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Le Blog du Congolais

analyses politiques sur la situation au congo kinshasa

18 mars 2006

Le prix d’être congolais

Express !

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Kinshasa, boulevard du 30 juin, vendredi 17 mars 2006. Nous sommes, mon amie Grâce et moi-même, debout en face du fameux immeuble de la rigueur, depuis une heure, dans l’attente d’un hypothétique taxi. Les conducteurs ralentissent de temps en temps à notre hauteur et attendent que nous prononcions le mot magique : ‘‘express’’. Nous disons ‘‘Lemba’’, et ils filent à vive allure à la recherche des clients plus offrants. Une course taxi du centre-ville, où je travaille, à Lemba, ma commune de résidence revient à 300 FC (francs congolais, soit USD 0,67).

Soumis aux tracasseries des  policiers de roulage et aux perceptions des chargeurs des parkings, pour atteindre le montant journalier de versement leur imposé par leurs employeurs, les chauffeurs de taxi  recourent, aux heures de pointe, au système ‘‘express’’, système qui consiste à fixer à cinq ou six passagers un prix de course global de 3000 FC. Les passagers paient chacun 500 ou 600 FC et s’entassent dans ce qui tient lieu de taxi pour un trajet d’au moins 45 minutes. Au lieu de 1500 FC qu’il aurait dû normalement percevoir en faisant payer à chacun de ses 5 passagers les 300 FC fixés par l’autorité urbaine, le taximan empoche le double.

Ce soir, j’ai décidé de ne pas encourager ce système. J’irai à Lemba en payant 300 FC, pas un de plus. Mais je commence à avoir très mal au dos, aux hanches et aux mollets. Je ne sens plus mes bras qui portent quelques

2.200 grammes

des vivres que j’ai achetés. Le matin, pour me rendre au service, j’ai mis une heure à l’arrêt, sur Super Lemba, et j’ai fini par arriver au service avec une heure de retard, en taxi … express.

Parité

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Je suis au téléphone avec une amie de Pointe-Noire qui me demande pourquoi finalement je n’achète pas une voiture et continue à me faire souffrir comme ça. Mon amie, comme moi, travaille dans une entreprise européenne, et ne peut pas comprendre que je sois toujours piéton. La pauvre, si elle savait que dans un pays où l’Etat, le plus mauvais payeur, n’a aucune politique salariale digne de ce nom, les privés s’alignent sur les salaires officiels, qu’ils dépassent juste un tout petit peu.

Pendant que je promets à mon amie que je finirai bien par acheter une voiture, un taxi s’arrête à cinq mètres de nous. Grâce slalome un sprint que je lui avais jamais soupçonné et atteint le véhicule. Elle met la main sur la portière pour l’ouvrir quand un gars, sorti de nulle part, la bouscule et s’engouffre dans le taxi, prenant à Grâce sa place. Ils y sont cinq, hormis le chauffeur : 2 sur le siège passager devant, 3 sur le siège arrière, où le chauffeur, ‘‘Compatissant’’, invite Grâce à s’ajouter.

Je m’approche du taxi et exprime ma désapprobation au gars qui a bousculé Grâce. ‘‘Mais c’est la parité, que voulez-vous’’, me répond-il. Eh oui, ces Kinois ont appliqué cette histoire de parité à leurs réalités au point que leur légendaire galanterie s’en est trouvée fortement érodée.

Et les Kinoises ne sont pas en reste. Elles d’habitude si respectueuses des hommes en sont aussi venues à réclamer les mêmes traitements avec les males en tout et pour tout, au nom de la parité. A 12 heures, un de nos chauffeurs, Tshisekediste devant l’Eternel, dont la mère s’est fait bastonner par les policiers de Théophile Mbemba, vendredi 10 mars dernier lors de la marche de l’UDPS sur ce même boulevard du 30 juin, me raconte une mésaventure qu’il a vécue avec une participante à une manifestation des femmes. Le chauffeur qui voyait un groupe des dames chanter et danser sur le boulevard en avait appelée une pour s’enquérir du motif de leur exhibition. La bonne dame lui avait rétorqué : ‘‘ Yo yaka nde, parité teee’’ (Toi plutôt viens, parité oblige).

Le bon abbé a aussi son cortège !

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Soudainement, on entend hurler des sirènes et des haut-parleurs qui ordonnent aux automobilistes et piétons à dégager le boulevard. Comme par enchantement, la chaussée se retrouve libérée en moins de 20 secondes. A vive allure, deux jeeps avec policiers, armes pointées sur on ne sait quel ennemi, assis sur une banquette se donnant les dos les uns aux autres. Les deux jeeps sont suivies d’une belle voiture de luxe officielle, elle-même suivie par une autre jeep.

Kinshasa est la capitale des cortèges officiels. Est bien malin celui qui en donnerait le chiffre exact. Il y a d’abord les cortèges de l’espace présidentiel : Kabila, Bemba, Ruberwa, Yerodia et Z’ahidi, ensuite celui du parlement : Kamitatu et Marini (je vérifierai quand même pour ce dernier. Je suis un peu protestant et je ne voudrais pas pécher gratuitement contre le prince de mon église), sans oublier chaque ministre et chaque vice-ministre, le chef d’état-major général, le chef d’état-major général adjoint, les 3 chefs d’état-major des forces terrestres, aériennes et navales et leurs adjoints, chaque général, chaque colonel, le chef de la police, le gouverneur de la ville, le chef des renseignements, des migrations … et pour finir Louis Michel. Eh oui l’homme est à Kinshasa chaque deux semaines et jouit d’un cortège digne de noko (oncle).

Gare donc aux chauffeurs distraits. Il faut ici avoir l’ouie exercée et tous les autres sens en alerte maximale quand on roule sur les grandes artères de Kinshasa, pour libérer la chaussée  à chacun des passages des bonzes de la transition. Sinon, on se fait surprendre et on pique une crise d’hypertension. Parfois on s’en sort même avec des coups de matraque pour avoir eu l’outrecuidance d’avoir emprunté la chaussée au même moment qu’une de leurs excellences.

Je veux quand même savoir qui est cette autorité-ci. ‘‘C’est Malu Malu’’, me répond Grâce. Ah bon, le bon abbé a aussi son cortège ! Une jeep s’est présentée, Grâce m’a invité en vain à la suivre. Je suis plutôt resté bouche béé, accompagnant du regard le cortège du bon abbé qui disparaît au loin.   

Grâce me fait au revoir de la main et la jeep démarre. A 19h20’, soit deux heures après mon arrivée à l’arrêt, une voiture personnelle BMW série 3 s’arrête à quelques mètres de moi. Je cours de toutes mes longues jambes et réussit à prendre place à bord, sur le siège passager avant, avec Jeff, un ami qui travaille à la très respectable MONUC. Mes genoux coincent contre le coffre à gant de

la BMW

à cause de mes longues jambes, tandis que mon dos qui ne s’est appuyé que contre le bord du siège me fait atrocement mal. J’arrive sur Super Lemba avec des crampes dans les cuisses et les mollets, et des douleurs sur tout le corps.

Nous réglons la course à ce gentil monsieur qui rigole un coup : ‘‘Si au parlement ils étaient aussi compréhensifs entre eux , tout le monde serait content, non ?’’. Nous rigolons avec lui. Je me dirige boitillant vers un autre arrêt pour prendre un autre taxi. J’en trouve un moins péniblement qu’au centre-ville.

RDC, Eloko ya Makasi !

Une fois dans le taxi, mon téléphone sonne. C’est Marc qui appelle de Londres. Il suit le match aller de la ligue des champions de football Motema Pembe-SFaxien, sur une chaîne tunisienne qu’il a réussie à capter. Il est tout heureux ce bon Marc. Et pour cause, les tunisiens, qui étaient menés 1-0 par les Congolais, ne viennent d’égaliser que maintenant, à la 80ème minute. J’aurais dû accepter de parier 100 $ avec mon collègue André qui ne donnait aucune chance au club kinois. Il y a des jours où je suis très content d’être congolais. 

Quand ces politiciens de dimanche qui ne sont même pas foutus d’organiser un service aussi primaire que le transport public, il y a toujours ces anges immaculées pour nous rappeler que bien qu’enfants de l’adversité, nous congolais sommes absolument increvables. Nous saurons toujours, même dans les pires des situations, tout obstacle braver et tout défit relever tout simplement parce que … RDC, eloko ya makasi ! (RDC, c’est du solide).

Ts5020093ony Katombe

Posté par congomania à 13:17 - Commentaires [2] - Rétroliens [1] - Permalien [#]
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