28 décembre 2005
La CEI doit impérativement publier les résultats définitifs!
Quatre jours après son déroulement, le référendum des 18 et 19 décembre ne nous a toujours pas dévoilé ses résultats définitifs et la CEI continue à nous abreuver de chiffres partiels au compte goutte. Que la victoire du "OUI" sur le "NON" ait été clamée dès le départ, cela ne pouvait surprendre personne, c'était attendu. En effet, dans ce système vicié et injuste, où la précipitation, la manipulation et l'instrumentalisation du peuple ont prévalu, la communauté internationale associée aux gestionnaires du pouvoir et la CEI, se sont ligués, chacun avec ses arguments propres pour en forcer le résultat afin de réussir leur projet commun de l'asservissement de notre peuple. La communauté internationale, via notamment le CIAT (comité international pour l'accompagnement de la transition) et les délégués de l'UE (union européenne) qui se sont succédés en visite au Congo, n'a pas hésité à intimider le peuple congolais par des menaces à peine voilées de fermeture du robinet de l'aide au Congo si la population se hasardait à rejeter le processus en cours.
L’acceptation du projet de constitution par les congolais demeurait un impératif vital, pour toute collaboration future avec la communauté internationale et ne pouvait souffrir d’aucune mise en cause. Le peuple congolais n’avait droit à aucune réflexion et devrait accepter, les yeux fermés, ce qui lui était soumis. Le référendum devait être une formalité pour avaliser un projet dont le contenu lui était inconnu! La communauté internationale, par la voix du ministre belge de la coopération lors de sa 5ième visite en moins d’un an au Congo, dont il a fait un pays de villégiature, déclarait dernièrement que le « NON » au référendum serait un suicide collectif ! Le décor était ainsi planté! Les animateurs du pouvoir ont, pour leur part, exhibé l'épouvante d'un retour à la guerre et au chaos en cas de victoire du "NON" au référendum". Pour ajouter à la démagogie, ils déclaraient à l’attention du peuple dont on connaît la répulsion contre eux que la victoire du «NON» équivaudrait à une prolongation du «1+4=0», sans autre forme de procès, sans autre argument. Quant à la CEI (commission électorale indépendante), dont le rôle est de piloter de manière neutre et indépendante tout processus électoral en veillant à l'équité, elle a failli à cette tâche. Non seulement elle a, de manière délibérée, négligé d’accomplir son devoir de vulgarisation du projet de constitution à soumettre au référendum, mais elle a ostensiblement montré son inféodation au pouvoir en battant campagne pour la victoire du "OUI" au référendum.
Pourtant, cette victoire annoncée du "OUI" n'a toujours pas livré les détails de ses résultats pompeux. L’ambiguïté et l’aberration des chiffres aujourd'hui affichés laissent perplexes les observateurs avertis, qui se posent avec raison la question de la crédibilité du référendum, qui doit se fonder sur un taux significatif de participation. Car, en cette matière, le taux de participation est un paramètre essentiel pour apprécier l’adhésion de la population et l’importance accordée au processus par le peuple. Mais le silence sur cette question reste complet à ce jour et la CEI continue à annoncer les résultats de manière biaisée pour maintenir le suspens. Cette façon d’agir est sans doute une stratégie de manipulation bien pensée dont l’objectif est celui d'occulter la signification profonde des chiffres. Ils sont tout ce que l'on veut, sauf explicites et ne permettent nullement de connaître le niveau réel de l’acceptation par le peuple de ce processus vicié et injuste. En effet, si les nombres par rapport auxquels les pourcentages relatifs sont calculés ne sont pas explicitement déclarés, c’est-à-dire, les nombres relatifs d’enrôlés et de votants considérés, les pourcentages annoncés ne veulent rien dire et les résultats déclarés ne peuvent s’apparenter qu’à de la manipulation! 78% est un rapport important qui ne peut être significatif qu’en fonction du nombre de base. Expliquons-nous ! 78% sur un total de 5.000.000 de votants représentent 3.900.000 personnes. Ce pourcentage aura une signification moindre que 78% sur un total de 25.000.000 votants qui représentent 19.500.000 personnes. Comme on peut s’en rendre compte, la différence est de taille et la signification politique que l’on peut en tirer saute aux yeux immédiatement. Il est donc important et urgent que la CEI s’acquitte immédiatement et avec diligence de cette obligation légale.
Les enregistrements des électeurs avaient été effectués par un outil technologique coûteux de pointe dont la CEI et ses mentors se targuaient les performances admirables, susceptibles d’être réalisées le moment venu. Balivernes ! Aujourd’hui, rien de tout cela n’est au rendez-vous, c’est la désolation. Cet outil informatique n’a pas démontré son utilité. Il n’a pas été utilisé pour confectionner les listes légales nécessaires et obligatoires dans les bureaux. De nombreux observateurs sont témoins pour assurer que les listes étaient absentes. Sans liste électorale, il est excessivement difficile d’effectuer des opérations fiables et de contrôler les électeurs de manière procédurale. Y aurait-il des conditions plus favorables que celles-là pour favoriser et faciliter la tricherie?
La publication des pourcentages sans référence au nombre total de votants est certainement une méthode dont l’objectif est d'influencer les opinions tant nationale qu'internationale. En ce qui concerne l'opinion nationale, considérée à tort par la CEI (CIAT, UE) comme essentiellement constituée de populations crédules et naïves, il s'agit de lui faire croire que la majorité du peuple congolais a adhéré au processus vicié et injuste en cours par la porte du référendum, et par ce biais, la conditionner dans cette voie de l’acceptation et du fait accompli pour les futures échéances électorales, en comptant sur le matraquage du message qui n’a pas cessé d’écorcher nos oreilles depuis la fin du vote et qui dit : « le OUI a gagné avec plus de 78% ». Quant à l'opinion extérieure, on le sait, elle est prête à prendre pour argent comptant toute information bien enrobée par les médias. On lui présente, avec ces chiffres biaisés, la victoire du « OUI » comme la réussite écrasante d’un processus pourtant mal préparé et aux nombreuses tares, afin de faire l’éloge de ses animateurs qui mériteraient, le moment venu, d’engranger la récompense d’une œuvre achevée et de marginaliser ainsi ceux qui ont opté pour une position contraire.
Le retard de la proclamation des résultats définitifs serait apparemment dû au retard dans le dépouillement qui devait se dérouler dans les nombreuses écoles qui ont servi de bureaux pour le référendum. Ces écoles ayant été fermées à l’occasion de cet événement, le dépouillement continue-t-il encore malgré le retour des écoliers en classe, ou bien les écoles restent-elles fermées? Sinon, dans quelles circonstances et où le dépouillement s’effectuerait-il aujourd’hui? Quoi qu’il en soit, l’absence de listes électorales dans les bureaux ainsi que la non publication des résultats définitifs du référendum, plus de quatre jours après la clôture des opérations reste intrigante et perturbante ! L’abbé Malu Malu est ici interpellé et doit répondre à nos questions lancinantes !
Raphaël KASHALA
27 décembre 2005
TSHISEKEDI, NIASSE, YAMEOGO: LA NOUVELLE RESISTANCE AFRICAINE ?
(Sanfinna du 26 Déc 2005 au 08 Janv 2006)
Face au phénomène de domination, les collectivités ont toujours développé, de façon organisée ou non, des résistances. Cela s'est observé au temps de l'esclavage comme au temps de la colonisation. En Afrique, les phénomènes de domination ont continué à travers des mutations. Nous en sommes aujourd'hui à la période de néo-colonisation qui se manifeste par l'emprise de la néo-domination sur les pays africains. Si beaucoup de leaders africains, face à cette vague de domination, ont choisi de courber l'échine, certains de composer, il en est qui continuent à perpétuer la vocation à la résistance des peuples libres. C'est un peu ce qu'on peut observer à travers les positions adoptées par des leaders de l'opposition comme Etienne Tshisékédi, Mustapha Niasse et Hermann Yaméogo.
Etienne Tshisékédi
Président de l'Union pour la démocratie et le progrès social
Le premier n'a pas choisi la voie de la facilité. Pour sortir de l'imbroglio congolais, acteurs politiques et partenaires techniques et financiers ont choisi d'aller au plus pressé même en sacrifiant au passage, quelques principes. Il faut, et c'est la doctrine officielle, sortir de la Transition, et pour se faire, il faut doter le pays d'une loi fondamentale qui prépare des élections. Que les Congolais n'aient pas eu le temps de connaître ce pourquoi ils doivent se prononcer, que le recensement n'ait pas été bien fait, que le pays n'ait pas encore été totalement pacifié, qu'importe : il faut une Constitution, un point, un trait.
C'est contre ce diktat que le leader historique Etienne Tshisékédi s'insurge. Pour lui, la Constitution a tout prix risque de fonder de nouvelles institutions sur des vices irréfragables. Le patron de l'UDPS, estime que le cadre du processus électoral et politique est " exclusif, vicié, injuste et manifestement contre-productif ", soulignant que voter un tel texte " ne pourrait que contribuer à la légitimation d'un processus non crédible qui méprise, à son avis, toutes les revendications légitimes des Congolais ". Même si tous les partis politiques, toute la communauté internationale, en dépit des limites de cette loi fondamentale, de l'ignorance totale des Congolais par rapport à son contenu, de l'impréparation manifeste du scrutin, préconisent de voter en sa faveur uniquement pour sortir de la Transition, lui recommande de ne pas cautionner la forfaiture, l'illégalité. On dira ce qu'on voudra, on l'accusera de calculs, de courir le risque de se marginaliser, l'homme n'en a pas moins posé un acte significatif qui le distingue de cette horde de politiciens qui ont sacrifié les principes à leur ambition.
Mustapha Niasse
Président de l'Alliance des Forces de Progrès
Au Sénégal, on n'entend pas beaucoup la communauté africaine ni internationale d'une façon générale, condamner la prorogation du mandat des parlementaires décidée par le PDS, parti au pouvoir ; on n'entend pas les opposants, même s'ils critiquent farouchement l'action du gouvernement et notamment la dernière décision du pouvoir, ils n'en tirent pas toutes les conclusions comme Mustapha Niasse qui lui, va jusqu'au bout des principes :
il tient pour une violation inadmissible de la Constitution le fait pour l'Exécutif de se substituer à la volonté souveraine du peuple sénégalais, pour donner un " rab " d'un an aux parlementaires afin de faire coïncider le mandat parlementaire au mandat présidentiel. Il décide donc, pour ce qui le concerne, de ne pas accepter cette prorogation et de quitter l'Assemblée au terme de son mandat. Que l'on estime que ce geste soit peu désintéressé parce qu'il se suffit financièrement, parce qu'il aspire à être candidat ou parce qu'il n'a plus rien à perdre, sa décision n'en reste pas moins une décision forte, en harmonie avec les principes invoquant pour le Sénégal, le bénéfice d'un jeu démocratique sain.
Hermann Yaméogo
Président de l'UNDD Chez nous, dans un concert d'applaudissements international vis-à-vis des conditions d'une élection malsaine, révoltante pour la démocratie et dans la résignation de fait des partis d'opposition et des contre-pouvoirs à se battre contre cette forfaiture, Hermann Yaméogo a dénoncé l'hypocrisie, le viol de la Constitution, en refusant de s'aligner à la course à la présidentielle. Même s'il a été le seul à adopter cette position, même si sa décision a comporté des épreuves pour son parti et pour lui-même, elle n'en reste pas moins le témoignage d'un refus courageux de co-signer un quitus pour un régime anti-constitutionnel. Là aussi, c'est un acte fort.
L'Afrique n'en finit pas de donner le spectacle d'un continent incapable d'assumer son développement politique et économique. La désespérance qui colle au continent, et qui amène jusqu'aux plus généreux à vouloir l'évacuer de leur élan humanitaire, pèse comme une chape de plomb sur elle. Mais ces hommes symbolisent, en dépit de l'insignifiance relative de leurs gestes, un symbole, le symbole vivant qu'il est impossible d'éradiquer totalement la vocation des Africains à la liberté, et que l'espérance, en dépit de tout, est permise. Ne dit-on pas que petit vent peut abattre grande pluie ?
L’INSIGNIFIANCE DU « OUI » : le Oui minoritaire dans le pays
Par Le Potentiel
Ils voulaient leur référendum ? Eh bien ils l’ont eu ! Mais, en dépit de l’enthousiasme et de la joie hilare manifestés avec emphase par quelques personnes qui n’ont rien compris, la réalité est plus sombre. Car, ainsi que l’ont remarqué ceux qui ont bien observé M. l’Abbé Malu-Malu publiant sa deuxième tendance le mercredi 21 décembre 2004, lui qui est au fait des vrais chiffres, ils l’ont vu triste, moins joyeux que d’habitude lorsque, président de la CEI, il fait de la communication (significative et perçante remarque d’un Kinois interrogé au cours du « Dialogue entre Congolais », Radio Okapi, jeudi 22 soir).
Il y a, en effet, de quoi ne pas pavoiser ; au contraire. Car, ne nous en tenant qu’aux chiffres officiels du 22 et du 24 décembre et non à des sources « indépendantes » que l’on pourrait suspecter, que nous disent-ils ? En gros, ceci : -environ 25 millions d’inscrits, chiffre important dont on a été si fier ; -environ 57% de votants ; -donc, environ 43% d’abstentions ; -environ 83% en faveur du « Oui », calculés sur la base de la participation de 57% ; -environ 17% en faveur du « Non », sur la base des 57%. Ces chiffres ne devant pas trop changer dans leurs proportions globales d’ici la fin du dépouillement, nous réfléchirons sur ces bases officielles.
1. L’ECHEC DU REFERENDUM ET DU « OUI » 1.1) 43% d’abstention = l’échec du référendum.
Le titre que j’ai donné à cet article montre mon intention de dire que la vérité « réelle » et politique est en dehors de ces apparences ; car ces chiffres ne sont pas muets, ils parlent et ils ne nous disent pas ce que disent les profiteur du régime depuis mardi 20 décembre.
En effet, les partisans de ce référendum et de cette constitution à la noix avaient tout à fait raison en insistant sur la soif qu’avaient les Congolais de voter, eux qui étaient sevrés d’élections depuis 40 ans, dont plus de la moitié n’avaient jamais voté de leur vie, qui désiraient ardemment « d’aller vite aux élections pour choisir librement, par eux-mêmes, les dirigeants qu’ils ‘aiment’ ». Mais, seulement, une telle attente et une telle volonté auraient dû se manifester par une participation plus que massive à la première de cette série de consultations que des politiciens gourmands mais aussi avec raison les Congolais appelaient de tous leurs vœux, de l’ordre de 80 à 90 pour cent du corps électoral non pas évalué mais chiffré avec certitude par les machines de la CEI à 25 millions ; c’est, en effet, ce qu’ont montré les élections tenues dans les pays qui se libéraient, comme l’Afrique du Sud, ceux qui sortaient avec enthousiasme des CNS, comme le Bénin, la Mali, le Gabon, le Congo-Brazzaville, etc. Au lieu de cela, les Congolais qui sortaient ainsi d’une nuit de 40 ans et, donc, désirant ardemment voter, ne se sont pourtant dérangés pour les urnes qu’à 57% sur les 100% que représente le corps électoral recensé. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les Congolais, attendus en masse, ne se sont pas précipités et se sont détournés du référendum ; à l’évidence, ce n’est pas un succès.
1.2) Pourquoi une telle désaffection des Congolais ?
-Ce n’est pas par manque de mobilisation. En effet, toute la « communauté internationale » du Congo (Ciat, ambassades occidentales, ONU, Union européenne) mais aussi celle d’Outre-mer, notamment tout ce que la Belgique compte de ministres concernés par le dossier congolais, ont fait campagne pour inciter les Congolais à aller voter, insistant jusqu’à exagérer, sur plus de quarante ans de dictature alors que le référendum allait selon eux permettre de s’engager dans la démocratie ; on a rabattu les oreilles des Congolais depuis un an que sans le référendum on ne sortira pas du système 1+4, surtout qu’on a attribué à ce dernier tous les malheurs du peuple, y compris les travers, défauts et crimes des dirigeants ; les « politiciens » de tous les niveaux de l’échiquier politique, notamment ceux qui attendent que le peuple leur donne ces emplois juteux que sont les postes politiques, ont tous fait campagne pour un vote massif ; etc.
-Ce n’est pas à cause de l’insécurité. En effet, et c’est la seule chose positive de ce scrutin, ces deux jours de vote mais aussi toute la période d’enrôlement ont joui d’un climat bienfaisant de calme et de paix, sans insécurité policière ou armée, sans même insécurité politique. Sans doute, cela est-il dû à l’aspiration des Congolais à la paix et grâce à leur véritable nature pacifique ; mais aussi parce qu’il s’est agi d’un scrutin « neutre », sans enjeux véritablement passionnels liés aux intérêts de personnes, en attendant que cela se confirme lors des élections, à enjeux personnels et partisans, auxquels les politiciens et surtout les prétendants et ayant-droit aux fonctions présidentielles tiennent comme à leur vie, tandis que leurs divers clients sont prêts à mourir, et à tuer, pour leurs poulains et pour les miettes qu’ils en attendent.
-Ce n’est pas parce que le Congo est trop vaste et qu’on n’a pas pu atteindre tout le monde ; en effet, alors que, statistiquement, la population en âge de voter avait été évaluée à environ 28 millions, on avait bien réussi à en atteindre 25 pour l’opération d’enrôlement, chiffre officiel qu’on ne peut plus récuser aujourd’hui que les choses ne semblent pas si roses. -Ce n’est pas le fait des « Kasaïens », en ce moment où, pour mieux noyer son chien, on réduit volontiers le « fief » d’Etienne Tshisekedi aux deux provinces du Kasaï occidental et du Kasaï oriental considérées comme repaire de récalcitrants et d’opposants irréductibles au régime et au kabilisme ? En effet, même à supposer que tous les Kasaïens se soient tous abstenus (nous savons que ce n’est pas vrai), personne n’a jamais prétendu, alors qu’on n’a jamais raté l’occasion de les minimiser y compris dans leur importance démographique, que ces mauvais élèves représentent 43% des près des 60 millions des Congolais.
-Résultat : il y a autre chose, d’autres explications bien plus rationnelles qu’on voudrait le reconnaître, parce que même au Katanga, proclamé le fief du régime, il y a eu plus de 33% d’abstention, de l’ordre de 23-24% dans chacune des trois provinces du grand Kivu et en Province orientale, 52% à Kinshasa, près de 36% au Bas-Congo, 40% au Bandundu, 39% dans l’Equateur. Il y a, d’abord, que, malgré l’engouement du recensement électoral, malgré le vote massif des 5 régions victimes de la guerre et c’est la première leçon du scrutin, 43% des Congolais ont refusé d’être victimes du battage médiatique, du mensonge politique et du chantage guerrier de ceux qui agitaient la menace de retour à la guerre. Disons-le, parce que les officiels ne le diront jamais : avec seulement 57% de participation, ce n’est pas l’engouement pour le référendum ; c’est l’échec du référendum !
A ces abstentionnistes, ajoutons le pourcentage récolté par le Non, de 17% dans l’ensemble ; nous verrons plus loin la valeur, l’importance et la signification de ces deux attitudes, abstention et Non.
1.3) Mais, qu’est-ce qui explique la victoire du Oui et la défaite du Non ?
-D’abord, la force du pouvoir en place, comme partout c’est un élément qu’il faut considérer ; ainsi, tout en citant les exemples éloquents de la victoire du Non au référendum du général de Gaule en 1969 et à celui concocté par le président kenyan en novembre 2005, il est rare que le référendum se termine par la victoire du Non surtout lorsque le texte est l’œuvre du pouvoir et bénéficie de son soutien, aussi certains spécialistes, se méfiant du référendum, l’ont-ils caricaturé comme « ce mot latin qui signifie Oui ».
-Avec la force du pouvoir en place, n’oublions pas tout le poids qu’a mis dans la balance, et sur le plateau du Oui, la communauté internationale, voulant imposer le Oui aux Congolais, les méprisant, les intimidant et les menaçant avec les arguments du genre « la communauté internationale va vous abandonner », « on ne mettra plus un sous dans votre pays », « c’est nous qui finançons tout » (pour nous ce sont plutôt leurs protégés qui seraient abandonnés », « le Non serait un suicide », « le Non est irresponsable », etc.
-Ensuite, la répression policière des partisans du Non, ainsi qu’on l’a vu dans la capitale même, où pourtant les esprits sont plus éveillés qu’en province, à plus forte raison le camp du Non en province devait-il avoir peur. Par ailleurs, et cela explique le vote massif et le Oui massif des régions ravagées par la guerre, le pouvoir et les partisans du Oui ont trompé les masses en affirmant que Oui=paix et que Non= guerre, on a même entendu dire par les tenants du Oui, et répéter par des votants à l’annonce des résultats partiels, qu’avec le Oui tous les problèmes de misère, de santé, de faim et de transport allaient être résolus. -Il y a eu également l’imposture officielle, se traduisant sur deux plans. D’abord le fait que le projet avait été dissimulé aux électeurs qui n’en ont pas eu connaissance ni en le détenant ni en se le faisant expliquer ; une bonne partie des Congolais ont voté sans savoir ce qu’ils allaient approuver ou rejeter, la conduite logique étant de s’abstenir de voter alors qu’on ignorait ce qui était « caché dans un sac », sinon de voter pour refuser un cadeau inconnu. Ensuite, le pouvoir a trafiqué le projet en procédant en catimini et en dehors du cadre institutionnel, de l’aveu même du maître d’œuvre le président de l’Assemblée nationale, à des modifications pirates de fond, au moins dans deux dispositions importantes des article 78 et 139 ; des Congolais qui ont vu circuler plusieurs textes dits officiels (certains parlent de 4) n’ont pas voulu se laisser prendre dans le piège et tomber victime de manœuvres politiciennes malhonnêtes, ne sachant pas quel est le texte qui sera la constitution de leur pays. -Une mauvaise campagne référendaire de la part des politiciens et des partis politiques : en réalité, il faut reconnaître que tous les politiciens n’étaient pas capables d’expliquer le texte, mais aussi, et cela je le dis depuis très longtemps, ce qui intéresse les politiciens ce sont les élections, pour y décrocher ce qu’ils considèrent tous comme un moyen de vivre, un emploi et les apparats du pouvoir, ils ne sont pas intéressés par le contenu de la constitution et s’ils ont parlé de celle-ci c’est parce que c’était l’étape nécessaire vers « leurs » élections ; aussi, se sont-ils limités à exhorter les Congolais à aller voter sans devoir leur expliquer le contenu de la constitution. -Il faut, enfin mais sans que ce soit tout, affirmer qu’une partie très appréciable des électeurs, surtout s’ils ont eu quelque connaissance du texte, ont considéré que celui-ci est foncièrement mauvais pour l’Etat et la société. C’est ce que montre l’exemple de Kinshasa où le texte a tout de même circulé et où il y a eu un certain débat et où, à cause de cela, les chiffres officiels du Oui sont plutôt maigrichons ; d’ailleurs, la majorité des Kinois, interrogés par les radios et les télévisions dans les rues, croient qu’en réalité c’est le Non qui doit avoir massivement triomphé à Kinshasa.
1.4) Quelle vérité révèlent les chiffres ? Les leçons du référendum et le message des Congolais : 53% des Congolais rejettent le projet et désavouent ses auteurs.
Première leçon. Un petit calcul simple, que n’osent pas faire les officiels ni les partisans du Oui, montre que les 83% récoltés par le Oui ne représentent à peine que 47% des personnes enrôlées, une minorité ; tandis qu’aux 43% d’abstentionnistes s’ajoutent les 17% des Non soit près de 10% des personnes enrôlées. Le principal message des Congolais, c’est que 43% des personnes enrôlées qui se sont abstenues, et près de 10% des inscrits qui ont dit Non, soit près de 53% des Congolais recensés et enrôlés, 53% du corps électoral, ont, pour les raisons indiquées ci-dessus, rejeté le projet de constitution, ses options et son contenu, et désavoué ceux qui ont présenté ce texte d’auto-législation. C’est cela la vérité des urnes, en dépit les taux de la frange orientale du pays, à la soviétique et à la Mobutu (jusqu’à 80% de participation et 99% de Oui). En effet, pour tout analyste objectif et rigoureux, ces chiffres flatteurs ne peuvent pas refléter une adhésion franche et sincère, consciente et assumée, mais l’obscurantisme et le mensonge dans lequel les guerriers et les chercheurs de pouvoir (comme chercheurs d’or) ont par leur démagogie enfermé les électeurs, comme nous l’avons vu ci-haut ; la conclusion qui s’impose étant que la grande leçon du référendum, le grand message des Congolais, ce n’est pas cette « victoire » étriquée du Oui, mais bien ce rejet du projet et ce désaveu de ses auteurs.
Deuxième leçon, la « victoire » du Oui, étriquée, est en plus une victoire localisée en effet, en dehors des cinq provinces « de l’Est », certaines autres régions, Kinshasa, le Bas-Congo (malgré ce qu’on a publié), le Kasaï occidental et le Kasaï oriental (avec près de 70% d’abstentions, auxquels s’ajoutent les près de 40% présentés officiellement comme le score du Non soit près de 13 % du corps électoral recensé dans ces provinces, cela fait près de 83% des inscrits qui se sont détournés de cette constitution, tandis que les 60% officiels du Oui dans ces deux provinces ne représentent qu’environ 17% du corps électoral inscrit, cette donnée n’est négligeable que pour ceux qui ont pour philosophie habituelle de mépriser ces provinces), mais aussi les grandes villes, comme Mbandaka, Matadi, Mbanza-Ngungu, où le camp du Oui a déchanté, ont envoyé un message clair : camouflet et désaveu.
Face à cette vérité politique des chiffres, le triomphalisme officiel, du genre « nous sommes fiers parce le peuple a apprécié notre travail » (dixit le rapporteur de l’Assemblée nationale M. Lohulu), est un aveuglement ou alors une honte mal avalée.
Une troisième leçon globale est également à tirer sur le plan de ce que les Congolais, en particulier les « analystes », devront connaître bientôt et qu’on appelle la « carte électorale », la manière dont le vote se répartit entre entités territoriales ou entre forces politiques ainsi que l’influence respective de celles-ci à travers les différentes entités : sur le plan des forces politiques, seule l’UDPS dont le mot d’ordre de boycott ou d’abstention était clair, peut être considérée comme le grand vainqueur du scrutin avec au moins ces près de 43% d’abstentionnistes, quoi que pensent les Belges de cette formation politique et de son président, alors que l’appel des autres partis était soit timide soit favorable au Oui qui ne représente qu’une minorité de 47% du corps électoral enrôlé. Sur le plan territorial, la façade orientale du pays est massivement dans le camp du Oui tandis que le Non est plutôt majoritaire ou favorisé dans le centre, dans l’ouest et à Kinshasa en particulier. Cette carte électorale est à observer avec attention lors des élections a venir où elle va certainement s’affiner et se consolider ; elle peut d’ores et déjà donner à certains des idées sur les stratégies pour la conquête de la majorité à l’Assemblée nationale, la conquête des provinces et, surtout, la victoire à la présidentielle.
2. UNE VICTOIRE du Oui ? MAIS UNE CONSTITUTION A TRES VITE REVISER
2.1) Une constitution dictatogène et immorale
En plus de sa relativité que je viens de démontrer, l’éclectisme et l’insignifiance de ses raisons, la « victoire » du Oui ne signifie pas que la constitution ait été bien accueillie, mais surtout elle ne signifie pas que cette constitution soit bonne. -Même les partisans du Oui ont reconnu les défauts et les limites du texte, ainsi que la nocivité de nombre de ses options, et, même ses auteurs, qui avaient refusé quand il était encore temps de revoir leur copie, ont fini par être convaincus par mes critiques, lorsqu’ils ont cherché à en corriger en cachette, mais en vain, les nombreux défauts, sans oublier que l’un des arguments avancés pour le Oui était qu’il valait mieux adopter le texte tel quel quitte à envisager des révisions ultérieures, ainsi que l’étudiant de Kisangani entendu le jeudi soir au cours de « Dialogue entre Congolais » de Radio Okapi, disait que beaucoup de dispositions inquiétaient les étudiants de Kisangani partisans du Oui et que ils espéraient que les gens « compétents » qu’on allait élire pourront modifier la constitution « avant son adoption » (!), démontrant ainsi par ailleurs un inquiétant degré d’ignorance. -Mais, surtout, il demeure que ce texte est foncièrement mauvais dans ses dispositions qui déterminent la gouvernance de l’Etat : tous ceux qui désirent réellement la fin des dérives dictatoriales et la fin de l’impunité et de l’immoralité n’y trouvent pas leur compte. Les politiciens et auteurs de ce texte lui ont assigné ces deux objectifs, mais, ne baignant que dans ces deux défauts comme dans leur élément naturel, ils ne sont pas des adeptes de l’auto-flagellation et ne veulent pas couper la branche sur laquelle ils se sont hissés : malgré ces objectifs affichés, ils ont mis dans la constitution les mêmes mécanismes qui favorisent le pouvoir personnel depuis quarante ans, avec tout le pouvoir gouvernemental axé sur un seul individu contrôlant la nomination du premier ministre et, à travers celui-ci, du gouvernement, alors qu’il contrôle également la détermination de la politique de l’Etat, mais malgré ce pouvoir gouvernemental énorme, il n’est responsable devant personne et ne subit aucun contrôle. De même, l’impunité et, donc, l’immoralité gestionnaire des dirigeants au sommet de l’Etat sont encouragées, grâce à des règles de procédure qui, depuis quarante ans, interdisent tout recours à la justice, alors que tous les Congolais savent que, dans un pays aussi immensément riche, la misère des populations et la pauvreté de l’Etat ne s’expliquent que par la kleptomanie des dirigeants. Le cas du rapport Bakandeja le montre bien, toutes les institutions concernées, présidence, Assemblée nationale et gouvernement, se sont faites complices, confirmant ce que j’ai souvent dit, à savoir qu’ils organisent deux justices, celle des hommes d’en haut, des intouchables comme eux, et celle des hommes d’en bas, les Congolais ordinaires et les subalternes comme les responsables de certaines régies financières aujourd’hui détenus alors que de plus grands prédateurs qui se situent plus haut continuent allègrement. A cet égard, les dispositions de la nouvelle « constitution » sont les mêmes, mauvaises, qui sont dans la constitution de transition, dans cette tradition d’innombrables immunités que se ménagent les politiques. On voit bien que, même avec la fin du système 1+4 considérée comme le grand mérite du référendum, non seulement les mêmes animateurs des institutions risquent de revenir aux affaires par des élections arrangées mais aussi ils évolueront avec les mêmes règles mauvaises qui ont toujours favorisé chez les politiciens la propension au pouvoir absolu et aux malversations ; les mêmes causes entraînant les mêmes effets, rien n’aura changé et « après élections = avant élections.
2.2) Les insultes du Belge Louis Michel et la contribution belge à la constitution. -Tel Mbula Matadi en inspection coloniale, casque blanc vissé sur la tête mais étonné qu’il n’y ait pas de défilé de la Force Publique ni de négresses et de négrillons se trémoussant dans des danses folkloriques sauvages, M. Louis Michel est venu déguster sa victoire au lendemain du référendum. Par ses propos à la presse congolaise en dates des 22 et 23 décembre, il a offensé le peuple congolais et tenu dans un mépris inqualifiable ses enfants, parmi lesquels se rencontrent des intellectuels de haute volée, y compris dans ces questions constitutionnelles dont l’homme du MR s’est auto-proclamé le spécialiste. On doit s’indigner qu’il vienne insulter les Congolais en leur disant : vous ne devez sans doute pas le savoir mais je vous révèle que vous avez reçu la meilleure constitution de toutes, « une constitution qui peut être citée en exemple dans la plupart des démocraties internationales. Une constitution qui ne doit rien à aucune autre constitution. … elle organise l’Etat de droit, elle garantit des élections démocratiques… ». De quel droit peut-il nous dire la constitution qui est bonne pour nous ? -Après que, confirmant le jugement des évêques congolais, le Ciat et les ambassadeurs occidentaux, y compris le belge, mais aussi le ministre de Gucht, sans oublier le représentant de l’Union européen M. Aldo Ajello, aient à plusieurs reprises stigmatisé l’amateurisme, l’incompétence, la mauvaise foi et la prédation des dirigeants congolais, dire que ceux qui les accusent ainsi ne lui ont, à lui, apporté aucune preuve, ajoutant même que le plus important n’est pas de dénoncer les malversations, qu’est-ce sinon encourager la corruption et l’immoralité et déclarer son béguin pour les dirigeants congolais au détriment du peuple qui, lui, est meurtri par les méfaits de ces gestionnaires ? A la place du cœur, il a un porte-monnaie. -Etaler son amour pour le Congo et les Congolais et tout le bien qu’il pense pour eux, mieux qu’ils n’en pensent eux-mêmes, c’est mentir et se moquer d’eux et c’est, au mieux, un paternalisme de mauvais aloi, rétro et nostalgique. De quel droit peut-il nous insulter en affirmant en fait que nous ne savons pas ce qu’il nous faut et qu’il détermine ce qu’il nous faut pour nous et à notre place ? -Comment, avec un aplomb inouï, peut-il cracher sur les Kinois et sur tous les autres Congolais qui ont fait montre de réflexion, de bon sens et de raisonnement sain et responsable, leur reprochant leur « esprit critique », les menaçant des pires foudres, les traitant de menteurs lorsqu’ils affirment que le projet de constitution n’a pas été suffisamment diffusé ni vulgarisé, démentant par cette attaque le président de la CEI qui l’a lui-même reconnu, mais qui lui semble ne pas savoir ce qu’il en est ou qui, sans doute, comme serviteur de Dieu, n’a pas su ni voulu mentir pour lui plaire et lui obéir ? Je suis fier des Kinois ! -De quel droit peut-il, persistant et signant, disqualifier ceux de nos politiciens qui ne s’agenouillent pas devant lui, leur donnant avec intimation des leçons de comportement politique (s’aligner), les menaçant de sa fureur ; fixer la suite de la feuille de route, décider qu’une loi aussi importante que la loi électorale doit être adoptée en 48 heures, dicter que le 15 janvier au plus tard cette loi doit être terminée ? -Sincèrement, à moins de n’être capable de comprendre que les mots premiers, lexicaux, superficiels, personne de sensé ne peut oser affirmer que la constitution forcée dont on vient de doter le Congo est un chef-d’œuvre de constitution démocratique. -Enfin, dépité, comme son compatriote de Decker sur BBC, de voir que la majorité des Congolais, ayant flairé le piège, leur ont infligé le camouflet de tourner le dos à leur chef-d’œuvre, M. Michel et les siens sont désarçonnés par cette révélation de la maturité et de la conscience des Congolais lors de ce référendum, la main mise sur les consciences risquant de leur échapper.
Seuls ses amis et protégés ont rampé à ses pieds et se sont délectés dans leurs média devant les insanités qu’il débitait, contents de voir un soutien venir imposer ce texte et ces initiatives qui leur tiennent à cœur, ainsi que le complot ourdi contre l’Etat et contre les Congolais ; mais malheureusement ce n’est qu’un soutien étranger, alors que la majorité des Congolais ont rejeté le projets. Il faut que les dirigeants et les « leaders » congolais, exprimant enfin la fierté nationale et patriotique, fassent preuve de dignité en le remettant à sa place et, conscients que leur sort devra dorénavant dépendre des citoyens congolais et non d’un tuyautage de Bruxelles, ne s’humilient plus en se précipitant à sa rencontre lors de ses missions d’inspection coloniale. Il faut également que l’Union européenne et la Belgique lui mettent des brides et lui conseillent plus de retenue. A titre de comparaison, s’agissant par exemple de la Côte d’Ivoire, réputée pré-carré français, aucun officiel français ne s’est jamais permis de tels discours alors même que la France, avec un mandat international, s’est impliquée dans la crise ivoirienne au moins autant que la Belgique dans la crise congolaise, sans être mandatée par personne.
Mais, s’il se croit autorisé à louer cette constitution que rejettent 53% du corps électoral congolais, peut-être M. Louis Michel considère-t-il que parce que, la seule fois où ils ont été invités à ce genre de travail (dans le seul pays qui pouvait le faire), des Belges ont participé à l’élaboration de la constitution, une participation dont il a été fait beaucoup de bruit, cette constitution ne pouvait être que la meilleure.
Justement, un petit mot sur la contribution belge à ce texte. Je l’ai déjà dit sans avoir été par la suite démenti, elle s’est limitée à la présence figurative au sein de l’équipe des « experts » dits de l’Université de Liège (invité par le Sénat, j’y ai participé) qui étaient au nombre de 4 (quatre) dont les seuls qui sont restés en permanence pendant les 13 jours où j’ai pris part aux travaux, sont deux politologues-sociologues et pas des juristes, les autres se relayant : un seul juriste connu, professeur Bosseuyt, de l’Université d’Anvers, membre du Conseil d’arbitrage de Belgique, le seul dont l’apport aurait pu être significatif, mais sans doute trop occupé en Belgique, n’étant venu que deux jours ; un tout jeune assistant junior (première année d’assistanat, âgé de moins de 25 ans), dont je n’ai pas entendu le son de la voix, étant lui aussi passé deux jours seulement ; un troisième politologue de Liège partait, pour ne plus revenir, le jour où j’arrivais. La majorité de l’équipe, les Congolais, surtout d’excellents amis et membres de la mouvance présidentielle, a décidé de s’inspirer de la constitution française de 1958-62 (quelqu’un ayant même dit qu’il fallait « copier »), l’apport belge a consisté à tenir le secrétariat par la saisie à l’ordinateur et, à l’arrivée du professeur d’Anvers, à une relecture pour des corrections formelles de la partie qui était déjà faite. J’ai déjà eu l’occasion de dire que ce texte inspiré de la constitution française, à propos duquel tout le monde avait remarqué ma réprobation qu’on me reprochait de temps en temps, tantôt avec gentillesse tantôt comme pour dire « mais pour qui se prend-il ? », a été pratiquement rejeté par le Sénat, en l’absence des experts, y compris celui de l’Union européenne ; le seul expert invité au Sénat était de Liège (ces activités du Sénat étaient en effet financées par la Belgique à travers l’Université de Liège selon l’accord passé par cette institution et le rapporteur du Sénat, M. Mende), mais il n’a pas pu ou n’a pas voulu endosser, expliquer et défendre le document aux Sénateurs qui ont décidé l’abandonner et de revenir, pour l’essentiel, au texte du comité rédactionnel de Kisangani. C’est ce dernier qu’à son tour l’Assemblée nationale va malmener dans sa commission PAJ et à la plénière ; de telle sorte que la seule contribution des experts décelable dans le projet de l’Assemblée nationale vient non de l’expertise de Liège mais de celle de Kisangani, rendant compte de quelques innovations positives qui sont dans ce texte. Finalement, bien peu de chose, cette contribution belge, juste quelques sous pour le voyage et le séjour d’experts belges au Congo.
En fait, c’est la faute des dirigeants et politiciens congolais, suffisamment faibles pour croire dans la supériorité des Européens dont pourtant beaucoup ne sont pas supérieurs aux Congolais, certains étant même inférieurs à certains Congolais ; n’ayant pas une confiance suffisante dans l’intelligentsia nationale même quand elle se met à leur service, ils sont, par ce comportement, responsables de l’offense ainsi infligée à la Nation
2.3) Nunc, quid ?
En tous les cas, cette constitution est « adoptée » ; même a minima, elle va ainsi être consacrée, imposée par le poids de la « communauté internationale ». Mais, au-delà de la guerre des communiqués entre le président de la CEI et le président de l’Assemblée nationale, de quelle constitution s’agira-t-il ? La vraie officielle soutenue par la CEI ou la vraie fausse officielle bricolée et trafiquée par les trois personnes autour du président de l’Assemblée nationale ? En effet, alors que les modifications auraient été portées comme améliorations, elles aggravent la situation : pour ne retenir à titre d’exemple que l’ »amélioration » subie par l’article 78, la version CEI stipule que « Le président de la République nomme le Premier ministre au sein de la majorité parlementaire après consultation de celle-ci », déjà nos critiques sur la nocivité de cette formulation trompeuse avaient déjà été relayées par nombres de personnes, tandis que certains devaient se rappeler, même si les auteurs ne l’ignoraient pas, la pratique de débauchage qu’une formulation voisine d’un autre fameux article 78 (celui de l’Acte constitutionnel de la transition d’avril 1994) avait permise de la part du maréchal Mobutu (avec Mungul Diaka, Birindwa, Nguz-a Karl i Bond, même Kengo) tandis que, profitant du flou, le maréchal va nommer le général Likulia, pris comme bon représentant de « la famille politique autre que celle du chef de l’Etat ». Au moins cette version pouvait faire espérer que, la consultation se passant avec la majorité parlementaire elle-même, le président, sans être obligé, pourrait tenir compte de cette dernière. Mais la version pirate ne prévoit plus la consultation de la majorité parlementaire mais une consultation, tout court. On n’a pas besoin de trop de commentaires quant à la volonté des auteurs de faire du président de la République l’unique grand maître de la question, pour qui la « consultation » n’est plus qu’une formalité creuse et sans conséquence.
Malgré cette multiplicité de projets, le référendum a eu lieu, sous la pression du Ciat qui n’aurait jamais osé se comporter ainsi ailleurs qu’au Congo, le seul pays que l’on se permet de traiter ainsi ; de façon que les « vainqueurs » ne savent pas encore, avec leur Oui, quelle est la constitution qu’ils ont adoptée, le Ciat leur dit d’attendre que le futur parlement le détermine ; mais le Ciat a oublié que la constitution adoptée doit déjà entrer en vigueur dans environ deux semaines quand elle sera promulguée, donc avant l’existence du fameux « futur parlement ». On nous prend vraiment pour des idiots ; refusons qu’on continue de se moquer de nous de cette manière.
En tout état de cause, quel qu’en soit le texte, toutes les forces démocratiques doivent à présent commencer la lutte pour l’Etat de droit dont l’occasion vient d’être ratée, afin d’obtenir que dans les meilleurs délais tous les moyens auxiliaires de la dictature et de la prédation, mais aussi les fautes techniques, légistiques et grammaticales indignes, soient enlevés de la constitution : elles lutteront ensemble pour dégager une alternative progressiste lors des échéances électorales afin d’accéder au pouvoir et démocratiser et moraliser la constitution ; à défaut, elles devront exiger des candidats aux législatives et à la présidence, pour leur apporter leur soutien, de s’engager à réviser la constitution, supprimant les dispositions dictatogènes et kleptomanicistes, libérant le pouvoir judiciaire en le rétablissant dans son indépendance et dans son monopole de la fonction judiciaire pour garantir les droits des citoyens et l’Etat de droit. Ces questions ne sont pas en effet de celles pour lesquelles la constitution interdit sa révision selon l’article 220. C’est à cette seule condition que cette constitution minoritaire deviendra majoritaire et, jouissant du consensus le plus large, s’appuiera sur la force de la société congolaise dans son ensemble, avec des chances de durée.
D’autant plus qu’on peut se demander par quelle autre « amélioration » de fond on a résolu le problème créé par la coexistence et la contradiction entre la continuation des institutions actuelles fonctionnant sous l’empire de la constitution de transition (article 222) et l’entrée en vigueur de la nouvelle constitution dès sa promulgation soit selon les prévisions dès la fin décembre (article 229), deux constitutions qui s’excluent devant pourtant être appliquées en même temps jusqu’à la fin de la transition. Il n’y a que le génie inventif des transitionnaires pour nous trouver une solution tarabiscotée !
Enfin, le fait que cette constitution ait les faveurs si délirantes de M. Louis Michel la rend suspecte et, se disant « Timeo Danaos et dona ferentes », les Congolais feraient bien de s’en débarrasser au plus vite.
Professeur Auguste MAMPUYA KANUNK’a-TSHIABO
23 décembre 2005
ANNONCE : Didier Ramazani est libre enfin!
Après 36jours de détention au centre fermé de Vottem notre valeureux compatriote DIDIER RAMAZANI ALI a été libéré ce jeudi 22 Décembre 2005. Le mouvement de pression BANA CONGO remercie tous les compatriotes associations et partis politique qui ont fait pression pour que cette libération devienne réalité. La marche prévue demain devant le centre fermé de Vottem par l’association « Débout Pour le Congo » est annulée. Nous vous promettons un compte rendu plus détaillé dans les prochaines heures…
BANA CONGO
2005-12-22 21:04:03
16 décembre 2005
La grande ambition de Etienne Tshisekedi pour le Congo.
Près de dix ans d'intervalles, même geste, même ferveur.
Entreé triomphale d'Etienne Tshisekedi aux tra vaux du comité nationale 02/04/2005
Etienne Tshisekedi totalise aujourd’hui 73 ans d’ages, tout au long de ces vingt cinq dernières années au travers de son combat politique, il a su démontrer à la face du monde qu’il est un homme de profondes convictions, une qualité qui est très rare dans notre pays. Dans un pays où le culte du moindre effort et la culture de la jouissance sont érigées en vertus cardinales par une élite qui a failli totalement, Etienne Tshisekedi parait bien comme un homme à part, inclassable, n’en déplaise aux donneurs de leçons et autres soi-disant spécialistes du Congo sans expertise qui lui prédisait, et, continuent à le faire une fin de carrière politique due à ce qu'ils nomment anachronisme mais que nous percevons plutôt comme de la cohérence politique. Sa constance politique et sa force de caractère nous ont appris à nous méfier de l’opportunisme qui caractérise la racaille politicienne de Kinshasa. Il est celui qui a éveillé notre conscience politique, dans le contexte de l’époque où Mobutu était le seul maître du zaïre après Dieu.

E.Tshisekedi et le peuple de Kinshasa en action (Rond-point Mandela Avril 1997)
Son courage politique à relever les grands défis paraissant perdu d’avance a fini par nous convaincre définitivement de son engagement en faveur du peuple. Aujourd’hui, plus que jamais Etienne Tshisekedi demeure un modèle pour toute la jeunesse congolaise et nous pouvons fièrement lui dire sans faire du culte de personnalité que la durée son combat politique est un des actes majeurs au Congo ces trente dernières années. Toute les générations congolaises sacrifiées par les régimes infâmes Mobutu et Kabila ont appris à croire aux valeurs de la démocratie qui constitue le leitmotiv de votre combat politique. Votre combat est juste et Dieu tout puissant nous accordera la victoire.
15 décembre 2005
Joseph KABILA a raison : les Congolais sont effectivement des voyous !
Joseph KABILA a raison : les Congolais sont effectivement des voyous !
Monsieur Joseph KABILA Président de la République Démocratique du Congo Monsieur, Chassez le naturel, il revient au galop, dit-on ! Vous venez enfin de dévoiler au peuple congolais votre véritable face, celle du dominateur et de l’occupant arrogant, hautain et méprisant envers ses prisonniers et ses esclaves vaincus !
Alors qu’à la veille d’une campagne électorale, tout candidat normal à la magistrature suprême aurait soigné son langage envers le peuple qui doit l’élire. Et vous avez raison de traiter ainsi les Congolais de «voyous» que vous allez écraser comme des chiens, bien qu’aucune caravane n’ait jamais écrasé un chien, pour la simple raison qu’un chien a toujours été plus rapide et plus habile que le chameau. Raison pour laquelle la sagesse populaire dit que «la caravane passe». Elle ne dit pas qu’elle écrase les chiens !
Mais vous avez cependant raison, Monsieur KABILA, parce que vos chiens des Congolais sont tous aveuglés par la poussière du désert dans laquelle ils se disputent et s’entredéchirent les uns les autres pour attraper des billets de dollars que vous leur jetez par terre chaque jour, pour les empêcher de relever leur tête et de voir l’identité réelle de l’homme qui est perché sur le chameau ! Ainsi, votre « caravane » ne pourra que les écraser tous le moment venu, quand vous le jugerez opportun.
Oui ! Vous avez raison ! Les Congolais sont des vrais voyous pour avoir abandonné la plus haute direction d’un grand et beau pays qu’est la République Démocratique du Congo, entre les mains d’un petit garçon, sorti de nulle part, sans CV et sans aucune référence dans l’histoire nationale, et à qui les «parlementaires» et les «sénateurs» congolais viennent de faire le cadeau d’une Constitution taillée sur mesure pour lui permettre de les dominer (j’allais dire de les écraser) pendant encore des décennies.
Oui ! Nous sommes des vrais voyous pour avoir accepté sans broncher, qu’un jeune inconnu venu dans les bagages de son oncle rwandais James KABAREBE sous l’identité de Hyppolite KANAMBE, ait brusquement changé de nom en pleine guerre d’agression, pour s’affubler d’une nouvelle identité de Joseph KABILA !
Oui ! Nous sommes des voyous pour avoir observé, inertes comme des zombies, des scenarii grotesques d’une mise en scène qui ont précédé et suivi la mort de LD KABILA, lorsque le Directeur du centre pénitencier de Makala a exfiltré furtivement, quatre jours avant l’assassinat du président congolais, une certaine dame appelée MAHANYA SIFA du pavillon 10 de la prison où l’avait jetée le président LD KABILA (et pour cause ?), pour l’amener clandestinement quelque part à Lubumbashi, d’où elle sortira, quelques jours après la mort du Mzee pour porter, devant les voyous des Congolais amorphes, la glorieuse couronne de la maman de Joseph KABILA, le président joker de la RDC!
Oui ! Nous sommes de voyous pour avoir accepté sans rechigner qu’un étranger qui a commandé l’armée d’invasion contre notre pays, qui a tué et massacré des millions de nos frères et sœurs congolais depuis Uvira jusqu’à Kinshasa, en passant par Goma, Kisangani et Mbandaka, les ayant jetés comme des chiens dans des fosses communes, continue de narguer le peuple congolais et de le traiter de voyous, parce que celui-ci s’interroge sur son origine!
Oui ! Nous sommes réellement des voyous, lorsque nous acceptons idiotement qu’un inconnu accède à la magistrature suprême de notre pays sous un faux nom de Joseph KABILA, et qu’il signe des documents officiels sous son vrai nom de Hyppolite KANAMBE. Tel est le cas du document officiel que vous avez signé à Luanda le 6 septembre 2002, en compagnie des présidents José Eduardo dos SANTOS d’Angola et de Yoweri MUSEVENI de l’Ouganda, document que nous reproduisons en annexe. Ainsi, tout congolais, aussi voyous qu’il soit, saura déchiffrer sans effort de graphologie, et constater que votre signature sur le dit document porte bel et bien votre vrai nom de Hyppolite KANAMBE!
Oui ! Les Congolais sont des véritables voyous pour avoir accepté comme leur président un petit garçon qui joue au Nintendo et au Gameboy dans sa chambre, alors que les ministres (congolais) languissent dans le salon d’attente pendant des heures, avec des dossiers d’état, et parfois même en compagnie des délégations étrangères.
Oui ! Vous avez raison de traiter les Congolais de voyous parce qu’ils assistent impuissants au pillage des ressources de leur pays et au trafic de l’uranium, du niobium, de diamant, de l’or, et du coltan au sommet de l’état, par une bande des mafieux sans foi ni loi ! Oui ! Nous sommes des véritables voyous, Monsieur Joseph KABILA, pour avoir accepté que nous, Congolais, soyons privés d’achat des tôles de qualité de la société LEDIA, sise 14° rue Limete, parce que tout le stock de production a été réservé d’avance, sur instructions de vos services, pour vos gigantesques travaux de construction en cours en Tanzanie, où vous préparez votre retraite, comme beaucoup d’autres pilleurs et fraudeurs africains l’ont fait avant vous!
Oui ! Vous avez totalement raison, Monsieur Hyppolite KANAMBE, de traiter les Congolais de voyous, parce que tous les Africains sont scandalisés par le comportement des ces voyous des Congolais de la RDC, qui ont accepté l’inacceptable, c’est-à-dire abandonner le plus grand pays de l’Afrique centrale, le poumon de l’économie africaine de demain, la gâchette du revolver Afrique et le moteur du développement de notre vieux continent, entre les mains d’un jeune aventurier inconnu, sorti tout droit des ruelles Dar Es-Salaam et des collines de Kigali !
Cependant, les voyous des Congolais que nous sommes ont un droit inaliénable sur ce sol qui est celui de leurs ancêtres. Et à ce titre, ils se réservent le droit de connaître l’identité réelle des hommes qui détiennent leur destinée entre leurs mains. C’est pourquoi nous exigeons que vous procédiez sans délais au test d’ADN avec les prélèvements des tissus de vos prétendus géniteurs : LD KABILA et MAHANYA SIFA. Seul ce test fait par des médecins indépendants et crédibles pourrait satisfaire les inquiétudes et les interrogations légitimes des voyous qui se soucient malgré tout de leur dignité et de la souveraineté de leur pays.
Et au cas où votre test serait concluant en votre faveur, les voyous des congolais que nous sommes auront l’obligeance de vous présenter publiquement leurs excuses et vous reconnaîtront le droit de briguer, comme tout Congolais authentique, tous les postes de responsabilité à tous les échelons nationaux. Il est important que dans un pays qui souffre de la crise identitaire, comme le nôtre, que tous ceux qui veulent concourir à la magistrature suprême se soumettent, tous sans exception, à ce test pour éviter la supercherie et l’imposture au sommet de l’état ! Car, même les voyous ont droit à la protection de leurs droits fondamentaux !
Et ce combat, nous le mènerons jusqu’au bout ! Quoi qu’il en coûte !
Paris, le 14 décembre 2005
Honoré NGBANDA NZAMBO KO ATUMBA
Président national de l’APARECO
05 décembre 2005
Référendum : Pourquoi je dirai « NON » à cette Constitution !
Thierry Nlandu Mayamba
Professeur à la Faculté
Université de Kinshasa
Le peuple congolais est à un tournant important de son destin avec l’étape annoncée du référendum constitutionnel. En effet, pour la première fois depuis plus de 35 ans, les dirigeants congolais ainsi que la communauté internationale qui les accompagnent prétendent vouloir consulter le peuple congolais afin qu’il dise lui-même et semble-t-il en « âme et conscience et en toute liberté », comment il entend gérer son avenir ainsi que celui de ses filles et fils.
Tous ceux qui lisent les premières lignes de ce texte découvrent sans doute mon scepticisme quant à la sincérité déclarée de cette opération opaque qui se caractérise par une manipulation grossière et méchante de la communauté internationale et de ses complices internes en République démocratique du Congo.
Pour se rendre compte de la méprise qui entoure cette « magouille référendaire », car il s’agit bien de magouille n’en déplaise à certains dirigeants actuels et à certains membres de la communauté internationale pour qui les millions de Congolaises et de Congolais ne sont que des moutons à amener à l’abattoir d’une démocratie de façade faite de référendum sur fond de menaces et de chantages et d’élections imparfaites avec des financements et des dettes parfaites pour les Congolais et Congolaises d’aujourd’hui et de demain.
Mais qu’importe, puis que tout d’un coup une mouche les piquent tous ou pour emprunter le discours religieux de ce peuple « puisque l’esprit saint les a touchés » et qu’ils pensent qu’il est important de nous consulter pour que nous puissions donner notre avis sur une constitution qu’ils ont rédigée sans nous pour eux et pour leurs maîtres ; je voudrais que mon peuple comprenne qu’il n’a pas de cadeaux à faire à ses fossoyeurs d’aujourd’hui et qui demain risquent, forts de cette même constitution de l’enterrer vivant au nom du OUI qu’il aura donné sans connaître le contenu ni les conséquences de son acte.
C’est donc dans le souci d’ouvrir les yeux à mon peuple que je m’efforce, d’écrire péniblement ces quelques lignes dans les conditions que vous connaissez. C’est comme si même la SNEL
En effet, devant mon ordinateur, je lutte avec un « courant-jeu de lumière » qui m’empêche de me concentrer et m’interrompt souvent à des moments importants de mon écriture. Mais Dieu merci, la SNEL
1. Le référendum en RDC ou l’art de surprendre son propre peuple
C’est le 27 novembre 2005 que le référendum allait être organisé en République Démocratique du Congo. A cette date, l’enrôlement des électeurs n’était pas encore terminé ; les listes nominatives des électeurs par centre ni par province n’étaient toujours pas connues ; la loi référendaire ainsi que le projet de constitution lui-même sont inconnus du monde des électeurs sensés de voter pour ou contre cette constitution.
Là où certaines personnes de bonne foi, mais sans doute naïves ou simplement méchantes, parlent de problèmes logistiques ; ceux qui connaissent le passé politique de ce pays réalisent que les politiciens d’aujourd’hui ainsi que la communauté internationale qui les accompagne ne réinventent pas la roue dans ce qui se passe aujourd’hui. Ils utilisent les bonnes vieilles méthodes coloniales reprises par Mobutu qui consistent à surprendre le peuple congolais et à lui refuser l’information à temps afin de lui arracher un « oui » dont il ne comprendra les conséquences qu’à la génération future.
Ce qui nous arrive aujourd’hui n’est pas nouveau. Dans quelle condition notre peuple a-t-il accepté la constitution de 1960? Qui, à l’époque, avait rédigé cette constitution ? Qui avait compris que les germes du conflit qui allait conduire au conflit entre Lumumba et Kasa-Vubu était dans le texte ? Qui avait réalisé que c’était mis à dessein afin de pouvoir plus tard contrôler cette ancienne colonie aux richesses qui ne justifiait pas qu’on la laisse indépendante ?
Les choses ont-elles changées aujourd’hui ? Dans quelle condition notre peuple se prépare-t-il à voter la constitution si ce n’est que dans l’improvisation et la confusion la plus parfaite ? Qui a rédigé la première mouture de cette constitution dans ce contexte où les prétendus experts internationaux es-constitution et es-loi électorale parcourent le monde pour offrir une expertise qu’ils rémunèrent chèrement auprès des autochtones qui, malgré leurs diplômes, acceptent, pour de l’argent, de jouer aux idiots !
Qui réalise encore aujourd’hui que notre démocratie future repose sur un conflit qui aura pour point de départ la confusion entretenue entre les attributions du Premier ministre et du Président de la République
Il est donc clair que, comme hier, il est question de surprendre ce peuple. Il ne faut pas lui donner le temps de réaliser ni de comprendre ce qui lui arrive.
Mais tous ceux qui réfléchissent dans cette direction ne réalisent pas que dans ce peuple aujourd’hui, il existe beaucoup de fils et de filles qui ont étudié dans les bonnes écoles de ce pays et d’ailleurs et qui, malgré les menaces et les dangers pour leurs familles et leurs personnes gardent un brin d’orgueil et ont décidé de ne plus se taire afin de dévoiler au grand jour la magouille d’aujourd’hui pour épargner à leur progéniture un futur d ‘esclaves.
Il est temps que les Congolaises et Congolais ainsi que la communauté internationale réalisent que ce qui se passe au Congo au nom de la démocratie à y instaurer et des intérêts autres que ceux de ce peuple, est une honte pour toute l’humanité!
Et pourtant Dieu seul sait si ce peuple aspire à la démocratie qui, semble-t-il fait le bonheur des peuples d’Occident et d’Amérique. Sans doute que nous devons comprendre que les gorilles que nous sommes devenus, par la volonté des uns et des autres, ne méritent qu’une forme de démocratie édulcorée à la mesure de notre animalité!
2. Un référendum sur fond de menaces et de chantage
« Si vous votez NON, ce sera le chaos pour ce pays »
« Sooki oboyi constitution oyo, mobulu ekokota na mboka »
« Si vous votez NON ; ce sera la reprise de la guerre »
« Sooki oboyi constitution oyo, bitumba ezongi na mboka »
« Si vous votez NON ; ce sera la partition définitive de votre pays »
« Sooki oboyi constitution oyo, Congo
« Si vous votez NON ; le Congo disparaîtra comme pays »
« Sooki oboyi Constitution oyo ; bakotanga lisusu mboka Congo te lokola bikolo mosusu ya mokili »
« Si vous votez NON ; la transition va se prolonger »
« Sooki boboyi Constitution oyo ; transition ekombendana molayi »
« Si vous votez NON ; ceux qui sont actuellement au pouvoir vont s’éterniser au pouvoir »
« Votez NON est suicidaire »
« Ko voter NON eza liwa »
« Bref si par Toutatis vous votez NON ; le Ciel vous tombera sur la tête ».
Toutes ces déclarations ne viennent pas de moi, mais bien de tous ceux qui militent pour le OUI et qui sont sans arguments pour faire voir à notre peuple les avantages qu’ils tireraient à accepter une constitution qui s’est élaborée sans lui et dont le contenu montre bien quelles sont les préoccupations de leurs auteurs.
Toutes ces menaces sont l’œuvre de Congolais acquis à une cause dont certains ne mesurent pas suffisamment les conséquences pour leurs enfants. Ce chantage est l’œuvre de certains Occidentaux et Américains en place ou non en RDC impatients de se débarrasser de ce fardeau que devient, chaque jour, la RDC
Personne, même pas Swing du haut de son âge respecté au Congo, n’entend terminer sa carrière avec sur le dos un dossier comme celui du pétrole contre nourriture en Irak.
En RDC, les gestionnaires étrangers de la transition, du moins ceux qui sont avisés, s’attendent à un procès du genre argent contre élections en RDC! Que Dieu les épargne dans un contexte où tous ferment les yeux sur les détournements et la corruption !
Qu’ils prient tous pour que, même à titre posthume, les Congolaises et Congolais ferment les yeux sur ces « élections business » où les uns et les autres ont fait des bénéfices sur le dos d’un peuple qui devra rembourser une dette électorale « parfaite » aux résultats électoraux « imparfaits » par la volonté de ceux qui auront investi ou mieux gérer l’argent investi par le contribuable Européen ou Américain en RDC!
C’est sans doute ce qui explique la précipitation et les injonctions pour l’organisation pour l’adoption des lois qui restent, pour l’organisation du référendum et demain pour les élections. Il faut, à tout prix quitter le Congo avec ces réalisations. Car, à ce moment, il sera facile de justifier les imperfections que l’on mettra sur le dos de cette terre de Conrad où crocodiles sur les toits d’hôtels, moustiques sous les sous-vêtements, mouches tsé-tsé sous le moustiquaire imprégné, serpents noirs dans la clarté de la lune, lions et léopards dans la savane en villes, singes et gorilles sur les ailes d’avions, forêts denses et pluies au Kasaï, routes inexistantes et autres raisons empêchent un travail optimal comme celui que l’on pourrait espérer en investissant le même montant important en Europe ou en Amérique !
Quitter la RDC
Aussi, sacrés nègres, vous allez vous plier aux desiderata de la communauté internationale confondus aux desiderata de tous ceux qui, de loin ou de près, sont impliqués dans la vaste opération si pas magouille des élections en RDC. Dans le cas contraire, vive la guerre de la partition de votre pays afin de mieux voiler la supercherie qui aura entouré l’accompagnement et surtout la gestion financière désastreuse, nationale et internationale, de la transition en RDC !
Comment voulez-vous que nous puissions justifier, en Belgique et auprès du contribuable wallon, ces millions dépensés pour des kits électoraux non performants d’aujourd’hui et à venir, sans risquer de perdre les prochaines élections en Belgique ?
Comment voulez-vous que nous puissions justifier ces millions dépensés pour la confection des urnes dans un pays plein de bois et qui n’aura pas organisé les élections ou surtout qui ne les aura pas organisées dans la direction que nous lui aurons suggérée pour son bonheur et mieux pour celui du contribuable hollandais qui aura financé l’opération urnes transparentes pour des élections opaques ?
Si ces nègres ne veulent pas aller dans la direction que nous aurons tracée pour eux ; alors, vive la partition, rêve que bon nombre de puissances étrangères caressent depuis les années soixante et que des pays frères qui entourent la République Démocratique La Belgique
Quel avantage notre peuple peut-il tirer d’une constitution que l’on veut maladroitement lui imposer à travers une campagne de vulgarisation soi-disant neutre organisée par la CEI
Quel profit notre peuple peut-il tirer d’une constitution que l’on veut lui faire accepter comme dans une opération d’achat d’une bête dans un sac sans connaître le contenu réel du sac? Les nombreux proverbes de chez nous respirent de sagesse lorsqu’ils nous invitent à nous méfier de pareilles opérations, car nous risquons d’acheter de la merde dans un sac, au prix le plus fort !
Que peut attendre notre peuple d’une constitution que des « frères et une communauté internationale charitable » le forcent d’adopter par un arrangement semblable au mariage forcé d’une fille à qui toute la famille demande, avec sourire,, d’épouser un vieillard croulant qu’elle n’aime pas avec comme argument pour la convaincre le fait que si elle n’accepte pas elle irait habiter ailleurs que sous le toit paternel!
Face à ce « choix forcé », une fille digne de ce nom préfère renoncer à ce mariage quitte à en tirer les conséquences. Mais une fille faible acceptera de se marier et versera des larmes le jour de son mariage.
Pour les parents, ce seront des larmes, expressions de l’émotion et de la joie d’une jeune fille innocente qui réalise, soudain, le bonheur qui lui arrive !
Pour la fille, ce seront des larmes expressions vives et vivantes de ses malheurs futurs et de la profonde tristesse qui accompagnera, désormais, son existence durant des années jusqu’à sa mort ou son divorce si elle trouve les forces qu’elle n’a pas eues avant pour le faire.
Que peut attendre notre peuple d’un référendum dont les règles de jeu ne sont pas claires? Qui connaît, à la date d’aujourd’hui, la liste des électeurs ou encore des bureaux de vote ? Nous sommes à deux semaines du référendum ; la loi référendaire ne prévoit-elle pas que ces listes soient connues 30 jours avant le référendum?
3. Une constitution au contenu assassin
Ce n’est plus un secret pour personne. Et, à ce sujet, j’entends saluer le courage de ces quelques professeurs analystes et autres intellectuels de ce pays qui n’hésitent plus, au péril de leur vie, à informer notre peuple sur le contenu assassin de ce projet de constitution.
Chaque jour qui passe, ils nous apprennent que :
a. La nationalité congolaise est attribuée à tout celui dont l’ethnie ou la tribu s’est retrouvée, par hasard au Congo depuis 1960. Aussi, les Flamands, Wallons, Portugais, Grecs et autres étrangers, présents sur ce territoire depuis 1960 sont d’office, Congolais, au même titre que tous les réfugiés Rwandais, Ougandais, Soudanais, Burundais, Angolais, Centrafricains, Sénégalais, Maliens, Congolais d’en face, Zambiens, Tanzaniens, etc. comme pour confirmer désormais, au nom de la globalisation, le caractère « no man’s land de ce territoire » terre des citoyens de l’humanité tout entière!
b. Tout Congolais d’origine, blanc, jaune, rouge, noir, aux ancêtres ou, ayant personnellement résidé au Congo depuis 1960 a
c. Tout Congolais d’origine, blanc, jaune, rouge, noir, aux ancêtres ou ayant personnellement résidé au Congo depuis 1960, âgé de 30 ans, 25 ans, sans qualification professionnelle, ni scolaire peut devenir président, sénateur ou député sur cette terre de macaques où les dirigeants n’auront comme mérites que l’arrogance et le silence de leur ignorance selon le contexte dans lequel ils seront appelés à évoluer.
d. La forme de l’Etat et le régime politique seront hybrides pour mieux préparer les conflits futurs entre les provincettes et le gouvernement central et entre le Président, sans formation ni expérience et âgé de 30 ans et le Premier ministre, sans doute plus âgé, mieux formé et plus sage. Comme hier entre Kasa-Vubu et Lumumba, ces conflits latents mais patients, conduiront à la partition qui hante les nuits de certains Occidentaux et Américains depuis 1960 et qui, aujourd’hui, trouve écho dans le chef des puissances régionales qui n’acceptent plus un régime fort au cœur de l’Afrique tout en souhaitant étrangement construire un NEPAD avec les richesses du Congo, mais sans les intérêts des peuples de cette contrée.
Vaste complot indigne des fils et filles de pays africains qui, dans un passé récent, ont bénéficié de l’appui de ce pays pour se débarrasser, les uns, du colonialisme et les autres, de l’Apartheid.
e. La révision de la constitution est ridiculement cadenassée même si l’on accorde un semblant d’ouverture en faisant croire à la population qu’elle peut, par une pétition de 100.000 signatures, arriver à faire amender la constitution. Illusion trompeuse d’une révision qui passe par le refus des parlementaires non élus de reconnaître aux futurs parlementaires élus et légitimes et à la nation tout entière le droit de tenir compte des évolutions socio-politiques de demain. A tous ceux qui affirment qu’il faut accepter la constitution telle qu’elle est car on pourra après procéder à sa révision, je les invite à bien lire les conditions de révision.
f. Dans le cadre des traités et accords internationaux, les Congolais sont invités à abandonner partiellement leur souveraineté en vue de promouvoir, semble-t-il, l’unité africaine. J’ose croire que nous ne serons pas seuls à innover dans cette direction et qu’il restera encore une portion de terre à nos enfants lorsque, chaque fois que l’Afrique en aura senti le besoin, nous nous dépouillerons partiellement de notre souveraineté pour promouvoir l’Unité africaine !
g. Le nombre d’articles sous chaque Titre montre bel et bien la section qui intéresse les rédacteurs de cette constitution : « l’accès, l’exercice et la conservation du pouvoir » . Pour notre information :
Titre I : Des dispositions générales (10 articles)
Titre II : Des droits humains, des libertés… (57 articles)
Titre III : De l’organisation et de l’exercice du pouvoir (127 articles)
Titre IV : Des provinces (13 articles)
Titre V : Du Conseil Economique et Social (3 articles)
Titre VI : Des institutions d’appui à la démocratie (2 articles)
Titre VII : Des traites et accords internationaux (5 articles)
Titre VIII : De la révision constitutionnelle (3 articles)
Titre IX : Des dispositions transitoires (9 articles)
Je laisse à chacun d’apprécier et surtout à tous ceux qui, fonctionnaires comme moi, continuent à rêver de l’amélioration du social. Trois articles fumeux nous sont réservés avec, en prime, une loi organique semblable aux nombreuses commissions qui sont chargées de régler les problèmes sociaux des citoyens.
4. NON à la constitution ou le défi de notre souveraineté
Contrairement au chantage et autres menaces dont notre peuple est l’objet afin qu’il accepte une constitution suicidaire pour lui et sa progéniture, il est important de voir ce que notre peuple gagnerait en disant NON à cette constitution. En effet quel peut-être le sens à donner à cette constitution.
a. NON à une constitution élaborée sans nous et pour les intérêts autres que ceux de notre peuple. Le NON nous offre l’occasion de dire à ceux qui, sur le plan international, nous accompagnent ainsi qu’aux fils du pays qui ont accepté de jouer aux marionnettes que seul notre peuple est maître de son destin même si financièrement on l’a réduit à la mendicité. Le NON est une nouvelle occasion de réaffirmer notre souveraineté comme nous l’avions fait hier, dans la douleur, lorsque de partout fusaient les menaces de la partition de notre pays. Ensemble à l’époque nous avions fièrement et dans notre pauvreté, affirmé que nous étions tous fils et filles du Congo et que notre pays resterait uni dans ses frontières actuelles. Aujourd’hui l’occasion nous est donnée de le réaffirmer par un NON massif à la constitution.
b. NON à cette constitution pour qu’elle retourne au Parlement afin que cette fois-ci nous puissions contribuer à son élaboration par les amendements que nous comptons y apporter. Certains fils et filles de ce pays ont, en son temps éclairé, en vain, ceux qui élaboraient cette constitution. Le NON leur offrira l’occasion de se faire entendre. Ce NON n’est nullement l’occasion d’un report sine die de la transition comme certains le prétendent aujourd’hui. Et puis, pourquoi tout d’un coup les champions de la prolongation qui, dans un passé récent se sont battus, bec et ongle, pour tirer la constitution de la transition dans tous les sens au point de la déchirer, ont tout à coup peur d’une prolongation d’un ou deux mois comme le prévoit la loi référendaire en cas de NON ? La raison est simple. C’est parce que la première prolongation était pour eux et leurs intérêts alors que celle que le NON à la constitution accordera au peuple sera pour l’intérêt du peuple. Et dire mon Dieu qu’ils se disent représentant du peuple !
c. NON à la constitution ne doit pas conduire le pays au chaos, ni à la reprise de la guerre. La RDC
d. NON à la constitution sera une occasion de dire NON au 1+4 et à sa manière cavalière de diriger notre peuple. Après avoir rédigé une constitution taillée à leur mesure, nos gouvernants sentent soudainement le besoin si pas l’exigence de se prêter au jeu démocratique. Le NON sanctionnera cette manière de faire inacceptable qui use de ruses, de mensonges, de tricheries et de manipulations honteuses des frères et sœurs.
5. Comment faire pour la campagne du NON ?
Il est évident qu’aujourd’hui la campagne pour le NON ne trouvera pas d’espace dans la presse officielle et dans bon nombre de chaînes même privées, car apprend-t-on au nom d’une certaine déontologie et professionnalisme, il n’y a que quelques émissions qui seront autorisée à faire la campagne de vulgarisation dite objective et qui ne doit souffrir d’aucun débat sur les différents plateaux des différentes chaînes de télévision. Et pourtant, nous sommes invités à voter OUI ou NON. Le pouvoir de la transition, semble-t-il, prélude de la démocratie qui nous attend à l’adoption de cette constitution, ne doit-elle pas garantir l’espace pour le discours du NON comme celui du OUI ?
Comme hier lorsque ce peuple se battait contre la dictature de Mobutu, aujourd’hui, le référendum nous fait découvrir la dictature de ceux qui gouvernent, toutes tendances confondues, appuyés par une certaine communauté internationale.

