24 mai 2006
Quand Monsengwo libère La Libre
Dans l’opinion congolaise, la presse belge (La Libre Belgique, Le Soir, La Dernière Heure,…) a perdu toute sa crédibilité. Et pour cause, plutôt que de rapporter une information politique objective basée sur les faits tels qu’ils se déroulent par rapport au cheminement de la transition et du processus électoral, la presse belge s’est carrément transformée en caisse de résonance parfaite et fidèle des vues du très bouillant et remuant Louis Miche, commissaire européen au développement et à l’action humanitaire, qui entend organiser ses élections, à sa guise, dans le Congo de son arrière-grand-père Léopold II.
Dans la rue, à Kinshasa, lorsqu’il est posé aux congolais la question de savoir qui dirige le pays, univoque, la réponse tombe : ‘‘Louis Michel’’. Comment s’en étonner lorsque l’arrière petit-fils de Léopold II de très triste mémoire se prononce à chaque étape du processus et réussit toujours à faire prévaloir ses thèses ?
N’a-t-il pas eu le culot de dire que le Congo pouvait aller aux élections avec 15 millions d’électeurs et qu’il serait l’homme le plus heureux du monde ? N’a-t-il pas décidé que le référendum devrait être organisé coûte que coûte avant fin décembre 2005, excluant ainsi les congolais des contrées où la CEI n’avait pas encore déployé ses kits ? Alors que le CIAT, pas plus loin que mi-février de cette année, excluait toute possibilité de proroger la transition au-delà du 30 juin 2006, Michel n’a-t-il pas déclaré qu’une prolongation de quelques jours n’était pas si mauvaise que ça ? Quand la délégation du conseil de sécurité de l’ONU, le CIAT et la CEI lèvent l’option d’inclure l’UDPS du Docteur Tshisekedi par la réouverture des bureaux pour l’enregistrement des militants du parti de Limete, Michel ne tranche-t-il pas que c’est se moquer du monde ?
Et la presse belge s’est alignée fidèlement sur les prises de position de Michel en se livrant à une véritable campagne de diabolisation de Tshisekedi et de l’UDPS. Un jour ne se passe sans que le Sphinx de Limete soit présenté comme fini, dépassé, vieilli, intransigeant, tribaliste,… et seulement peu ou prou dit sur celui que Michel, porte sans s’en cacher à bout des bras, comme l’homme providentiel dont le Congo aurait besoin.
Ayant tous les moyens possibles et le bonheur d’évoluer dans un environnement démocratique propice à un exercice journalistique dans les règles de l’art, la presse belge, totalement prise en otage, de l’avis des Congolais, semble plutôt préférer se faire juste le relais de celui qui veut récupérer le comptoir colonial de son arrière-grand-père, en y plaçant un ‘‘kapita médaillé’’ plus accommodant.
Cette presse ne se demande même pas pourquoi celui qui, flambard à Kinshasa, Mbuji Mayi, Lubumbashi,…donne de la voix en politique, devient subitement aphone et invisible à Kamituga, Ankoro, Bunia, …. quand il s’agit de l’humanitaire. On croirait que l’homme fait écrire les journaux belges sous sa dictée.
Jeudi 18 mai 2006, à l’IFASIC (Institut Facultaire des Sciences de l’Information et de la Communication), et durant tout son récent séjour à Kinshasa, la très controversée journaliste du Soir, Mme Colette Braeckman, venue entretenir les journalistes Congolais sur le traitement de l’information politique en période électorale, a plutôt préféré entretenir l’assistance sur l’histoire politique du Congo. Les questions sur le traitement de l’information proprement dite, de même que celle de savoir pourquoi ‘‘la spécialiste’’ du Congo se déplaçait sous bonne garde à bord d’un véhicule diplomatique de l’Ambassade de Belgique, n’ont reçu que des réponses des plus évasives.
Vendredi 19 mai 2006, dans son journal télévisé du soir, visiblement ulcérée par tant de ridicule, Nancy Odia, la très excellente directrice info de Congoweb TV, rapporte ‘‘que la presse congolaise s’est vue donner des leçons de journalisme par Mme Colette Braeckman qui serait avec ses collègues de la presse belge des modèles dans le traitement objectif de l’information’’.
Une information, souvent, ne vaut que ce que vaut la source. Et la presse belge ayant bu à la mauvaise source, une source affairiste, n’a pu que se discréditer aux yeux des observateurs congolais par la partialité du traitement de l’information sur le Congo. Il a juste fallu à La Libre de se défaire une fois de sa source et de boire à la bonne source du Mgr Monsengwo pour se libérer et produire un papier journalistique, même si la conclusion a tout l’air de sortir d’une officine PPRD.
Compréhensif comme personne, le congolais reconnaît à la Libre son droit à la perfectibilité et l’attend, par exemple, dans un travail d’investigation sur les allégations d’implication de Michel dans les affaires minières illicites au Kasaï et au Katanga. A coup sûr, ça lui ferait récupérer l’estime des congolais qui ne s’est fait que s’effriter chaque jour au point que beaucoup, surtout dans la diaspora, n’hésitent plus à la traiter de … chiffon.
Ci-après, l’article de La Libre Belgique produit, après l’interview, également ci-dessous, lui accordée par Mgr Monsengwo.
Anthony Katombe
CONGO - ELECTIONS
Elections: la tension croît
Marie-France Cros
Mis en ligne le 22/05/2006
Le climat optimiste du début 2006 a fait place à une hausse des tensions. Les exclus du processus poussent à la xénophobie. L'importance du rôle de la communauté internationale fournit une «justification» à celle-ci.
Le climat optimiste qui prévalait début 2006 a fait place, ces derniers mois, à une aggravation des tensions au Congo-Kinshasa, en particulier depuis que la date des législatives et du premier tour des présidentielles - scrutins attendus depuis une quarantaine d'années et d'abord prévus pour avril - a, une nouvelle fois, été reculée.
En cause: les retards pris dans l'organisation des élections. Volontairement, par ceux qui occupent des postes publics aujourd'hui et veulent s'y maintenir le plus longtemps possible pour avoir accès aux prébendes qu'ils permettent; involontairement, parce que le pays est immense, appauvri et que ses citoyens, «clochardisés» par des décennies de mauvaise gouvernance, ne font guère confiance à leurs dirigeants.
Nous avons interrogé à ce sujet Mgr Laurent Monsengwo, archevêque de Kisangani, président de la conférence épiscopale du Congo et ancien président du premier Parlement de transition, sous Mobutu - fonction qui ajoute une expérience politique à sa stature morale.
Or le prélat s'oppose aux positions adoptées par les gouvernements amis du Congo sur deux points. Il estime indispensable qu'un «dialogue» réunisse politiques et société civile du Congo pour établir un consensus sur le prolongement de la transition que suppose le nouveau délai imposé aux élections. Selon l'accord de paix et la constitution de transition, celle-ci devait finir, au plus tard, le 30 juin 2006. Les autorités congolaises et la Commission électorale indépendante (CEI) estiment que la constitution de la 3 éme république, adoptée par référendum en décembre 2005, prolonge la transition jusqu'à la mise en place des nouvelles autorités élues. Mgr Monsengwo, qui cite «des constitutionnalistes», récuse cette position. Quoi qu'il en soit, les Congolais n'ont, en tout cas, pas suivi le raisonnement de la CEI et considèrent qu'elle a pris unilatéralement et illégalement sa décision.
Autre point sur lequel Mgr Monsengwo prend le contre-pied du processus en cours: l'UDPS, le parti d'opposition d'Etienne Tshisekedi, doit participer au processus électoral, juge-t-il. Ce parti a boycotté ce dernier, avant de poser, pour y participer, des conditions dont certaines ont été rejetées par la CEI.
Plus généralement, on assiste à une montée de la xénophobie. Pour récuser certains candidats, accusés de ne pas être Congolais. Par rancoeur devant la puissance de la communauté internationale, qui finance les élections et intervient sur la conduite du processus. Pour saboter des élections et maintenir le statu quo profitable à certains.
© La Libre Belgique 2006
Le risque: «préparer des turbulences»
«Si l'on n'y prend garde, nous risquons de préparer des turbulences», avertit Mgr Monsengwo. Il répond aux questions sur ses ambitions politiques.
Le président de la CEI, l'abbé Malu Malu, a annoncé le report des élections au 30 juillet. Vous vous êtes prononcé contre. Pourquoi?
La position que j'ai prise au nom de tout l'épiscopat se fonde sur l'histoire du Congo. En 1960, les textes semblaient donner raison au président Kasa-Vubu pour qu'il révoque Lumumba. Cela a été fait et la communauté internationale était d'accord. Il se fait que Lumumba avait la majorité au Parlement. Et donc, nous avons commis un impair de nature constitutionnelle: dans la constitution, c'est celui qui a la majorité au Parlement qui aurait dû être le Premier ministre. Cela a créé une confusion qui nous a menés à différentes rébellions. Nous avons connu un autre cas en 1965, quand le parti de Moïse Tshombé a gagné les élections. Au lieu de nommer celui-ci, on a commis une nouvelle maladresse de nature constitutionnelle en nommant M. Kimba; aucun des gouvernements Kimba n'est passé devant la chambre. Cela a mené à 32 ans de dictature.
Aujourd'hui, nous risquons de commettre encore un impair. La Constitution de la transition dit que celle-ci dure 24 mois, à compter de la formation du gouvernement de transition et prend fin avec l'investiture du président de la république, élu à l'issue des élections marquant la fin de la période transitoire. Une prolongation de deux fois six mois était prévue «en raison de problèmes spécifiques liés à l'organisation des élections». La transition a été prolongée de deux fois six mois, restant entendu qu'elle s'arrête au 30 juin 2006. A ce moment-là, est intervenue la constitution de la 3 éme république. Celle-ci, en son article 222, dit: «Les institutions politiques de la transition restent en fonction jusqu'à l'installation effective des institutions correspondantes prévues par la présente constitution et exercent leurs attributions conformément à la constitution de la transition». J'ai interrogé des constitutionnalistes. Cet article 222 auquel les gens recourent pour re-proroger la transition, ne parle pas de la durée de celle-ci - elle est déjà définie dans la constitution de transition - et donne le primat à la constitution de transition sur la constitution de la 3 éme république puisqu'ils continuent à gérer le pays conformément à la constitution de transition. Et là, les annales du Parlement, nous viennent en aide, qui précisent: "Cet article concerne le temps qui court entre l'élection du Président et les institutions jusqu'à la fin de la transition». Cela concerne le temps entre l'élection et l'entrée en fonction, durant lequel il doit y avoir la prestation de serment du Président et la validation des mandats des parlementaires. Et donc, le 30 juin 2006, la transition est terminée.
Il faut donc - pour calmer les esprits - que la classe politique et la société civile en discutent, dialoguent. On n'a pas besoin de beaucoup de jours pour que, sur rapport du président de la CEI, on puisse décider. S'il dit qu'il faut deux mois pour tout finaliser et que les gens pensent que c'est crédible, ils vont le lui accorder. Mais il faut qu'il y ait un consensus, avec un acte formel de la classe politique et de la société civile pour arriver à s'entendre sur l'après-30 juin. Personne ne le peut le faire tout seul, unilatéralement. Nous alertons l'opinion car, si l'on n'y prend garde, nous risquons de préparer des turbulences.
Certains diplomates disent que l'Eglise joue un jeu dangereux en laissant croire qu'on peut encore retarder le processus.
La position de la conférence épiscopale est la suivante. Notre option fondamentale est que la conquête du pouvoir se fait par les urnes. De plus, on a tellement investi en moyens matériels, en moyens humains pour faire réussir les élections, qu'il serait bête de rater le coche parce qu'on veut se précipiter alors que tout n'est pas prêt. Enfin, nous, nous vivons avec le peuple; nous allons jusqu'au fin fond du pays, ce que ne font pas les hommes politiques. Nous ne voulons pas qu'on rate la mise en place d'hommes capables de bien gérer le pays - parce que nous ne pouvons pas continuer tel qu'on le fait.
Vous parlez de la nécessité d'un consensus. Or, un des plus anciens partis politiques, l'UDPS d'Etienne Tshisekedi, ne participe pas aux élections. Faut-il s'en contenter?
Dans l'histoire de notre pays, jamais on n'a résolu un problème politique par l'exclusion. Jamais. L'exclusion a toujours entraîné des rébellions. En outre, tout le monde vient à Kinshasa prêcher l'inclusivité - l'Onu, des Européens, des ministres belges... Tirons-en les conséquences! L'inclusivité, c'est que Tshisekedi et les autres soient là.
Est-ce qu'en soulignant qu'étant un des partis les plus importants, l'UDPS devait être incluse, on ne lui a pas donné un instrument de chantage sur le processus?
Je ne pense pas que l'UDPS le considère comme un élément de chantage. Ils pensent que les jeux étaient faits à l'avance et que, donc, ça ne servait à rien d'aller aux élections. L'abbé Malu Malu, qui sert-il? La population? Kabila, comme le disent ses détracteurs? L'Eglise?
Pour moi, l'abbé Malu Malu est un prêtre. Nous devons donc le protéger contre tous les dangers éventuels, physiques et moraux, et contre toute pression. Nous lui avons dit qu'il doit faire son travail dans un cadre purement technique et de laisser le politique aux politiciens. Il n'est pas toujours compris, mais nous voulons le protéger. C'est pour cela que nous prenons certaines positions que lui ne peut pas prendre.
Vos critiques contre l'abbé Malu Malu ont été interprétées par certains comme un geste de dépit de votre part. Avez-vous encore des ambitions politiques?
Si j'avais une ambition politique, j'aurais posé ma candidature aux présidentielles. Il y avait 4 millions de signatures, à Kinshasa, sur une pétition dans ce sens adressée au Saint-Siège mais je leur ai dit que c'était peine perdue parce que je n'ai aucune intention de m'occuper de politique. Ma mission est ailleurs. On ne quitte pas un état de vie pour une fonction éphémère.
© La Libre Belgique 2006
