31 août 2005
Diaspora congolaise: l'engagement sacré
Le Phare (Kinshasa)
30 Août 2005
Publié sur le web le 30 Août 2005
Anthony M.k. Katombe
Kinshasa
Frimeurs, vaniteux, arrogants, orgueilleux, antipatriotes... Les Congolais restés au pays n'étaient pas très tendres vis-à-vis de leurs compatriotes résidant en Occident. Ces derniers ne faisaient pas non plus grand-chose pour améliorer leur image. Comment auraient-ils pu quand aucun de leurs pourfendeurs de compatriotes n'avait eu le courage de leur dire leurs travers en face, de peur de voir le robinet de véhicules d'occasion, d'habits usagés et devises fortes se fermer?
Beaucoup au pays ne comprenaient pas que pendant que la patrie prenait feu, leurs compatriotes d'Amérique du Nord et d'Europe, hormis quelques activistes de ou proches de l'Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), continuaient à se comporter comme si de rien n'était. On entendait chanter leurs noms par des musiciens congolais dans des chansons d'une qualité de plus en plus discutable, on les voyait se pavaner à la télé dans des habits coûteux et des voitures de luxe. Quand il leur arrivait de se signaler au pays, c'était seulement dans des occasions de mariage, collation des grades académiques, deuil, maladie, occasions au cours desquelles ils envoyaient à ces mendiants restés au pays, un peu de leur argent péniblement gagné au pays des blancs.
Lorsque Mzee Kabila prend Kinshasa en mai 1997, il amène dans ses valises des messieurs de la diaspora au Curriculum vitae long comme, dirait San Antonio, un jour sans pain, toujours sur leur trente et un, une demi-douzaine des langues étrangères dans la bouche.
Personne ne trouva rien à redire qu'il fut confié à des gens sur qui pesait un soupçon d'expertise et de probité les charges publiques dans l'exécutif et les entreprises du portefeuille. Les Congolais de l'intérieur, à part quelques faire-valoir qu'on prit pour affaiblir l'opposition, étaient dits tellement endoctrinés par Mobutu qu'ils devraient se soumettre d'abord au lavage de cerveau idéologique de nouveaux arrivants.
Kinshasa ne dut ni observer ni attendre longtemps pour se rendre à l'évidence qu'avec ses fils revenus d'ailleurs, le pays était loin de sortir de l'auberge. Leurs excellences ministres et administrateurs délégués généraux étaient plus dans les «nganda» en galante compagnie qu'à leurs postes de service. Et lorsqu'il leur arrivait d'être à leurs postes de service, ceux-ci étaient plus des lieux des rencontres peu vertueuses que cabinets de travail. Les collaborateurs se retrouvèrent fort embêtés devant des patrons totalement incompétents face aux dossiers, allergiques à toute contradiction, préférant cacher leur incompétence dans la colère et l'intimidation.
Le bouquet fut servi en direct par un ministre, à la découverte d'armes au consulat du Royaume de Belgique à Lubumbashi. L'opinion crut rêver en entendant Son Excellence jurer à la télé: «Sapristi! Parbleu! La Belgique
Les compatriotes de Lumumba de l'extérieur n'étaient pas plus mauvais que ceux restés au pays. Ils étaient seulement dans une position qui leur permettait plus qu'à ceux du pays à s'illustrer dans les extravagances. Ils étaient bel et bien à l'image du Congolais tout court; entreprenant de l'accessoire; inerte et apathique quant au vital. Quoi de plus compréhensible qu'ils n'aient pas bonne presse auprès d'autres africains qui ne comprenaient pas que ces gens mènent si grand train à l'extérieur dans une insouciance totale alors que leur pays se meurt de sa belle mort. Marie-Roger Biloa, journaliste à Africa International, à la suite de la signature de l'Accord Global et Inclusif dans lequel elle lisait la consécration du partage des entreprises publiques, confessa même lors d'une émission, "Afrique Presse" de TV 5: 'je n'ai jamais vu aussi antipatriotes que ces gens-là».
Biloa aurait-elle, par chance, été entendue positivement? On serait tenté de le croire car à la place des habituelles «protestations énergiques» et des «démentis cinglants apportés de la manière la plus formelle», depuis janvier 2005, la diaspora congolaise est complètement entrée en ébullition. Elle a envahi l'Internet et suit de près l'évolution de la situation politique au pays. Bien qu'ayant été exclus du processus électoral pour des raisons connues des seuls animateurs du 1+4, les membres de la diaspora congolaise n'entendent pas moins influer sur celui-ci, en maintenant la pression haute sur le leadership congolais et ses mentors occidentaux.
En effet, l'année 2005 sonne la prise de conscience des congolais de l'étranger qui semblent avoir pris un engagement sacré vis-à-vis du destin de leur pays. Le 4 janvier 2005 déjà, à l'occasion de la commémoration de la journée des martyrs de l'indépendance, les Congolais de Belgique, plus de 250 personnes, organisent une marche de la Porte de Namur, Matonge-Ixelles, jusqu'à la place Schuman où ils sont dispersés sans violence par la police belge.
Une semaine plus tard, soit le 12 janvier 2005, en protestation contre les tueries du 10 janvier à Kinshasa, consécutives au soulèvement populaire provoqué à l'annonce par l'abbé Malu Malu, Président de la Commission Electorale Indépendante (C.E.I.) de la possibilité de la prolongation de la transition au-delà du 30.juin 2005, les Congolais occupent l'ambassade de leur pays à Bruxelles, sous la direction de terribles «Bana Congo». A cette occasion, ils rendent publique une déclaration dans laquelle ils dénoncent «le noyautage du gouvernement à tous les niveaux par le Rwanda, son incompétence notoire et son incapacité à mettre rapidement sur pied une armée nationale et républicaine..., son improvisation dans la gestion de la chose publique, le pillage systématique des ressources naturelles par ses alliés», non sans terminer par une liste des propositions, pardon, exigences fort pertinentes.
Comme si tout était réglé d'avance sur du papier à musique, les Congolais de Belgique se signalent encore le mois d'après à travers deux journées consacrées à la question électorale, soit du samedi 26 au dimanche 27 février 2005, dans l'auditoire Montesquieu de l'UCL et à l'Eglise Saint Roche de Bruxelles, avec parmi les orateurs, le Père Rigobert Minani. Les débats se déroulent en Lingala et Kikongo dans une ambiance bon enfant. .
Cependant, les participants, à travers Cheick FITA, ne manquent quand même pas d'exprimer leur mécontentement de voir les institutions de la transition exclure les Congolais de l'étranger qui envoient pourtant plus d'un milliard de dollars par an aux proches et familles au pays. Un des membres de «Bana Congo» laisse tomber la menace: «s'il n'y a pas d'élections au 30 juin, nous descendrons dans la rue !» Ces journées se sont clôturées par la mise sur pied d'un comité qui devra aller s'entretenir avec Karel de Gucht, ministre fédéral belge des Affaires étrangères, afin de lui exprimer de vive voix le point de vue des Congolais sur la situation qui prévaut dans leur pays, avant son entrevue de mars avec son homologue américaine. Les Congolais de Belgique souhaitent ardemment de voir tous leurs compatriotes de l'étranger s'éveiller aussi patriotiquement et intensifier la lutte pour l'avènement d'un état de droit au Congo.
Le 15 avril 2005, au Centre de Presse International, salle Maelbeek, à Bruxelles, les «Bana Congo» reviennent à la charge avec un diagnostic sans complaisance de la situation politique au pays, un sévère réquisitoire contre le 1+4 qui devrait céder la direction du pays le 30 juin 2005 à une autre équipe devant mener le pays aux élections, avec un président de la République dont ils (Bana Congo) dressent le profil.
C'est ainsi que le 2 juin, les Congolais de l'étranger tiennent leur congrès mondial au cours duquel ils décrètent une révolution pacifique qui devrait faire tomber le 1 +4. Et pour la réussite de leur combat, ils désignent à l'unanimité Etienne Tshisekedi leader de ladite révolution. Comprenant que la meilleure façon d'affaiblir le 1 +4 est de mettre ses parrains occidentaux dans l'embarras vis-à-vis de leur opinion publique, la diaspora congolaise, dans toutes les villes d'Europe, des Etats-Unis et du Canada, investit la rue et les sièges des institutions politiques.
Les actions témoignant de l'engagement des Congolais de l'extérieur sont tellement nombreuses qu'il n'est pas possible d'en faire une liste exhaustive. Cependant certaines manifestations ne peuvent passer inaperçues de part leur pertinence et leur mobilisation, notamment la grande marche de l'Association "TOPONI CONGO" sous la conduite de Candide OKEKE et de Guy Inana, respectivement présidente et vice-président, le 11 juin 2005 à Paris, marche au cours de laquelle l'Association chère à Candide a dénoncé le drame humanitaire que vivent les populations de l'Est congolais dans l'indifférence générale des autorités congolaises et de la communauté internationale. Une semaine avant, Candide avait déjà écrit, sur un ton grave et sévère, une lettre au Président de la république dans laquelle elle l'interpellait 'sur cette situation alarmante ainsi que sur d'autres questions sensibles.
Le 17 juin, à Bruxelles, les Congolais de Belgique dopés par la réussite de "TOPONI CONGO" à Paris dans laquelle ils lisent l'exaucement de leur vou de voir toute la communauté congolaise de l'étranger se réveiller, interpellent le Président de la Commission Européenne et le Premier Ministre Belge sur la situation au Congo et leur expriment leur désaveu du Commissaire européen Louis Michel par les Congolais. Il est reproché à ce dernier d'avoir mis en place le leadership 1+4 et de voler tout le temps à son secours, alors qu'il est jugé incompétent par les Congolais.
Le 20 juin, ils prennent un «rendez-vous de remise reprise» pour le 30 juin avec l'ambassadeur du Congo en Belgique, après une marche gigantesque dispersée brutalement par la police belge. Moins d'une semaine après, soit le 25 juin, de la paisible Suisse se signalent des Congolais dans une manifestation voulue une «séance d'échauffement» pour le grand rendez-vous du 30 juin 2005, date à laquelle les villes de Paris, Bruxelles, Liège, Londres, Dublin, Genève, Montréal, Dublin,... ont été prises d'assaut par des Congolais qui ont fait entendre haut et fort leur voix pour la fin de la transition politique sous sa forme actuelle de 1 +4.
«Je suis fier d'être Congolais», «Bravos les gars», faut continuer la lutte, la victoire est de notre côté», se sont congratulés les Congolais sur Internet dans les forums de discussion, au lendemain du 30 juin. Pour la première fois, les Congolais de l'intérieur se sont émerveillés de voir leurs compatriotes de l'extérieur les accompagner au front du combat pour la démocratie. Ce front, la diaspora le veut ouvert jusqu'à l'avènement d'un gouvernement réellement responsable au Congo, gouvernement à même d'engager le pays sur le chemin de la démocratie et du développement.
est un petit état terroriste». Même au plus fort de la crise du contentieux belgo-zaïrois, on n'avait pas entendu un commissaire d'Etat s'exprimer de la sorte! «Diasa Diasa» (diminutif péjoratif congolais de diaspora), ne put se retenir de lancer le Groupe de Théâtre Salongo dans une pièce qui connut un succès sans précédent. Dans les campus universitaires, la consternation était à son comble. «On est vraiment mal barrés, nous autres! Après les «mouvanciers», nous voilà maintenant pour on ne sait encore combien de temps dans les mains des Diasa Diasa».
