêté la veille à la télé. Le gouvernement expliquerait cette mesure par la nécessité de lutter contre les appels anonymes des gens qui ne se gênent pas à importuner les plus hautes autorités du pays.

Au bureau, on ne saisit pas très bien la peine que se donne le gouvernement pour se battre contre des rumeurs, dans la mesure où à Kinshasa, si démentir une rumeur est la meilleure façon de la rendre crédible, y répondre par des menaces la transforme en fait tangible.

Si l’on peut comprendre la nécessité pour la république d’identifier tous les abonnés de tous les réseaux de téléphones mobiles, il ne reste pas moins vrai qu’une telle opération en des temps comme ceux-ci inspire bien d’inquiétudes, quand on connaît le zèle des services spéciaux de la police et du renseignement.

On ne voit pas très bien comment des services sous-équipés pourraient traquer les gens dans un marché de plus de 10 millions d’abonnés pour l’ensemble des opérateurs. D’où la crainte de voir le pouvoir mettre sur table d’écoute quelques individus bien ciblés parmi les opérateurs politiques, les journalistes, les activistes des droits de l’homme, les membres des comités d’étudiants et même les simples citoyens.

Tony Katombe

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