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Le Blog du Congolais

analyses politiques sur la situation au congo kinshasa

03 avril 2008

Mes amis les policiers

Kinshasa, boulevard Lumumba, Limete, 1ère rue. Jeudi 3 avril 2008. Devant moi, brusquement à la hauteur du boulevard Sendwe, un policier sort de nulle part, bras en croix. Sous le feu de circulation qui fonctionne à ses heures perdues, deux de ses collègues guettent.

En principe, pour permettre aux véhicules venant de l’avenue de l’université de s’engager sur Lumumba, le policier ne devrait avoir que son seul bras droit tendu latéralement pour bloquer le passage sur la bande qui débouche sur le boulevard Sendwe. Donc, logiquement,  ça devrait continuer à rouler normalement à droite sur le prolongement de Lumumba. Mais les bras en croix du policier et l’expectative de ses collègues sous le feu ne me disent rien de bon.

                                                                                          

Pendant quelques fractions de secondes, je fais face à un dilemme : m’arrêter ou continuer ? Si je m’arrête, ils peuvent m’interpeller pour obstruction ; et si je continue, ils risquent de me faire observer les bras en croix de l’officier. Je me suis déjà fait prendre, deux fois, au même endroit, dans les mêmes circonstances. La première fois, pour avoir respecté les bras en croix du policier ; la seconde pour avoir continué à rouler. Cette fois-ci, comme je ne tiens pas à payer à ces dignes agents de l’ordre leur café matinal, je fonce et assure quand même en actionnant mon clignotant droit.

Peine perdue. Avec une rapidité à faire pâlir de jalousie un champion de course, les deux policiers sous le feu sautent sur la chaussée et m’intiment l’ordre de m’arrêter. Je freine, parque sur le trottoir et descends. Ils me demandent le permis de conduire en Lingala. Je le leur donne en leur demandant, en français, pour leur compliquer la tâche, ce qu’ils me reprochent. Sentencieuse, l’infraction tombe : ‘‘clignotant sur un passage continu’’. S’ils ne mettaient pas en retard, j’aurais rigolé avec eux un bon goût.

Je leur rappelle les deux fois d’avant où ils m’avaient pincé. Les braves me rétorquent qu’ils ne me connaissent pas, mais qu’ils font plutôt leur boulot, sans plus. Et comme toujours, il y a un gentil et un méchant. Le ‘‘méchant’’ a mon permis et feint de m’oublier et de parler au téléphone. Le ‘‘gentil’’ me rassure qu’avec juste ‘‘un petit rien’’ de ma part, il va convaincre son collègue à me remettre le permis.

Sachant d’expérience qu’invoquer un code de route qui s’interprète à la tête du client et selon le ‘‘bon’’ jugement du seul policier ne me ferait que perdre davantage de temps, je rentre au véhicule, je sors le téléphone et commence à former un numéro. La communication du ‘‘méchant’’ s’arrête curieusement tout net. Il me tend le permis en me reprochant : ‘‘Vous n’allez pas déranger le colonel pour si peu peu!’’.

C’est à mon tour de perdre la mémoire : ‘‘Quel colonel ?’’. Aussitôt je deviens le gros méchant : ‘‘Motema mabe, akabaka te’’ (méchant, radin) me lance l’un ; ‘‘Trafic d’influence’’, renchérit l’autre.

J’ai du mal à comprendre le fonctionnement de ces policiers. ‘‘Normalement’’, un ‘‘bon’’ policier n’arrête pas deux fois la même personne. La première fois, quelque en soit l’issue, suffit pour fraterniser. Il est aussi bien loin ‘‘le bon vieux temps’’ où le policier faisait d’abord un salut impeccable à l’automobiliste avant de le rançonner.

Anthony Katombe

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24 mars 2008

Le Kivu ne devrait pas compter sur Kinshasa pour son avenir

Pour réagir à la reconnaissance du Kosovo par le gouvernement du Canada, l’ambassadeur de la Serbie a, aujourd’hui, déposé, avant de rentrer dans son pays, une note de protestation devant le ministre canadien des affaires étrangères. Dans une déclaration faite hier devant les journalistes, il a dit ce qui suit : «Ce qui vient de se passer au Kossovo est un précédent dangereux qui ne manquera pas d’affecter même l’Amérique du Nord ». Il parlait, sans le nommer, du Québec, qui pourrait lui aussi déclarer unilatéralement son indépendance.

J’ai immédiatement pensé au Grand-Kivu. Si le parallélisme entre le Kosovo et le Québec est difficile à établir, celui entre l’ancienne province yougoslave et le Grand-Kivu est évident. Le Kosovo est un territoire des Serbes dans laquelle des Albanais ont été injectés pour qu’ensuite ils demandent l’autonomie, tandis que le Québec a d’abord été un pays autonome avant d’appartenir à la confédération canadienne. Une éventuelle émergence d’un certain nationalisme autonomiste dans ce cas serait due à un manque de satisfaction que ressentent certains Québécois au sein de l’ensemble canadien.

Mais le Grand-Kivu connaît exactement la situation vécue au Kosovo. Minembwe et Masisi sont des foyers par lesquels les originaires du Rwanda, une fois leur pouvoir administratif établi, pourront entreprendre de réclamer l’autonomie. Ils sont Congolais pour la plupart, mais ils tissent des liens affectifs très fort avec le Rwandais, de même qu’on a vu les Albanais du Kosovo brandir le drapeau le drapeau de l’Albanie tout en se déclarant Yougoslaves, pour le besoin de la cause.

Un autre point commun entre le Kivu et le Kosovo : les Congolais d’expression rwandaise tiennent à ce que le monde entier leur reconnaisse le statut de peuple menacé d’extinction, avec pour corollaire la possibilité d’obtention de souveraineté sur une partie du territoire congolais. De même, la menace, prétendue ou vraie, de Serbes sur les Albanais du Kosovo a amené
la Communauté internationale de mettre tout en œuvre pour doter les victimes d’un état indépendant.

L’indépendance du Kosovo est donc un test pour mesurer la réaction, non seulement des Serbes à qui on arrache un territoire, mais aussi d’autres pays du monde. On sait maintenant que la même chose pourrait se passer ailleurs sans que cela soit suivi d’autre forme de réaction que de simples blâmes.

Les éléments sont réunis pour que l’expérience du Kosovo soit tentée au Gand-Kivu. La grosse erreur, c’est de croire que la volonté des Kivutiens, à elle seule, pourrait arrêter cette machine balkanisante mise en marche.

En 1994, George Edward Mouse, le sous-secrétaire d’État américain aux affaires africaines, avait préconisé la ponction de territoire à l’est du Congo pour agrandir le Rwanda afin d’y rendre la cohabitation possible entre les Hutu et les Tutsi. Le plan n’a jamais été ni dénoncé ni rejeté. Deux ans après, c’est le président du Rwanda, Pasteur Bizimungu, qui demandait la ré-définition de frontières dans les Grands Lacs, et il appelait cela «Berlin II ».

Rien de toutes ces menaces pesant sur le territoire national n’a été dénoncé, pas même par Kinshasa. Ce silence du gouvernement dont la mission principale aurait dû être celle de défendre dents et griffes la souveraineté et l’intégrité nationales, ajouté à la promptitude avec laquelle le Conseil de sécurité et toutes les nations puissantes du monde reconnaissent l’idée de la modification des frontières nationales, amène à croire que la balkanisation de
la République Démocratique du Congo n’est plus qu’une question de temps.

Quoique les Kivutiens souhaitent de tout leur vœu qu’ils restent unis au Congo tel qu’il est défini dans ses frontières actuelles, leur volonté n’est pas suffisante. L’unité nationale et l’intégrité territoriale se maintiennent, non pas par des vœux pieux, mais par la capacité de se battre par tous les moyens advenant toute forme de menace.

Or, Kinshasa, avec sa meute d’aventuriers incapables de mettre sur pieds une vraie administration, ne saurait pas défendre l’intégrité territoriale. Il ne reste qu’au Kivutiens, et à eux seuls, de se prendre en charge.

Les Kivutiens doivent commencer dès maintenant à se familiariser avec l’idée qu’un jour au l’autre ils auront à se battre seul pour leur avenir. Les autres provinces sont en train de comprendre le danger de s’appuyer sur un pilier rongé par les termites, c’est-à-dire Kinshasa. Advenant l’éclatement du Congo, le Gand-Kivu pourrait être la seule province qui serait prise de court. L’éclatement, lui-même, n’est pas dangereux, mais plutôt la distraction dans laquelle il risque de surprendre les Kivutiens.

Les Kivutiens croient qu’un Kivu sans le reste du Congo deviendrait une proie à la merci du Rwanda. L’inverse est pourtant vrai : c’est Kinshasa qui ligote le Kivu et le remet, pieds et poings liés, à ses ennemis. En 1996, quand les Kivutiens, se croyant abandonnés devant l’avancée de Rwandais, avaient pris les armes, ils avaient réussi à tenir en échec l’armée
du Rwanda aidées de toutes les puissances obscures du monde. Ce ne fut que lorsqu’ils crurent que Mobutu allait se transformer en vaillant combattant pour leur venir en aide, que leur verrou a cédé devant l’ennemi.

Par la suite, la récupération de la résistance populaire kivutienne par Laurent Kabila pour en faire sa branche armée, a permis aux Rwandais de marcher sur la défense kivutienne et des souiller dans l’humiliation les femmes du terroir.

À chaque fois que le Kivu avait osé prendre son destin en mains, l’ennemi s’était posé mille questions ; mais quand il avait remis son sort entre les mains de Kinshasa, au nom de l’unité nationale, c’était le commencement du calvaire pour les populations paysannes.

Il est difficile de se défaire d’une idée qui a eu une longue vie et qui est accepté par un grand nombre. L’idée d’une nation congolaise dans ses frontières actuelles parait sacrée au point que quiconque la remet en question devient bon pour la potence. Mais les révolutions qui ont amélioré les vies des citoyens sont venues ébranler des dogmes millénaires.

Le mariage entre le Kivu et un gouvernement de Kinshasa incapable de se pencher sérieusement sur le sort de la nation n’est pas obligatoire.


Ahongya Misabiko

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20 mars 2008

Une marche des Compagnons d'Etienne Tshisekedi réprimée dans le sang

Kinshasa, mercredi 19 mars 2008. Une marche contre le mauvais salaire des compagnons d'Etienne Tshisekedi, un mouvement proche de l'Udps, qui devait partir de Victoire Place des Artistes pour l'Hôtel de ville, en passant par l'avenue Kasa Vubu a été réprimée dans le sang.

Contacté au téléphone, Raoul Nsolwa, président des compagnons d'Etienne Tshisekedi a fait savoir qu'armés jusqu'aux dents, des policiers ont investi la place des artistes et bastonné copieusement les compagnons et la foule qui commençaient, par leur affluence, à bloquer la circulation.

Surpris par la rapidité et la brutalité de l'intervention de la police, beaucoup de manifestants n'ont pas pu s'échapper et ont été embarqués à bord de 4X4 de la police et promenés à travers toute la capitale avant d'être relâchés.

De ceux qui ont été acheminés vers des centres de détention, cinq, autant que sache Raoul, ont pu être libérés, pendant que treize sont encore aux arrêts, et beaucoup d'autres portés disparus.

Raoul, qui a lui-même été relâché, après avoir été sérieusement battu, devant la prison centrale de Makala, n'a pu regagner à pied son domicile à Limete que tard à 24 heures dans la nuit d'hier à aujourd'hui, sans aucun sou sur lui, tout ayant été raflé par les policiers.

Ce n'est pas la première fois que la police en fait déguster aux gars à Raoul. Le 30 janvier 2008 déjà, les compagnons de Tshisekedi avaient été l'objet d'une folle répression pour avoir osé manifester contre la vie chère et la souffrance noire. Depuis lors, beaucoup de combattants de la liberté sont toujours aux arrêts et beaucoup d'autres portés disparus.

La police invoque à chaque fois l'absence d'autorisation pour sévir contre les paisibles manifestants avec une violence disproportionnée, alors que l'article 26 de la constitution dispose que l'autorité, une fois informée, doit prendre toutes les dispositions pour un bon déroulement de la manifestation.

Raoul réclame la libération immédiate et sans conditions de ses compagnons, aussi bien ceux arrêtés depuis le 30 janvier que ceux d'hier 19 mars.

Tony Katombe

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19 mars 2008

Parlementaires congolais : Et si le ridicule pouvait tuer …

Kinshasa, Samedi 15 mars 2008. Ouverture de la nouvelle session parlementaire. Les Présidents de deux chambres, se basant sur les rapports des vacances parlementaires de leurs collègues, dressent un bilan catastrophique de l’an 1 du gouvernement Kabila-Gizenga.

Même si à l’assemblée nationale, Vital Kamerhe est moins sévère que Léon Kengo, tous se sont néanmoins accordés pour reconnaître, sous les applaudissements des députés et sénateurs, que les conditions de vie des congolais se sont précarisées davantage, que les infrastructures routières n’arrêtent pas de se délabrer, que les droits de l’homme sont très loin  d’être respectés et que la paix promise n’est toujours pas au rendez-vous.

Aux micros des journalistes, aucun son discordant. Qu’ils soient de la majorité ou de l’opposition, les élus nationaux renchérissent tous dans le sens du verdict de leurs présidents.

Pourtant, Jeudi 6 décembre 2007, Joseph Kabila, ci-devant président de la république, s’était tapé une ‘’‘standing ovation’’ des parlementaires en congrès, lors de son discours sur l’Etat de la nation, discours dans lequel, il avait affirmé, pinces sans rire : ‘‘…les congolais vivent mieux qu’il y a une année et beaucoup mieux qu’il y en a quinze’’.

Le ciel est-il alors tombé sur la tête des congolais au point de tout détruire pour que leurs élus, en l’espace de trois mois seulement, dédisent leurs applaudissements nourris de décembre dernier sur les performances du gouvernement ?

L’opinion, déjà habituée à la fausse sensibilité des honorables ne s’y trompe pas. Combien de fois n’a-t-on pas vu et entendu ces messieurs dames du parlement, toutes tendances confondues, tenir des discours enflammés sur le caractère antisocial du budget, l’immobilisme et l’incapacité du gouvernement, mais à chaque fois, trancher, à la grande surprise de Kiakuama Kia Kiziki, le socialiste chrétien qui se morfond au palais du peuple, dans une proportion bien au-delà de la majorité AMP, pour la pérennisation du statu quo ?

Cette fois-ci encore, personne n’est dupe quant à la suite que les parlementaires réserveront à leur verdict. Surtout qu’ils mettent déjà un bémol à leur constat en se plaignant du fait que les journalistes ne font pas leur travail de vulgariser la constitution et les lois de la république afin que le peuple soit informé des tâches dévolues à chaque institution.

Alors que leur boulot consiste principalement à voter des lois, les honorables se disent surpris d’être pris à partie par la population, à cause de ses conditions de vie infrahumaines, au lieu qu’elle s’en prenne plutôt au gouvernement.

Et pourtant, dans la fièvre de la campagne électorale, les candidats parlementaires n’avaient pas lésiné sur les promesses. L’eau, l’électricité, le transport, l’emploi, le salaire, le logement, la santé, l’éducation, la paix, les droits de l’homme, la démocratie,… Rien n’avait été oublié. Une fois élus, les candidats d’hier se souviennent tout d’un coup que transformer la vie des congolais n’est pas de leur pouvoir.

Point n’est besoin de leur rappeler d’autres prérogatives comme ceux de contrôler et de congédier le gouvernement. Ils se réfugieront tous de suite dans les prétextes aussi creux que la nécessité de la stabilité et de la consolidation de l’action du gouvernement, stabilité et consolidation qui n’arrêtent pourtant pas de faire foutre le camp au pays, au point que même le taux de change Dollar/Franc congolais, dont on rabattait au peuple les oreilles à longueur des journées, a fini par s’enflammer.

En attendant que, selon la prophétie de Kengo, le temps l’emporte notamment sur l’attitude des parlementaires, ceux-ci se sont acheté à la rentrée, pour des dizaines des milliers des dollars, des grosses et luxueuses Jeeps qui devront rouler dans une ville sans routes.

‘‘Il ne faudrait pas’’, dit une honorable députée élue de la Lukunga, ‘‘que le peuple ait l’impression que son élu vit dans la misère’’.

Et si, ne serait qu’au Congo, le ridicule pouvait tuer …

Tony Katombe

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04 mars 2008

Kinshasa veut contrôler les appels téléphoniques

Kinshasa, mardi 4 mars 2008, 13.35. Sur mon téléphone portable tombe un sms de mon opérateur : ‘‘Par arrêté gouvernemental, l’identification de tous les abonnés est obligatoires’’.

Ca ne me dit rien qui vaille dans une ville qui bruisse des rumeurs aussi folles les unes que les autres depuis le début de l’année, dans une ville où tout semble s’être arrêté, dans une ville où tout le monde sait tout de tout, mais où personne ne sait apporter la moindre preuve de ce qu’il avance.

Tel dit avoir reçu un sms, d’on ne sait pas trop qui, annonçant la mort du président Kabila. Tel autre déclare tel un oracle que la fin de Gizenga est une question d’heure, car Kabila serait d’accord pour lui allonger 5 millions des dollars sur les 10 que le Mbuta réclame pour rendre le tablier. Et pour alourdir davantage l’atmosphère, André Kimbuta, le mathématicien gouverneur de la ville, égrène des menaces contre quiconque osera encore fomenter des rumeurs contre le chef de l’Etat.

Un collègue nous dit avoir suivi la lecture du fameux arrêté la veille à la télé. Le gouvernement expliquerait cette mesure par la nécessité de lutter contre les appels anonymes des gens qui ne se gênent pas à importuner les plus hautes autorités du pays.

Au bureau, on ne saisit pas très bien la peine que se donne le gouvernement pour se battre contre des rumeurs, dans la mesure où à Kinshasa, si démentir une rumeur est la meilleure façon de la rendre crédible, y répondre par des menaces la transforme en fait tangible.

Si l’on peut comprendre la nécessité pour la république d’identifier tous les abonnés de tous les réseaux de téléphones mobiles, il ne reste pas moins vrai qu’une telle opération en des temps comme ceux-ci inspire bien d’inquiétudes, quand on connaît le zèle des services spéciaux de la police et du renseignement.

On ne voit pas très bien comment des services sous-équipés pourraient traquer les gens dans un marché de plus de 10 millions d’abonnés pour l’ensemble des opérateurs. D’où la crainte de voir le pouvoir mettre sur table d’écoute quelques individus bien ciblés parmi les opérateurs politiques, les journalistes, les activistes des droits de l’homme, les membres des comités d’étudiants et même les simples citoyens.

Tony Katombe

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Le calvaire d’un piéton Kinois

Kinshasa, lundi 3 mars 2008, 7.30. Je n’ai pas fait 500 m que le moteur s’arrête tout net. J’essaie de redemander, d’accélérer, rien n’y fait. Pourtant, le carburant, l’huile, la batterie,… tout est bon. J’appelle le mécano. Il ouvre le capot, ausculte et tranche : ‘‘Côté mécanique, c’est bon. J’appelle l’électricien’’. 

Ce dernier se pointe et examine à son tour et doctement rend le verdict. La matrice, le relais de la pompe et l’autre relais de ne sais quoi là sont foutus et doivent être remplacés. Je n’y comprends pas grand-chose. Car comme disent le latinistes, etsi multa scio, plura tamen ignoro (bien que je sache tant des choses, j’en ignore pourtant davantage. Et des domaines où je suis un grand nul, la mécanique et l’électricité viennent en tête de liste.

Je fais venir mon beau-frère à qui je laisse l’argent nécessaire aux réparations et me trouve un taxi pour Super Lemba où je me mets presque à genoux pour qu’un autre taximan accepte d’arriver sur le boulevard du 30 juin, tant le tronçon est réputé pour ses embouteillages aux heures de pointe.

Un malheur ne vient jamais seul, dit-on. A 14 heures, le beau-frère m’appelle : ‘‘La mémoire centrale est aussi foutue. Il faut 350 dollars pour la remplacer’’. Comme ils y vont ces garagistes, ils pensent vraiment qu’on a 350 dollars comme ça à sortir pour acheter leur bidule !

C’est bien là une très mauvaise nouvelle. Car même après discussion, je ne pourrais toujours pas trouver l’argent avant au moins une semaine pour acheter la pièce. Et pendant tout ce temps, je devrais me remettre à subir le calvaire du piéton. Et pour qui connaît Kinshasa, il serait difficile de trouver pire sort que celui-là.

18.30. Mon laptop en bandoulière, je quitte le bureau pour l’arrêt au niveau de l’ONATRA, archicomble. Achille, un de nos clients, me dit y avoir déjà fait 45 minutes, debout, dans l’attente du taxi. Ca me déprime.

Au loin, j’aperçois un minibus d’un ministère, de l’environnement ou du travail, je ne sais plus. Pour l’avoir souvent pris autrefois, je sais que les chauffeurs des ministères font du transport le soir pour acheter le carburant, comme le gouvernement ne leur en fournit plus, ou alors en quantité très insignifiante.

Le minibus décélère. En bon piéton d’autrefois, je n’ai pas perdu les réflexes. Je me mets à courir à reculons avec une exactitude telle que je me présente le premier à la portière quand celle-ci s’ouvre. Je monte et m’installe au fond pour ne pas gêner les autres. Plus de 30 personnes sont en train de se bousculer, de se marcher sur les pieds, de se donner des coups de coudes pour prendre place à bord d’un véhicule d’à peine 10 places.

Achille est impressionné par mon agilité. Je l’ai trouvé et je l’ai laissé. Je suis assez satisfait de moi-même. Mais pas pour longtemps. Sur la petite banquette arrière, nous sommes quatre. J’ai mon laptop sur les cuisses et le pneu de réserve du minibus sous mes pieds. Avec mes presque deux mètres, je respire à peine et commence à avoir mal au dos, mal aux jambes, mal partout. Et pour tout rendre insupportable, le chauffeur emprunte la Route des Poids Lourds, l’autre artère où les embouteillages monstres donnent souvent envie de pleurer.   

Pas de chance pour mon ami Gabriel Maindo, qui passe son temps à lancer des piques sur le net à l’Udps dont il se veut pourtant membre. Après plusieurs tentatives, Gabriel a finalement réussi à m’avoir au phone. Avec l’encombrement, la difficile communication se coupe après quelques dizaines de secondes. Dommage, car il a une voix sympa, Gabriel, plus sympa que ses e-mails, en tout cas.

A quelque chose malheur est bon. Mon voisin arrache mon téléphone et fait mine de l’admirer. Sur terre, il a vu un gars s’intéresser à ma conversation avec Gabriel. Si la communication ne s’était pas coupée, le téléphone aurait été raflé par un de ces nombreux voleurs qui sévissent depuis le pont Bralima jusqu’à l’arrêt Libongo ya Baramoto.

A Lemba Terminus, un monde fou. C’est comme si tous les habitants de l’ex quartier latin se sont donné rendez-vous à l’arrêt. Ici, c’est une autre histoire. Des plus jeunes que moi me devancent dans les taxis avant que j’aie pu attendre l’une des portières. Après tout, Salongo n’est pas si loin que ça. Mais le laptop et la fatigue me dissuadent de tenter la marche.

De loin, je repère un taxi et fonce à vive allure. Je prends place à côté du chauffeur avec un grand sourire.

Mes pensées vont à Marie-Jeanne, une amie d’enfance. En 2006, après 8 ans de séjour en Suisse, et à la suite de tout le bien dont elle entendait les pro Kabila dire du régime, elle s’était décidée de venir passer ses vacances à Kinshasa. Elle m’avait trouvé un soir à Super Lemba où j’attendais depuis 30 minutes un taxi que je ne savais pas prendre.

Après tant d’années, elle n’avait pas changé, Marie-Jeanne. De la poche de son blue-jean, elle avait sorti un talon de chaussure dame : ‘‘Ca s’est accrochée dans un trou sur le tarmac de l’aéroport. Je rentre avec en Suisse pour le montrer à ceux qui m’ont conseillée de venir’’.

Nous avions rigolé un bon coup et elle m’avait prié de la laisser faire en me promettant qu’elle allait nous trouver un taxi dans moins de 5 minutes. Pendant une dizaine de minutes, je l’avais avec amusement regardée courir, bousculer les gens, en vain.

Fatiguée, elle était revenue vers moi en riant : ‘‘Kin eza vrai, kowelela ba car sentiment !’’ (Ca fait bon de vivre à Kinshasa, c’est excitant de se battre pour attraper un taxi).

Après avoir poiroté encore 30 minutes, nous nous étions résolus à nous taper notre montée de Salongo, à pied.       

Tony Katombe

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03 mars 2008

Médecins congolais : débrayer ou ne pas débrayer, that is the question.

Kinshasa, Route du Flambeau, à la hauteur de la Bralima, une jeune, grande et belle dame au teint clair attend son taxi. A son niveau, je m’arrête, son visage me dit quelque chose. Elle se penche : ‘‘Boulevard ?’’. Je la taquine : ‘’Pour vous, ce sera dix mille francs, grande dame’’. Elle sourit : ‘‘Je ne suis qu’un médecin’’. Elle monte à bord et me tend la main : ‘‘Dr Charly, pédiatre’’. Je serre sa main avec plaisir : ‘‘Anthony Katombe, avec mes hommages les plus vibrants, grande dame’’.

On roule pendant une minute sans se parler et le docteur rompt le silence : ‘‘On se connaît, nous deux, non ?’’ Je la regarde : ‘‘Si, c’est pourquoi je me suis arrêté’’. Chacun récite son quartier, son école primaire, son université, ses amis, ses parents,… mais on ne se rappelle toujours pas où et comment on a fait connaissance. ‘‘Que faites-vous alors dans la vie ?’’, me demande le docteur. ‘‘Je survis, en bon Kinois’’. Elle éclate de rire.

Elle se rend chez un distributeur des produits laitiers où elle intervient dans un séminaire sur l’enrichissement de lait pour nourrissons. Ca y est, c’est là qu’on doit s’être vu. Je lui confie que je fais de temps à temps le consultant pour le compte de cette société. Son visage s’éclaire, le mien aussi.

Elle regrette que le bouchon ne lui permette d’être à son séminaire à temps et prend son mal en patience en me parlant, pendant cinq bonnes minutes de son mari, de ses enfants, de son métier. Non seulement qu’elle est belle, mais elle s’exprime aussi très bien. Mais quelque chose me chiffonne : ‘‘Mais pourquoi dites-vous que vous n’êtes que médecin ? Médecin, c’est quand même la crème de la société, non ?’’

Elle me regarde pendant un bon moment et demande : ‘‘Avez-vous appris que les médecins étaient en grève ?’’. J’acquiesce de la tête. Puis, elle me confie qu’il y a eu beaucoup trop des morts pendant cette grève et qu’ils ne savent plus s’ils doivent encore débrailler. Elle fustige l’attitude du gouvernement qui a passé sous silence cette catastrophe et m’avoue qu’ils font maintenant face à un véritable problème de conscience. Est-ce moral de leur part de continuer à réclamer leurs droits à un gouvernement visiblement insensible avec un moyen qui envoie des compatriotes à une mort massive ? 

‘‘D’autre part’’, continue-t-elle, ‘‘Avec une longue grève, nous craignons d’exposer nos syndicalistes à la pression du pouvoir qui alterne contre eux menaces et propositions d’argent’’.

Aux dernières nouvelles, Charly a appris qu’un ordre de paiement aurait été signe en faveur des médecins, mais qu’il se serait perdu à elle ne sait quel niveau.

Dans le sens inverse, de l’autoradio d’une jeep grand cherokee jaillit à grand volume les sons d’une musique congolaise. Au volant, une jeune fille presque nue trépigne et mâche avec insouciance son chewing-gum. ‘‘C’est ma voisine’’, me dit Charly. ‘‘Elle est danseuse. Comme vous voyez, elle roule dans une grosse jeep. Vous croyez que je suis bien placée pour la conseiller de rentrer aux études, moi qui ne suis même pas en mesure, avec mon gros diplôme, de m’acheter une simple R4 ?’’.

C’est plus que je ne peux tenir. Heureusement pour moi, Charly fait d’abord une escale au niveau des galeries présidentielles. Avec soulagement, je la vois descendre de la voiture.

Débrayera, débrayera pas ? That’s the question.

Tony Katombe

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Hausse annoncée du salaire du parlementaire congolais de 4500 à 7500 dollars américains.

Invité d’une récente émission télévisée, Monsieur Steve Mbikay, un administrateur d’écoles privées qui est passé,  le temps d’un tour de l’élection présidentielle, de l’UREC de l’excellent Docteur Kashala à l’AMP de Joseph Kabila, a proféré des menaces à peine voilées sur l’avenir de l’AMP, la cohésion du parlement et la stabilité du gouvernement.

Et pour cause, selon les informations parvenues à Monsieur Mbikay, le pouvoir exécutif s’apprêterait à rehausser le salaire des députés et sénateurs de 4500 à 7500 dollars américains. Ce qui, à ses yeux, est non seulement inexplicable, mais aussi inadmissible de la part d’un gouvernement qui manque des moyens financiers pour soulager tant soit peu la misère des congolais. 

L’opinion s’étonne qu’une telle indignation vienne d’un membre de l’AMP pendant que l’opposition se chamaille pour le poste du porte-parole. Pour d’aucuns, la colère de Mbikay ne serait qu’une manifestation de jalousie à l’encontre de ceux qui n’ont pas eu le malheur de figurer comme lui sur la liste des oubliés de la mise en place des animateurs des institutions de la troisième république.

Toujours est-il que pour toute âme éprise de justice, un nouveau réajustement à la hausse du salaire des députés ne serait qu’une preuve de plus du mépris et de l’égoïsme des politiciens congolais, tant du pouvoir que de l’opposition institutionnelle. Déjà, on se souvient de l’émoi qu’avait jeté dans l’opinion la première majoration des salaires des parlementaires de 1500 à 4500 dollars dans un pays où l’on vit avec moins d’un dollar par jour.

En son temps, avec une désinvolture révoltante, Vital Kamhere, président de l’assemblée nationale, avait expliqué que si l’on prenait les salaires des députés pour les redistribuer aux fonctionnaires et enseignants, ceux-ci n’auraient  que 1.7 francs de plus sur leur feuille de paie.

L’on comprend dès lors que dans cette république des autres, la redistribution équitable du revenu national prônée par la constitution n’est qu’un leurre.

Maurice, Ingénieur en Télécoms, flaire un coup fourré dans cette majoration annoncée du salaire des députés. Pour lui, Kabila se sent à l’étroit dans la constitution, bien que taillée sur ses mesures. Il voudrait conditionner les députés en vue d’une sérieuse modification constitutionnelle dans les mois à venir pour se doter encore de plus de pouvoir. Le sort de Bemba, selon Maurice, pourrait aussi être parfaitement scellé par des élus conséquemment intéressés.      

Quant à Mbikay, si le gouvernement passe de la promesse à la réalisation, c’en sera fini pour lui avec l’AMP.

Une menace qui risque de ne pas être mise à exécution si d’ici à là, l’aumônier lui trouve une place au bord de la mangeoire.

Tony Katombe

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20 novembre 2007

Premier congrès : l’UDPS relookée est là .

Kinshasa, Limete, samedi 17 novembre 2007. Le Docteur Etienne Tshisekedi tient une conférence de presse à sa résidence sur le lancement de la campagne pour la préparation du premier congrès de son parti. Le congrès où personne, même pas Tshisekedi, n’irait avec son titre actuel !

De retour de chez mon mécanicien à Yolo, je me dis : ‘‘Et si tu passais juste voir ?’’. Et je me rends sur la rue de Tshisekedi. Il est 14h30’ quand j’arrive devant la résidence de l’homme de Limete. Malgré la pluie, une foule de combattants arbore déjà des calicots qui affirment tous le soutien des structures de base à Tshisekedi et au premier congrès de l’UDPS.

Pendant que j’avance lentement en cherchant un espace libre où parquer, je sens sur moi des regards des gens qui doivent bien se dire ne jamais avoir vu cette tête-là par ici. Je finis par parquer. Je sors de la voiture et me pointe devant l’entrée de la résidence de Tshisekedi. Sur moi, pèsent des regards de plus en plus persistants. Moi-même je commence à me sentir mal à l’aise. J’observe comment l’on fait pour entrer. On présente une invitation, ou on cite un nom. La porte s’ouvre, parfois elle reste fermée.

‘‘Tu t’es imaginé qu’il te suffisait de te présenter comme ça pour entrer chez Tshisekedi ?’’, me dis-je.

Enfin, je trouve la formule. Mon ami Raoul Nsolwa voulait qu’on se voie. Pourquoi on ne se verrait pas maintenant ? Coup de téléphone. ‘‘Tu es à la porte ?’’ demande dubitatif le président des Compagnons de Tshisekedi.

Il me prie de patienter 5 minutes. Il se pointe dans moins que ça. On ne s’était jamais vu jusqu’ici. Mais ça ne nous a pas empêché de sympathiser au téléphone, jusqu’à nous tutoyer. Heureusement pour moi, Raoul, il est comme sur la photo. Je le reconnais et m’avance vers lui.

Je me présente. Il me demande ma carte de presse pour qu’il la présente aux portiers et que ces derniers me laissent entrer. Je rigole. ‘‘J’en ai pas’’. Raoul est embêté : ‘‘Mais comment je vais m’y prendre pour te faire entrer moi’’. Ça m’amuse de le voir si embêté surtout que je sais qu’il ne peut pas me laisser là.

‘‘Enfin Raoul, tu veux une carte de CongoNet Radio, CongoOne et Culturek, des médias qui n’ont aucune chance de se faire reconnaître ici ?’’. J’ai atteint la corde sensible. Un exclu ne va pas en exclure un autre, quand même. Et surtout que cet autre récite comme ça les noms des organes auxquels le parti de Limete doit tant.

‘‘Vous le laissez entrer, il écrit sur Internet’’, ordonne Raoul aux portiers. Courbettes. ‘‘C’est vous le comité’’. La porte s’ouvre. Contrôle de sécurité. Raoul m’explique qu’il ne peut pas m’installer avec les journalistes comme je n’ai pas de carte de presse. Il m’indique la petite paillote vers laquelle je me dirige et me trouve une chaise encore vide.

Pas si mal chez Tshisekedi. Murs rafraîchis, jardin bien tenu. Puissantes baffles diffusant la musique de Franck Mulaja sur Parole Eternelle. On se croirait à l’église de la Borne. Du coup, je me sens à l’aise et ne regrette pas d’être là.

‘‘Mesdames, Messieurs, le Président de l’UDPS !, nous annonce-t-on à 15h10’’’. Je m’attendais à voir un homme gros, joufflu, vieilli, fatigué, marchant péniblement, comme se plaisent à le décrire la presse du pouvoir, et sur Internet, certains transfuges de l’UDPS, passés avec armes et bagages de l’autre côté. 

On se met debout, on acclame un homme frais, teint clair, vêtu d’un costume d’une coupe de classe à ses mesures d’où ne sort pas la moindre protubérance ventrale.  Il s’avance d’un pas assuré, suivi de Marthe son épouse, l’index et le majeur en l’air, l’éternel V de la victoire.

‘‘Nyunyi’’!, crient deux de mes voisins.

Il se met devant la presse. Beltchika, Mayay et les autres membres du comité préparatoire à ses côtés. Raoul Nsolwa, le chef des compagnons, juste derrière. Mukendi, le fidèle conseiller, un peu plus loin, en apparence seulement. Mayay, le modérateur du jour, donne la parole à Tshisekedi pour s’adresser au peuple congolais. Denise Lupetu, la dame intrépide du parti, s’interpose : ‘‘Prions d’abord’’ Elle invoque l’Eternel, au nom de Jésus. Nous disons Amen. J’aime beaucoup.

Tshisekedi parle d’une voix posée que vient déranger de temps en temps une petite toux. Il définit le but du premier congrès : procéder à la relecture de la trajectoire du parti depuis sa fondation, mettre à jours ses statuts et autres textes légaux pour sa refondation, et enfin, conquérir le pouvoir.

Il présente ensuite les deux cartes de soutien pour le premier congrès, en achète une de chaque, son épouse aussi, et laisse la presse aux bons soins de ses collaborateurs pour les questions éventuelles, non sans avoir invité la jeunesse à s’approprier le congrès.

On se met debout, on acclame Tshisekedi qui quitte le jardin.

‘‘Nyunyi’’!, crient mes deux voisins.

Séance de questions et réponses. Mukendi n’est finalement pas si loin que ça. C’est lui qui modère la partie. Il rassure qu’il n’y a pas de questions tabou. Une table est placée non loin de moi. Concomitamment aux questions-réponses, l’achat des cartes de soutien commence.

Nancy Odia veut connaître la date de la tenue du congrès. Les propositions, selon Beltchika, sont sur la table du président qui va se prononcer sur cette date.

Un compte est ouvert à la BIAC et des reçus seront délivrés, répond Beltchika à la préoccupation de savoir comment l’UDPS compte s’y prendre pour éviter le détournement des fonds que les combattants et bienfaiteurs vont cotiser pour la réussite du congrès.

Très bonne question d’un gars du Potentiel : ‘‘Est-ce que les anciens peuvent revenir et assister au congrès ?’’. Excellente réponse : ‘‘Le congrès décidera’’. Il décidera aussi de la participation ou non de l’UDPS aux élections locales et municipales.

Et la question que tout le monde attend. Elle ne peut venir que du téméraire et un tantinet polémiste Soft Michel Mukebayi. ‘‘Et Mubake, le président du comité national suspendu, il y a-t-il une explication à son absence prolongée aux activités du parti ? En est-il toujours membre’’.

Et la réponse. Hautement politique. Belcthika sort le grand jeu, dans toutes les règles de l’art : ‘‘Jusqu’ici nous avons des préjugés favorables sur le camarade Mubake et croyons qu’il doit avoir des raisons qui le mettent en empêchement momentané (…) un de ces jours, nous le verrons venir et nous apprendrons qu’il était peut-être bloqué dans un embouteillage…’’

Rires, applaudissements.

16h00’, 30 minutes seulement après la cotisation de Tshisekedi, on annonce, juste dans la parcelle, avoir atteint la somme de 13.000 dollars. A part ça, dans Kinshasa, les gens souscrivent même au téléphone. On se bouscule au Canada, en Belgique, en France, en Afrique du Sud, …

Applaudissements.

Je me lève, salue Raoul, Mukendi et quelques parlementeurs débout et pars de chez Tshisekedi avec la conviction qu’un vent nouveau souffle à l’UDPS.

Tout est maintenant mesure, tempérance, pondération, modération, sérénité. Pas un mot ni un geste de trop. L’Udps relooké est bien là.

Les questions des journalistes sur les anciens, sur Mubake, sur les élections locales et les réponses conciliantes qui y ont été réservées  me fondent dans la conviction que ce parti veut maintenant s’occuper de l’essentiel : se critiquer, se réorganiser, toiletter son cadre légal et se mettre en ordre de bataille pour remporter les élections prochaines.

Quand une machine qu’on disait en panne arrive à lever 13.000 dollars en 30 minutes dans une parcelle, il ne reste plus aucun doute sur sa capacité à retrouver dans les prochains jours sa place au Congo et à conduire le pays vers l’état de droit tant espéré.

Tony Katombe

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09 novembre 2007

Samedi, le PALU provoquera l’UDPS

Salongo Bimsum, Lemba, Kinshasa. Jeudi 8 novembre 2007, 8h. Sur le boulevard Salongo, au coin de la petite allée en terre qui débouche sur l’avenue Beya Pumbu, à juste quelques jets de pierre du ravin qui a récemment englouti la route, les militants du Parti Lumumbiste Unifié (PALU) tiennent leur culte (pardon réunion) matinal habituel à la gloire d’Antoine Gizenga, le leader de leur parti.   

Aujourd’hui, comme chaque matin, ils affluent de l’enclavée et semi rurale commune de Kisenso et du lointain quartier de Mbanza Lemba.

La réunion commence par des chants, rythmés par des battements de tam-tam, à l’honneur de Gizenga. A bonne distance, les habitants du quartier et les passants regardent la scène avec une attitude empreinte d’amusement, de pitié et de raillerie.

Pour motiver ses camarades, le modérateur scande de temps en temps le slogan des églises post-missionnaires congolaises ‘‘Nani mokonzi ?’’ (Qui est souverain ?). Là-bas, on répond ‘‘Yesu!’’ (Jésus !);  ici, c’est ‘‘Peuple’’.

‘‘Comme si votre chef faisait quelque chose pour ce fameux peuple qui serait souverain’’, fulmine en passant, assez bas pour ne pas être entendue des adaptes de Tony de Prague, une dame avec un bidon d’eau de 25 litres sur la tête.

Un homme d’un âge indéfinissable, maigrelet, en babouches, pantalon et chemise aux couleurs inclassables, harangue une assistance d’une centaine de membres à large majorité du troisième âge. L’adresse s’articule autour du passé ‘‘héroïque et glorieux’’ de Gizenga et de la chance historique qu’a le Congo de l’avoir en ce moment comme premier ministre. Un chapelet de ‘‘réalisations, en un temps record’’, du gouvernement Gizenga est égrené sous des applaudissements nourris.

L’orateur tempère quand même ses encensements en reconnaissant toutefois que ‘‘la situation reste assez difficile pour le peuple et le chef en est bien conscient’’, avant de préciser que ‘‘il connaît aussi les gens avec qui il travaille et tout ce qu’ils lui font pour lui compliquer la tâche, mais dans sa sagesse, il veut aller avec eux lentement jusqu’à les neutraliser’’.

Slogans, applaudissements, cris de joie, battements de tam-tam. L’orateur insiste sur le soutien que tous les militants doivent apporter et manifester au chef. Aussi, il engage chaque membre à se présenter de bonne heure à la réunion du samedi 10 novembre 2007 matin. Et de tracer le programme, un programme bien inquiétant : ‘‘Ensuite, nous descendrons tous à Super Lemba. Comme vous le savez, le secrétaire général sera samedi à Super Lemba. Et de Super Lemba, nous irons tous avec lui à Elf Echangeur ’’.

Slogans, applaudissements, cris de joie, battements de tam-tam, dans une ambiance surexcitée au paroxysme.

A Elf Echangeur ‘‘siège’’ le parlement débout de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UPDS) d’Etienne Tshisekedi. Là-bas, jusqu’à ce que l’actualité interne au parti en vienne à être dominée par les péripéties mouvementées des préparatifs du premier congrès, on ne disait pas beaucoup de bien d’Antoine Gizenga. On se gaussait de ‘‘son livre d’or, son sommeil permanent, son immobilisme, son adoration pour Kabila…’’.

Or, au PALU, Tony de Prague est dieu. De tels blasphèmes ne sauraient être tolérés. Depuis des mois, chaque matin, à Elf Echangeur, les Gizengistes squattent le QG du parlement débout, scandent chants et slogans en l’honneur de leur gourou et insultent Tshisekedi. Les Tshitshi boys, flairant un piège provocateur, ont fait jusqu’ici preuve d’un sang-froid qu’on ne leur aurait jamais prêté. Habitués à évoluer dans un environnement d’hostilité, ils ont appris à repérer des jeeps de la police non loin de leur base à chaque visite des gens du PALU.

En programmant une descente de leur secrétaire général pour Elf Echangeur à la tête des cellules, le PALU aurait-il décidé de passer à la vitesse supérieure en réduisant au silence un adversaire politique ? N’y aurait-il pas assez de carrefours comme ça à Kinshasa où les adeptes de Gizenga peuvent rendre un culte à leur dieu sans qu’il soit besoin d’aller provoquer et intimider des adversaires ?

Pour les observateurs, le PALU, serait en train de s’ennuyer sérieusement. En effet, l’opinion ne comprend pas cet acharnement d’un parti dont le chef est premier ministre contre un parti d’opposition. Un parti qui a prétendu combattre la dictature pendant plus de quarante ans voudrait maintenant enrôler tout le monde dans son orchestre pour chanter et danser à la gloire de son dieu !!!

Au PALU, on les sait crédules à souhait, mais tout de même, ils feraient mieux de se demander comment ils arriveraient à réduire au silence ceux que ni Mobutu, ni Kabila père et fils n’ont pu impressionner.

Tony Katombe   

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