03 février 2006
Monsengwo et Tshisekedi condamnés à s’entendre.
Sauvons le Congo
Monsengwo et Tshisekedi condamnés à s’entendre.
Eureka ! Voici la poudre de perlimpinpin : «Enfermons Mgr Monsengwo et Etienne Tshisekedi quelque part, rien qu’avec une gourde d’eau et deux noix de coco comme Kalmanzal (trompe-la-faim). Ils ne sortiront de leur retraite que s’ils annoncent au peuple congolais qu’ils ont décidé de se mettre ensemble pour les élections». A bas la diplomatie ! A bas les discours sibyllins ! A bas rancunes et amertumes ! Il faut sauver le Congo.
PORTRAIT PSYCHOLOGIQUE DE DEUX COLERIQUES
Le peuple congolais se souvient de l’élection triomphale de Mgr Laurent Monsengwo puis d’Etienne Tshisekedi, le premier comme président de la Cns, et le second comme premier ministre. Si l’on veut toucher du doigt la légitimité populaire, dont tout le monde parle aujourd’hui, nul n’en est meilleure incarnation que ces deux monuments vivants de la vie politique congolaise : le peuple a déferlé dans toutes les rues du pays pour fêter leur victoire. Avec eux deux, les Congolais ont eu le sentiment qu’ils atteignaient enfin le bout du tunnel. Hélas, c’était sans compter avec la houle qui naît du choc de nos personnalités psychologiques et qui peut, en un clin d’œil, nous jeter bien loin du rivage que nous croyions déjà atteindre. Les anges de Monsengwo et de Tshisekedi se sont télescopés et nous ont joué une sale blague.
Nous naissons chacun doté d’une personnalité particulière, qui influence, souvent de manière dictatoriale, notre comportement. Pour modéliser ces comportements, la psychologie définit quatre classes de caractères principales qui se retrouvent en chacun de nous en proportions variables : le flegmatique, le sanguin, le mélancolique et le colérique. Des livres spécialisés donnent des informations sur chacun de ces groupes. Nous n’allons, quant à nous, que brosser celui qui nous intéresse, le dernier groupe.
Le colérique est une personnalité de grande détermination, qui a la force mentale de mener son projet jusqu’au bout, malgré les obstacles. Sa détermination est telle qu’il n’hésite pas à heurter quiconque se dresse sur son chemin,, amis ou entourage, famille. A côté de lui, beaucoup d’étoiles palissent, ce qui provoque souvent des frustrations dont il ne fait d’ailleurs pas cas. C’est un meneur d’hommes né, mais aussi, revers de médaille, un solitaire. Par l’éducation appropriée, il y a moyen de moduler cette personnalité pour minimiser ses côtés néfastes. Les grands révolutionnaires de l’ histoire sortent de ce chapeau. Un exemple biblique en est l’apôtre Pierre, impétueux comme pas deux, pas méchant pour un sou, mais prompt à tirer l’épée et à couper les oreilles. Sa fougue lui a joué des tours, alors qu’il croyait bien faire. C’est à lui que Jésus a dit : «Qui tue par l’épée périt par l’épée».
Etienne Tshisekedi est un colérique brut. Il n’a pas eu peur de regarder Mobutu dans les yeux quand tout le monde courbait l’échine. Mais il est aussi tombé plus d’une fois dans les excès des colériques : biffer l’acte de Mobutu le nommant premier ministre, faire fuir ses compagnons de la première heure (Lihau, Kibasa …), rompre avec fracas avec Mgr Monsengwo, se mettre à dos la communauté internationale, etc. Il ne le fait pas exprès, c’est sa nature. C’est plus fort que lui.
Mgr Monsengwo est aussi un colérique, mais poli par la vocation sacerdotale et sa grande érudition. Il cache sa main de fer dans un gant de velours. Ses proches disent volontiers de lui que c’est un homme compliqué (entendez, trop exigeant). S’il sourit souvent, en tous cas, plus que Tshisekedi, et sait se montrer flexible, c’est à la manière de l’eau, qui accepte de faire des détours mais sans jamais perdre de vue son objectif. Il est le seul qui ait réussi le tour de force, unique dans l’histoire du Congo-Zaïre, de mettre d’accord les inconciliables Tshisekedi et Mobutu; quand il fallait le déchoir du Hcr-Pt.
L’histoire a fait se rencontrer dans la même basse cour ces deux pachydermes : Tshisekedi, la force trop visible, et Mgr Monsengwo, la force trop discrète. La confrontation était assez prévisible; elle a eu lieu, avec comme dommages collatéraux l’hibernation brusque des espoirs de tout un peuple. C’était il y a presque quinze ans.
LA PAIX DES BRAVES
La tâche confiée à Mgr Monsengwo et Etienne Tshisekedi n’avait pas été achevée. C’est comme si l’histoire leur avait ouvert une parenthèse, car les circonstances semblent se conjuguer aujourd’hui comme pour remettre en selle les deux Jonas qui avaient abandonné leur mission à Ninive. A moins de deux mois des élections, les Congolais en sont encore à se demander pour qui ils voteraient. Dans les cœurs des Congolais, deux noms sont caressés avec une sorte de désespoir : Tshisekedi, opposant, mais toujours maladroit en politique, et Mgr Monsengwo, éminence grise s’il en est, mais que le Pape nous refuserait parce que le réservant pour les honneurs de Rome.
Le Congo vit un drame qui se déroule avec la lenteur obstinée mais irréversible de l’horloge. Les enjeux des élections c’est le contrôle du Congo par les puissances étrangères ou par les Congolais. Pour ceux qui ne savent pas déchiffrer le langage des étoiles, la énième apparition de Nkundabatware devrait donner matière à réflexion. Il faut gagner les élections; c’est une question de vie ou de mort.
Mais pendant qu’on y pense, que voit-on ? Une explosion de candidatures à la magistrature suprême. O, irresponsabilité, ô égocentrisme de nos hommes politiques. Faut-il être sorcier pour comprendre que cette division par mille déroule le tapis rouge pour le système que nous réprouvons tous ? Eux qui n’ont jamais été en mesure de signer un simple accord entre Congolais, veulent-ils nous faire croire qu’ils feront les bonnes alliances au deuxième tour ? Le peuple n’est pas dupe. Quand on lui demande qui il votera, il répond : «Je ne sais pas. Mais si Tshitshi pouvait gagner, mais si Monseigneur pouvait courir …»
Le Lion de Mupompa, malgré ses nombreux soucis, a encore la capacité de mobiliser. Malgré ses erreurs stratégiques, il reste encore plus populaire que nos politiciens de pacotille. Malheureusement, ou heureusement, il ne peut pas gagner les élections.
Il n’est pas suffisamment outillé, financièrement et en termes de ressources humaines, pour lutter contre une éventuelle fraude et voire pour mobiliser le peuple comme en Ukraine en cas d’irrégularités avérées. Son caractère de colérique a réussi à agréger tellement de mécontentements que ses rivaux politiques donneraient volontiers un coup de pouce à la malchance rien que pour le plaisir de lui prouver qu’il n’est pas un Superman. Le seul allié sûr pour lui ne peut être que l’Eglise, principalement l’Eglise catholique, à la tête de laquelle se trouve … une vieille connaissance, Mgr Monsengwo. Les deux hommes sont condamnés à s’entendre, pour l’intérêt suprême, à enterrer leurs différends, pour barrer la route à l’aventurisme politique.
Etienne Tshisekedi et son état-major se laissent distraire par des questions sans importance et dont on connaît d’avance la réponse : il ne lui sera plus ouvert de bureaux d’enrôlement, peut-être un ou deux pour amuser la galerie. Il ne lui sera rien accordé ni à la Ham ni à la Cei. Tous ceux qui font semblant de battre campagne pour qu’on lui accorde le font pour leur intérêt, pour dire demain qu’ils ont soutenu l’Udps et en récolter des dividendes électoraux personnels.
Toutes affaires cessantes, Etienne Tshisekedi et Mgr Monsengwo devraient se rencontrer, enterrer la hache de guerre et désigner lequel des deux recevrait l’investiture du peuple pour la magistrature suprême. Si l’on tient compte de l’objectif de réconciliation nationale, en même temps que de celui d’un homme de poigne à la tête du gouvernement, le schéma Monsengwo-président et Tshisekedi-premier ministre serait le plus logique; c’est presque le schéma de la Cns qui avait été interrompu.
LA PART DU PEUPLE ET DES CONSEILLEURS
Tous les hommes de bonne volonté doivent s’impliquer pour la réalisation de ce projet. Un couple qui s’est séparé peut trouver difficile de se refaire de lui-même, mais les amis du couple ont le devoir de l’aider. Mgr Monsengwo et Etienne Tshisekedi ont eu leur crise de jeunesse il y a quinze ans. Le temps qui guérit tout doit aujourd’hui avoir versé son baume sur les plaies. Le couple doit mûrir et se reconstituer, pour le bien des enfants. Bana bakoli.
Face à l’aventurisme politique, face à la menace d’invasion étrangère, nous n’avons pas d’autre choix que de nous unir, selon la bonne vieille devise belge : «L’union fait la force». Journalistes, politiciens, artistes, églises, organisations civiles, tous devraient s’approprier cette œuvre de réconciliation de nos deux champions, comme prélude de la réconciliation des cœurs dont parle souvent Honoré Ngbanda. C’est notre dernière chance. C’est le penalty. C’est la carte qui gagne. Ne pas l’utiliser, par orgueil ou quelque autre raison, sera un crime qui nous sera toujours rappelé chaque fois qu’un fils du Congo mourra demain d’une mort qu’on peut éviter aujourd’hui en votant utile et intelligent.
L’église catholique et son chef, le pape Benoît XVI, ne doivent pas se cacher derrière une neutralité qui entérine la loi du plus fort. Plutôt que de continuer avec la politique de l’autruche, il faut prendre faits et causes, clairement, pour le peuple opprimé.
Lucien Matadi
Par Le Potentiel
