28 juin 2006
Galvaudage lexical : le nouveau filon congolais (Fin)
Les politiciens congolais réunis à Sun City, Afrique du Sud, ont assigné aux élections à venir, à travers l’Accord Global et Inclusif (AGI), les fonctions de résolution de la question de la légitimité du pouvoir et de réalisation de la réconciliation nationale. Aussi peut-on comprendre que ceux qui portent la responsabilité de la mort de plus de 4.000.000 des congolais et du pillage de plus de 20.000.000.000 des dollars américains, de 1996 à nos jours, aient été tolérés par le peuple, non seulement pour gérer le pouvoir politique pendant la transition, mais aussi pour avoir la possibilité de solliciter son suffrage à l’issue de celle-ci.
Seulement voilà, alors que ceux qui devraient normalement être en prison après avoir répondu de ces actes innommables ont été accepté pour gérer le pouvoir d’état et concourir au suffrage, tout a été mis en place par certains commissaires européens, certains ministres belges et certains hauts fonctionnaires de l’ONU, en instrumentalisant leurs pions à Kinshasa, pour écarter, dans un premier temps, de la gestion du pouvoir pendant la transition, et ensuite du processus électoral pourtant voulu inclusif pour résoudre la question de la légitimité du pouvoir et sceller la réconciliation nationale, l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), la principale force politique du pays.
Les puissants médias occidentaux ont été mis à contribution tout au long de cette mise à l’écart pour accréditer la thèse d’un soi-disant boycott de la part de l’UDPS, d’abord contre les institutions et ensuite contre le processus électoral, en prenant bien soin de ne rien dire sur les raisons pourtant plus que pertinentes avancées par la fille aînée de l’opposition congolaise pour justifier sa démarche.
Pour les Congolais, dont la longue transition a aiguisé le sens critique, l’UDPS et son président, le Docteur Tshisekedi, ont été mis à l’écart bien avant la tenue du dialogue national, sous l’instigation d’un certain commissaire européen, alors ministre belge des affaires étrangères. Aux yeux des congolais, ce monsieur passe pour le représentant d’une certaine communauté internationale maffieuse, qui, après avoir endeuillé et pillé le pays pendant dix longues années, n’en finit toujours pas de se payer la facture d’une guerre business injustement imposée au Congo.
La présence de Tshisekedi était donc à éviter à tous prix dans les institutions de la transition, et surtout dans le processus électoral. Et comme le mentor du 1+4 connaît ‘‘Le sphinx’’ légaliste, il a tout fait mettre en route par son poulain pour pousser l’homme de Limete à se cabrer.
Tenez, alors que l’Accord Global et Inclusif préconise le recensement comme première étape du processus électoral, la CEI l’a superbement ignoré et s’est lancé dans l’enrôlement des électeurs sur base des prévisions du cru du bon abbé Malu Malu, lesquelles prévisions créditent les régions prétendues favorables au président sortant de la plus grande densité, alors qu’elles ont connu des morts et des déplacements des populations.
Tenez encore, l’ordre de la tenue des élections décidé dans l’AGI est croissant, de la base au sommet, c’est-à-dire, des élections locales aux présidentielles. Mais la CEI, avec la bénédiction de son maître à penser, a unilatéralement décidé d’en inverser la séquence, pour, comme le soupçonne Monsieur Carlo de Filipi, Représentant de l’Union Européenne à Kinshasa, permettre au président sortant, présenté publiquement par Monsieur Michel comme une chance pour le Congo, d’en instrumentaliser la suite à sa guise.
Tenez toujours, le parti du Leader Maximo n’a été reconnu par le ministre PPRD de l’intérieur que la veille de la clôture de la période (prolongée) du dépôt des candidatures. Le parti du président sortant s’est livré à une provocation de bas étage en entretenant une confusion révoltante avec une certaine autre UDPS d’un de leur homme de paille qui a fini par les rejoindre, au grand jour.
Tenez enfin, la demande de l’UDPS pour la réouverture des bureaux d’enrôlement pour ses membres a essuyé un refus catégorique de la CEI qui a invoqué les contraintes de calendrier et de budget, les élections devant se tenir avant le 30 juin 2006. Michel qui dirige le Congo par procuration et qui ne se gêne jamais de prendre position sur le déroulement du processus électoral s’est permis de répondre que c’était se moquer du monde.
Seulement, on arrive au 30 juin sans élections promises et sans l’inclusion de l’UDPS. Mais les mentors et les dirigeants congolais ne parlent pas moins d’élections inclusives et ne professent pas moins en attendre la réconciliation nationale et la résolution de la question de la légitimité du pouvoir.
Le plus révoltant est que ces messieurs qui n’ont pas été foutus d’organiser les élections en 36 mois de transition, malgré un passage en force le 30 juin 2005, poussent maintenant l’arrogance jusqu’à définir la matière et le cadre des concertations politiques, là où ils devraient humblement expliquer au peuple pourquoi ni les élections, ni les autres objectifs de la transition définis par l’AGI n’ont pas été atteints à la fin de cette transition limitée par ce protocole au 30 juin 2006.
Après avoir pris en otage la transition de bout en bout, après avoir fait le chantage aux congolais aux moyens de leurs armes, eux qui ne représentent qu’eux-mêmes et leurs souteneurs occidentaux, voudraient tenir les concertations pour la sécurisation de leurs élections qui devraient se tenir absolument le 30 juillet 2006 et les reconduire au pouvoir.
Et cette UDPS qui n’a su faire prévaloir aucune de ses thèses parce que sans armée, irait aussi à ces fameuses concertations qui baliseront le chemin aux candidats présidents et députés pilleurs, violeurs et massacreurs afin qu’ils se succèdent à eux-mêmes ?
On peut toujours rêver et galvauder les termes tout son soul, mais disons clairement que de telles élections seront tout ce qu’on voudra mais jamais libres, ni démocratiques, ni transparentes, ni inclusives, et n’engageront que la maffia internationale et ses relais locaux qui y participeront. Et partant, elles ne résoudront rien du tout ni quant à la question de la légitimité du pouvoir, ni quant à la réconciliation nationale.
Il importe aujourd’hui, plus qu’hier, après ce patent échec des animateurs de la transition, de les placer devant une exigence de comptabilité et non pas de leur offrir à moindre coûts des concertations qui ne feront que leur donner une occasion de plus de se moquer de l’UDPS et du peuple. On ne peut se concerter que si après avoir cheminé dans une même vision et une même démarche, on se rend compte qu’on n’arrive pas aux résultats escomptés.
Peut-on raisonnablement soutenir que le 1+4 est resté dans la logique de la gestion de la transition et de l’organisation des élections telles que codifiées par l’AGI ? A moins qu’on se mette encore à galvauder comme on en a pris l’habitude dans ce pays qui n’en finit pas de foutre le camp, ces messieurs doivent tout simplement rendre le tablier et laisser la gestion du pays aux commissaires généraux de l’administration publique.
Les membres du PPRD racontent même à qui ne veut pas les entendre qu’il n’est pas question de prolonger la transition. Ils donnent l’impression d’être populaires et d’être pressés d’aller aux élections. Mais parce que les nouvelles institutions ne seront pas installées le 30 juin 2006, par la faute du 1+4 conduit par leur chef qu’on dit pourtant respecter les promesses, et parce que malgré leur galvaudage, la transition continuera jusqu’au remplacement de ce leadership de prédation, confier aux secrétaires généraux la gestion de la nouvelle transition allant du 30 juin à l’entrée en fonction des institutions issues des élections est le seul test de bonne foi qui tienne.
Cette mesure a l’avantage de dégager aux animateurs de la transition finissante du temps pour vaguer à leur campagne en toute liberté et de mettre les finances de la république à l’abris des ponctions mortelles.
Seulement après, des concertations pourront avoir un sens, car tout le monde viendra autour de la table sans titre ni fonction usurpés par la force après une transition des plus honteuses qu’un peuple ait jamais connue.
Anthony Katombe
Soutien aux manifestations pacifiques du 30 juin 2006 en RD Congo
Soutenez les manifestations pacifiques du 30 juin 2006 en RDCongo
Chers compatriotes de la diaspora,
La RDCongo n’est pas un bien sans maître, elle n’est pas à vendre.
La RDCongo appartient au peuple congolais.
La maffia occidentale qui pille nos richesses a pris tout le pays en otage.
Il n’est pas normal que nos richesses minières ne puissent pas profiter à notre population, qui est réduite à l’état de sous-homme. Il est insupportable qu’un président de la république gagne 450.000 dollars par mois au moment où la moyenne salariale de la fonction publique est de 5 dollars par mois. Il est absurde que notre pays soit dirigé par des criminels économiques qui ont volé 20 Milliards de dollars en 10 ans, et par des criminels des guerres qui ont torturé, violé et massacré près de 5.000.000 des compatriotes innocents de 1996 à 2006.
Nous ne voulons pas des élections au rabais, uniquement destinées à légitimer ces poly-criminels.
Les concertations politiques ne doivent pas se transformer en un marché des dupes qui aurait pour but inavoué de permettre aux acteurs du système maffieux 1+4=0 de passer en douceur le cap du 30 juin 2006, sans rendre des comptes à la population de la gestion du pays pendant ces trois ans de transition, sans inclure dans un nouveau processus électoral inclusif et crédible les forces du changement, les jeunes qui ont atteint l’âge de voter depuis le mois de juillet 2005, les déplacés des guerres, tous les vrais congolais qui souhaitent voter, ainsi que les Congolais de la diaspora.
Le 30 juin 2006 à minuit, c’est la fin légale de la transition en RDCongo ; Si aucun compromis politique n’est trouvé avant cette date butoir, tous les acteurs du système 1+4=0 devront démissionner sans condition. S’il y a un vide juridique le 01 juillet 2006, le peuple congolais seul propriétaire de ce pays a décidé de se prendre en charge afin de mettre de l’ordre dans sa maison; Ce sera aussi la fin de la mise sous-tutelle de manière illégale de notre pays par l’UE, le CIAT et l’ONU.
Il faut que les règles soient respectées par tout le monde, y compris les donneurs des leçons. L’Union européenne, le CIAT et l’ONU doivent cesser de prendre tous les Congolais pour des naïfs ou des idiots. Le libéral francophone belge Monsieur Louis Michel, le prolixe Commissaire européen, qui se vante d’organiser, de financer et de sécuriser les élections en RDCongo, s’est permis de déclarer avec arrogance le dimanche 18 juin 2006 sur le plateau de la chaîne de télévision belge RTL-Tvi, que le candidat à la présidence de la république Joseph Kabila est « l’espoir» pour la RDCongo !!! L’Union européenne est de ce fait juge et partie. Le processus électoral actuel n’est donc plus du tout crédibles aux yeux du peuple congolais.
Etant donné que les organisateurs de ces élections ont déjà choisi leur candidat à la présidence de la république, si aucun compromis n’est trouvé pour résoudre ce problème de partialité de la Commission européenne, le peuple congolais souverain primaire a décidé de dessaisir l’UE, le CIAT et l’ONU du dossier électoral en RDCongo, et d’annihiler toutes les prérogatives que l’accord global et inclusif leur avait conférées ; Et, dans ce cas, le peuple congolais s’engage à rembourser jusqu’au dernier dollar, toutes les dépenses justifiées et liées à l’organisation de ces élections viciées.
Nous sommes capables de continuer l’organisation de ce processus électoral en le rendant plus juste, inclusif, démocratique et transparent, grâce à nos propres moyens humains et financiers en responsabilisant toutes les communes de nos provinces dans l’organisation des différents scrutins électoraux; Et, si nécessaire avec l’aide des nouveaux partenaires moins mercantiles et moins envahissants que nous aurons choisi nous-même.
Chers Compatriotes, pour faire face aux conséquences des dérapages qui peuvent survenir lors des manifestations pacifiques mais déterminées du 30 juin 2006 à Kinshasa et dans toutes les provinces, les organisateurs de ces manifestations lancent un appel à tous les Congolais et aux Amis des Congolais afin qu’ils apportent une aide financière minime soit-elle, pour nous permettre de faire face aux coûts liés aux soins médicaux à apporter aux victimes éventuelles de cette lutte finale qui mettra fin aux pillages sauvages des nos richesses minières, et qui va sortir notre pays la RDCongo de la colonisation qui dure depuis 1880.
Le rêve de Simon Kimbangu, de Patrice -Emery Lumumba, d’Etienne Tshisekedi et de tous nos héros nationaux connus et inconnus, vivants et décédés dans l’anonymat, sera enfin réaliser grâce à nous tous.
La diaspora congolaise nourrit la population de la RDCongo moyennant une contribution informelle d’environs 15 Milliards de dollars par an, c’est bien-elle qui doit décider ensemble avec les forces de changement, du devenir de notre pays ; Notre diaspora doit très clairement signifier cette réalité à l’UE, au CIAT et à l’ONU.
« EZALI LIKAMBO YA MABELE »
Déroulement de l’opération en mode d’urgence :
Par souci de transparence et pour éviter les abus, seules les personnes de contact citées ci-bas sont autorisées à récolter les fonds. Pour chaque Euro ou dollar versé, un accusé de réception sera délivré en bonne et due forme. Nous tenons à vous rappeler que les dons sont déductibles d’impôts sous certaines conditions.
Toutes les suggestions concernant cette initiative sont les bienvenues. A ceux qui vont contribuer financièrement, un feed-back leur sera fait à temps opportun. Si malheureusement quelqu’un n’a pas confiance ou s’il ne croit pas à cette cause commune, il lui est loisible de s’abstenir de toute participation afin de ne pas distraire nos combattants de la liberté.
Nous sommes très déterminés d’en finir une bonne fois avec cette abomination qui nous est imposée.
C’est ici sur le terrain que tout va passer.
Merci d’avance.
Que Dieu bénisse la RDCongo.
Fait à Kinshasa, le 24 juin 2006.
Pour le comité d’organisation
§ Monsieur Raoul Nsolwa
Tél : 00.243.81.811.30.09 /e-mail : raoulnsolwa@yahoo.fr
Les personnes de contact
pour toute la diaspora congolaise sont :
§ Désiré Katompa Tél: 00.32.474.81.40.01
e-mail: desirekatompa@gmail.com
§ Benjamin Kalombo Tél: 00.32.484.92.58.36
e-mail: kalombobs@yahoo.fr
26 juin 2006
Le Katanga vu par Le Monde
Décidement, "Le Monde" s'est décidé à se désolidariser de la tendance dominante dans la presse occidentale consistant à rendre l'actualité du Congo sous la dictée des hauts commissaires européens, des ministres belges et des membres du gouvernement congolais trop intéressés pour permettre le traitement objectif de l'information.
"Le Monde", plutôt que d'écrire à partir de ses bureaux lambrissés de Paris, a fait le déplacement du Katanga. Ce qui a donné lieu à l'article ci-dessous basé, ainsi que devrait l'être tout information d'une presse digne de ce nom, sur les faits vus et palpés.
Nous avons écrit et réécrit que la Gécamines se faisait bazarder par petits morceaux et que le Katanga se mourrait, victime de la prédation éhontée du pouvoir de Kinshasa. Des journeaux européens à gros tirage nous ont contredit et traités d'alarmistes, de xénophobes.
Heureusement encore une fois de plus, le Monde regarde le Katanga avec les yeux désintéressés du professionnel de l'info et n'y voit pas le contraire de ce que nous ne cessons de dénoncer. Toute notre reconnaissance à l'excellent JP Turquoi, qui à l'instar de F. Ferrela de la VOA, nous rassurent que les dollars des politiciens euopéens et congolais ne peuvent pas acheter toute la presse.
Tony Katombe
Razzia sur le trésor du Katanga
LE MONDE | 10.06.06 | 14h06 • Mis à jour le
10.06.06 | 14h06
Le président rêve. Derrière les portes capitonnées de son bureau à Lubumbashi, la capitale de la province du Katanga, au sud de la République démocratique du Congo (RDC), Jean Assumani rêve d'une résurrection. Celle de la Gécamines , le groupe minier qui fit les beaux jours du Zaïre du président Mobutu et dont il est le nouveau patron. "
Les mots ne trompent personne. La Gécamines n'est plus que le fantôme pathétique d'une histoire révolue. Symbole dans les années 1970 d'une Afrique résolue à secouer la tutelle économique de l'ancien colonisateur, elle est aujourd'hui à l'agonie, victime d'un Etat prédateur et de firmes étrangères rapaces. "Le pillage des ressources minières du pays est systématique. Rien n'est fait pour y mettre fin", dénonce le chef de l'Eglise catholique, le cardinal Nicolas Etsou. L'ONU, les ONG internationales, le Parlement congolais peuvent bien publier des rapports alarmants - le dernier il y a quelques semaines -, l'heure est au partage des dépouilles. Et quelles dépouilles : entreprise publique, la Gécamines est assise sur 30 % des réserves mondiales de cobalt, 10 % de celles de cuivre ! Elle possède du zinc à ne plus savoir qu'en faire... La table est servie. Dotés d'un solide appétit les convives se sont invités au festin.
Le gâchis est saisissant. Il s'étale à la sortie de Lumumbashi, où une immense usine de raffinage meurt à petit feu. Des volutes de fumée ne s'échappent plus par intermittence que d'un seul des huit fourneaux pris dans un enchevêtrement de poutrelles métalliques rouillées. Un peu à l'écart, éparpillés dans un décor de ruine industrielle, des parents d'anciens de la Gécamines s'échinent dès l'aube à détacher à grands coups de marteau les résidus de cuivre accrochés aux débris épars d'anciens fours. De temps en temps, des gardes viennent les disperser. Qu'ils tournent le dos et l'étrange manège reprend jusqu'à la tombée du jour.
L'échec, on l'observe en survolant Kolwezi, l'autre grande cité du Katanga, où les mines à ciel ouvert - cuivre et cobalt -, faute d'entretien, sont devenues des lacs naturels. Pour remettre en service les installations, il faudrait des millions de dollars. Pour donner la mesure du sinistre, rappelons que la Gécamines employait jadis près de 30 000 salariés et qu'elle peine aujourd'hui à en rémunérer 12 000. "On pourrait faire avec 3 000", confie Jean Assumani. Les finances s'en porteraient d'autant mieux que l'entreprise n'a plus de fonds propres depuis des années. Elle croule sous une dette abyssale et affiche une perte équivalente aux deux tiers de son chiffre d'affaires.
La Gécamines ne vaut plus que par son portefeuille minier. Lorsqu'il est arrivé au pouvoir après avoir chassé le maréchal Mobutu, Laurent-Désiré Kabila en avait offert les plus beaux morceaux au Zimbabwe pour services militaires rendus dans la guerre contre le Rwanda. Le président assassiné, son fils, actuel chef de l'Etat, a changé de partenaires mais pas de politique. Poussé par la Banque mondiale, Joseph Kabila a laissé mourir une Gécamines exsangue et confié à des partenaires souvent étrangers des dizaines de mines du groupe public. Le résultat ne s'est pas fait attendre. Dans le sud du Katanga, des pelleteuses ont refait leur apparition dans des carrières béantes et des usines flambant neuves sortent de terre à l'ombre des friches de la Gécamines. A l'heure où les cours des métaux flambent, même les anciens terrils trouvent preneurs parce qu'ils contiennent des débris de cuivre, de cobalt et de zinc écupérables après passage dans un haut-fourneau.
Les chiffres de production ne reflètent pas encore le changement. D'ici quatre ou cinq ans, le Katanga - une province de la taille de la France – aura retrouvé les niveaux records de production de cuivre ou de cobalt des années 1980. Le problème vient de ce que la relance s'effectue dans un environnement opaque. "Ici, c'est le Far West, un pays de pionniers, résume un industriel sous couvert d'anonymat. Des entrepreneurs asiatiques, européens, nord-américains ou congolais débarquent et se servent avec la complicité des autorités." Il n'y a plus de règles qui s'imposent. Tout s'achète, tout se vend.
Une enquête du Parlement congolais réalisée fin 2005 avec le soutien de la Banque mondiale raconte par le menu le pillage organisé des richesses minières. D'une grande rigueur, le document est édifiant. Dans la partie consacrée au Katanga, il dénonce, exemples à l'appui, les "entreprises nébuleuses" à l'actionnariat obscur, les "exonérations fiscales, douanières et parafiscales accordées de façon exagérée pour des longues périodes allant de quinze à trente ans (...) sans tenir compte de l'importance réelle de l'investissement" ; les "dirigeants politiques au sommet de l'Etat (qui) interviennent dans l'ombre par le jeu du trafic d'influence et par des ordres intempestifs donnés aux négociateurs ou aux signataires des contrats" ; la puissance publique, qui accorde des permis d'exploitation "sans qu'aucune disposition de contrôle des installations ait été prise au préalable".
Personne n'a contesté la teneur de ce document, condamné à moisir au Parlement si un anonyme ne l'avait publié sur Internet. Depuis, d'autres rapports ont vu le jour qui éclairent une face nouvelle de la ruée vers le Katanga. Une firme étrangère, dont les actionnaires sont impossibles à identifier, la Somika, se voit reprocher d'avoir installé "son unité de traitement de minerais (grande consommatrice d'acide> au-dessus de la nappe aquifère qui alimente Lubumbashi", deuxième ville du Congo. "Impossible de dire ce que sera la qualité de l'eau dans deux ou trois ans", précise le directeur d'un centre médical, le docteur Charles de Baecker.
Anvil Mining, compagnie minière australienne cotée en Bourse, est, elle, accusée d'avoir, en octobre 2004, mis ses moyens de transport (camions et avions) à la disposition de l'armée congolaise pour aller reprendre une petite ville brièvement occupée par un groupuscule armé. L'affaire serait passée inaperçue si les forces congolaises ne s'étaient rendues coupables d'exactions dans la bourgade. Une
équipe de télévision australienne qui a enquêté sur place évalue à une centaine le nombre de civils froidement abattus par l'armée. Des poursuites à l'encontre d'Anvil Mining pour "complicité" sont à l'étude.
Le cas de la société indienne Chemaf illustre un autre aspect du pillage. Bénéficiaire d'une concession minière à la périphérie de Lubumbashi, la firme s'était engagée, selon le rapport parlementaire, à "apporter des investissements pour une exploitation industrielle". Dans les faits, elle s'adonnerait "illégalement à l'exploitation artisanale". Une visite sur place, à la mine de l'Etoile, concédée à Chemaf pour une bouchée de pain, le confirme. Ici, pas de cuvette savamment dessinée en demi-lune, pas de pelle mécanique en action, juste une colline noirâtre piquetée de milliers de trous autour desquels s'agite une armée d'artisans mineurs. A coup de pelles, on creuse, on s'enfonce sans le moindre étayage jusqu'à 15 ou 20 mètres de profondeur dans un sol gorgé de cuivre et de cobalt. Des sacs ressortent des puits et seront vendus à l'entreprise concessionnaire avant de partir vers la lointaine Asie via l'Afrique du Sud ou la Tanzanie. Le volume des exportations est un mystère qui profite à des firmes sans scrupule et plombe les finances publiques. En comparant les chiffres des exportations minières de RDC en direction de la Chine, une association congolaise, la Ligue contre la corruption et la fraude, a découvert qu'ils variaient de 1 à 10 selon qu'ils émanaient de Kinshasa ou de Pékin.
Autrement dit, la Chine importe de RDC dix fois plus de cuivre et de cobalt que n'indiquent les statistiques officielles fournies par Kinshasa. "Des millions de dollars de recettes (...) sont perdus chaque mois", conclut l'association. De ce naufrage où a sombré la Gécamines , Lubumbashi est miraculeusement sortie indemne. La ville à la beauté surannée a su s'adapter aux temps nouveaux. Sous le régime de Mobutu, elle vivait aux crochets de l'entreprise, qui finançait écoles et hôpitaux. C'est toujours vrai, sauf que Lubumbashi a changé de parrain. Le nouveau s'appelle Georges Forrest. Né au Congo mais de nationalité belge, ce sexagénaire aussi discret qu'influent est à la tête du premier groupe privé de la RDC. Avant la faillite de la Gécamines, la maison Forrest était puissante. La déconfiture du groupe minier a permis d'agrandir l'empire familial. Lubumbashi en profite sans états d'âme. On enseigne dans les écoles Georges Forrest. On se soigne dans les centres de santé orrest. L'équipe locale de football porte ses couleurs. Il subventionne le musée local et porte à bout de bras un centre culturel. La Gécamines est morte. La culture maison demeure.
Jean-Pierre Tuquoi (Lubumbashi, envoyé spécial)
Article paru dans l'édition du 11.06.06
20 juin 2006
Galvaudage lexical : le nouveau filon congolais (Suite).
Nous poursuivons l’étude du galvaudage lexical, ce nouveau filon congolais qui consiste à altérer le sens des mots, d’en abuser, de les utiliser dans un contexte tout à fait inapproprié, en dénigrant les adversaires politiques et ou économiques, et en cirant les pompes des dirigeants congolais, pour en contrepartie se remplir les poches de billets de banque ou se faire signer toutes sortes de contrats, ou alors se faire payer la facture de la guerre injuste imposée au Congo de 1996 à nos jours.
Dans la première partie de cette étude, nous avons soutenu que la grande partie de galvaudeurs se recrute parmi le personnel diplomatique de l’occident, auquel il faut ajouter les hauts fonctionnaires de l’ONU.
Tenez, les diplomates occidentaux et les hauts fonctionnaires de l’ONU dont on ne compte plus les va et vient à Kinshasa, nous rabattent les oreilles tout le temps avec leur phrase fétiche : ‘‘Les Congolais vont maintenant organiser pour la première fois de leur histoire les élections libres, démocratiques, transparentes, crédibles, et inclusives’’. Nos enfants qui sont à l’école primaire et qui ont appris que le Congo a organisé ses premières élections en 1960, élections qui ont fait de Lumumba le premier Premier Ministre et de Kasavubu le premier Président du pays, ne comprennent rien à ce que racontent, pince sans rire, ces messieurs en veste et cravate. Nos enfants se souviennent aussi que le Congo a encore organisé des élections tout ce qu’il y a de plus démocratiques en 1964, élections qui virent la victoire de la coalition de Moïse Tshombe.
Ils parlent d’élections libres alors que les journalistes se font arrêter et bastonner comme des malfrats et que des chaînes de télévision se font suspendre à tour de bras, à chaque fois qu’est abordée une question qui fâche un certain candidat que tout l’occident officiel chouchoute comme la prunelle de leurs yeux. L’illustration la plus révoltante est la Radio-Télé Message
Ils parlent d’élections libres alors que leurs protégés à Kinshasa arrêtent les opposants quand ça leur chante et les mettent en résidence surveillée quand ils se réveillent du pied gauche. Ils parlent d’élections libres tout en nous imposant des sujets de campagne. Ils ne voudraient pas qu’après deux agressions étrangères des pays limitrophes dont ils se sont servis pour nous démembrer, après que nous ayons eu des ministres, des officiers généraux étrangers ruandais, ougandais, burundais, nous ne puissions pas questionner la nationalité du personnel politique qui courtise notre suffrage. Ils nous obligent à focaliser notre campagne sur l’idéologie politique, le projet de société, le programme de gouvernement, la bonne gouvernance, tout en restreignant notre choix entre ceux qui ont plongé ce pays dans le gouffre sous Mobutu et ceux dont ils se sont servis pour l’endeuiller et le piller de manière inconsidérée et inégalée dans l’histoire de l’humanité.
Ils parlent d’élections démocratiques sans que le peuple qui est appelé à voter soit recensé et identifié scientifiquement comme cela ce fait ailleurs. Ils impressionnent leur opinion publique avec le chiffre de 25 millions d’enrôlés, sans leur dire le nombre d’étrangers – plus de 50.000 – qui se sont fait enrôler dans la seule ville de Kinshasa et le nombre des congolais sur toute l’étendue du pays. Quand ils parlent du référendum du 18 décembre 2005, ils se félicitent d’une participation massive et oublient de préciser à leur opinion publique que 10.000.000 des congolais sur le 25.000.000 enrôlés ont préféré rester chez eux, et que plus de 2.000.000 ont voté contre la constitution qui leur était proposée, alors que Tonton Loulou et la très généreuse Union Européenne leur offraient la perspective de participer aux premières élections de leur vie.
Ils parlent d’élections transparentes et crédibles alors que Carlo de Filipi, relaie dans son rapport du 30 mai 2006, la conviction des congolais selon laquelle ces élections ne sont qu’une formalité, les diplomates occidentaux et les ministres belges en particulier, montrant sans s’en cacher le candidat sur lequel ils ont déjà jeté leur dévolu.
En ce moment même, dans les coulisses de la grande conférence sur les droits de l’homme à Genève, les collaborateurs de Annan ne prédisent-ils pas déjà, devant des Congolais pantois, la victoire du candidat Kabila ? Quand la brochette d’opposants, dont un représentant du fameux groupe de pression Bana Congo, leur rétorquent que ‘‘c'est le peuple qui va décider...Or le peuple ne veut pas automatiquement de Joseph...’’, ils rigolent et disent que ‘‘tout est déjà décidé comme en Irak et au Togo...On va laisser les gens aller voter, mais le résultat qui sera annoncé est bien Joseph gagnant...’’ Leur seul souci est qu'il y ait des troubles après les élections à cause de Bemba et Ruberwa car ‘‘ces deux-là ne voudront pas rentrer bredouille dans leurs bases- arrière...’’ Mais la situation est dite sous contrôle car ‘‘les soldats qui débarquent en ce moment sont là pour mater les deux vice-Présidents qui chercherons des embrouilles’’. Pour eux, ils disent que le peuple en fait se fout de la politique, lui ce qu'il veut c'est manger à sa faim, avoir du travail et la paix...Et le pire c'est quand ils disent qu'il n'y a plus de guerre au Congo....Insécurité, oui (causée par des gens qui ont faim), mais plus de guerre.
Comment des élections qui limitent le choix des congolais à ceux dont le CIAT, l’œil de la nébuleuse communauté internationale au pays, la presse occidentale et l’opinion publique congolaise ont dénoncé et démontré plus d’une fois l’incompétence et la mégestion, peuvent-elles être crédibles ? Comment les élections dont le président de la commission qui les organise et ceux qui la financent ne s’embarrassent pas du devoir d’impartialité au point d’avoir battu campagne pour le ‘‘oui’’ au référendum constitutionnel peuvent-elles inspirer confiance ?
Ces élections dont l’ordre de déroulement arrêté à Sun City a été inversé, dans le souci de voir le candidat de la main qui donne contrôler toute la suite des scrutins, selon les appréhensions de l’opinion congolaise, appréhensions partagées par Carlo de Filipi, ces élections dont le calendrier complet est rendu public par l’éternel envoyé spécial de l’Union Européenne dans les grands lacs depuis Bruxelles, sont, pour les Congolais avertis, tout ce qu’on veut, mais pas crédibles.
La où ces amateurs de safaris tropicaux font très fort, c’est quand ils parlent, sérieux comme le pape, d’élections inclusives. Pour éviter tout malentendu, ils reçoivent Tshisekedi, quand ils ne vont pas carrément à Limete. Novembre 2005, De la Sablière
Annan l’Africain qui était pourtant très attendu, est aussi venu parler d’élections inclusives et porteuses de paix au Congo, mais en ‘‘respectant les règles du jeu’’. L’homme est reparti comme il était venu, car les règles qu’il voulait voir respecter étaient violées depuis le début par les faux ennemis du 1+4. Pour se persuader de représenter encore quelque chose, le numéro un du budgétivore machin international a voulu se montrer ferme envers cet opposant historique sans armes. Après tout, ne lui a-t-il pas été peint par son représentant spécial comme grabataire, aveugle, sourd et à l’article de la mort ?
Qu’importe si les élections ne sont pas tenues au 30 juillet 2006. Ne sera-t-on pas déjà au cinquième calendrier et à la quatrième prolongation de la transition ? Qu’importe si Kinshasa, les deux Kasaï, le Bas-Congo,… se disent non concernés par les résultats des urnes. La force de l’UE dont l’Allemand Commandant en Chef nous menace déjà de l’arme létale n’est-elle pas là pour mater les contestataires et leur imposer le président élu librement, démocratiquement, en toute transparence, crédibilité et inclusivité ? Qu’importe si le pays prend feu de partout. Les organismes du système de l’ONU ne seront-ils pas assurés de continuer à déployer leurs activités humanitaires dans ce continent des pays grâce aux contributions de la généreuse Amérique ? Les fortunes européennes n’auront pas là la chance de continuer ces affaires juteuses avec un pouvoir qui leur devra absolument tout ?
A SUIVRE…
Anthony Katombe
17 juin 2006
FAUT-IL RELIGITIMER ET/OU REQUALIFIER LA TRANSITION EN REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO ?
Depuis quelque temps le débat politique en République Démocratique du Congo est dominé par la controverse sur la fin ou non de la transition constitutionnelle à la date du 30 juin 2006 et de la nécessité ou non d’organiser de nouvelles négociations politiques avant les élections programmées pour le 30 juillet prochain.
Au-delà des joutes oratoires et de la passion qui les caractérise, il convient, cependant, de réfléchir en profondeur sur la pertinence du débat et les questions qu’il suscite.
A priori, on serait tenté de considérer qu’à moins d’un mois du début de la campagne électorale et à environ un mois et demi du scrutin, tout débat sur la transition serait inutile tant il est évident que la tenue des élections sonne en elle-même les glas d’une transition qui n’a que trop duré. Par ailleurs, réclamer de nouvelles négociations serait ouvrir la boîte de Pandore dans un pays où la classe politique est un véritable melting-pot à la maturité très douteuse. Ce serait en plus, sinon renvoyer aux calendes grecques, du moins retarder les élections tant attendues et abuser de la patience des Congolais.
En réalité, les évidences sont-elles aussi évidentes qu’on le croit ? L’horizon est-il si clair que la navigation peut se faire sans boussole ni turbulences d’ici à l’installation effective des institutions issues des élections ?
La réponse à ces deux interrogations nécessite, d’une part, une intelligence correcte des dispositions constitutionnelles relatives à la durée de la transition et, d’autre part, une identification claire des enjeux ainsi que les défis à relever d’ici à l’entrée en fonction effective de nouveaux élus afin d’éviter tout dérapage politique, économique, financier et militaire susceptible d’annihiler les acquis du laborieux processus de paix actuel, de compromettre l’avenir et de reproduire à terme un certain 24 novembre 1965.
I. De la portée des dispositions constitutionnelles relatives à la durée de la transition
L’article 196 de la constitution de la transition dispose que « la durée de la transition est de vingt quatre mois. Elle court à compter de la formation du Gouvernement de transition et prend fin avec l’investiture du Président de la République élu à l’issue des élections marquant la fin de la période transitoire en République Démocratique du Congo. Toutefois, en raison de problèmes spécifiquement liés à l’organisation des élections, la transition peut être prolongée pour une durée de six mois renouvelable une seule fois, si les circonstances l’exigent, sur proposition de la Commission électorale indépendante et par une décision conjointe et dûment motivée de l’Assemblée Nationale et du Sénat ».
Il convient de rappeler que l’article 196 de la Constitution de la transition est la traduction légale des stipulations du titre IV de l’Accord global et inclusif signé le 17 décembre 2002 à Pretoria entre les composantes et entités au dialogue inter congolais, stipulations libellées dans les termes quasi identiques aux dispositions constitutionnelles susévoquées.
Ce titre IV ajoute que «toutes les élections (présidentielle, législatives, municipales et locales) se tiennent dans les 24 mois qui suivent le début de la période de transition », sous réserve, bien sûr, de la prolongation de 6 mois x 2.
De l’article 196 de la Constitution de la transition et du titre IV de l’Accord de Sun City, il se dégage clairement ce qui suit :
1. la transition, comme système de gouvernement dont le régime est défini par la Constitution et l’Accord global et inclusif est un contrat à durée déterminée de 24 mois, reconductible deux fois pour un terme de 6 mois ;
2. à l’issue de 36 mois au total, la transition se termine par l’investiture du Président de la Républiqueélu ;
3. la validité de l’Accord global et inclusif expire 36 mois après la formation du Gouvernement de transition, c à d au 30 juin 2006. A cette date, cet Accord devient caduc de plein droit ;
4. sur le plan politique, la légitimité consensuelle consacrée par cet Accord et qui sous-tend aussi bien la constitution de la transition elle-même que les mandats politiques pendant cette période est échue au plus tard le 30 juin 2006 à minuit.
En tant que cosignataire de l’Accord global et inclusif et corédacteur de la Constitution de la transition, nous sommes fondé à certifier qu’en vérité, comme le révèlent ces deux instruments juridiques fondamentaux, les participants au dialogue intercongolais n’ont jamais envisagé une transition qui dépasserait trois ans. Dans leur esprit, au plus tard le dernier jour du 36è mois à minuit, tout devait être bouclé et les nouvelles institutions de la République installées. Il n’y aurait pas de rupture du fonctionnement de l’Etat du fait du passage de l’ordre ancien au nouveau. Aussi, le constituant de la transition n’a t-il pas prévu la clause de sauvegarde de la continuité de l’Etat.
Cependant, à l’épreuve des réalités politiques et militaires sur le terrain ainsi que des exigences techniques d’organisation des élections, les prévisions optimistes des participants au dialogue intercongolais sont en train d’être démenties. Il est devenu impossible à l’absolu d’installer les institutions élues au plus tard le 30 juin 2006. Dès lors, si de jure, la transition devra arriver à terme le 30 juin 2006, de facto, elle continuera au-delà de cette échéance fatidique. Faudra t-il alors revisiter l’Accord global et inclusif et la Constitution de la transition ou tout simplement négocier un nouvel accord politique en vue de religitimer les institutions de la transition et leurs animateurs, c’est à dire de renouveler le consensus sur eux, ou carrément d’en désigner d’autres comme le suggèrent certains?
La réponse à cette question est à chercher dans la nouvelle Constitution adoptée par le Peuple congolais le 18 décembre 2005 et promulguée en février dernier par le Chef de l’Etat.
En effet, non seulement cette Constitution abroge en son article 228 celle de la transition, mais aussi elle dispose à l’article 222 que « les institutions politiques de la transition restent en fonction jusqu’à l’installation effective des institutions correspondantes prévues par la présente Constitution et exercent leurs attributions conformément à la Constitution de la Transition ». Ainsi, à la différence du constituant de Sun City, l’Assemblée Nationale et le Sénat actuels avaient déjà perçu l’éventualité d’une crise constitutionnelle qui résulterait d’un report des élections au-delà du 30 juin 2006. Ils ont résolu cette crise virtuelle en consacrant à l’article 222 de la nouvelle Constitution le principe de la continuité de l’Etat. Celui-ci se dégage du principe de la continuité du service public en vertu duquel ce service doit fonctionner régulièrement, sans interruption ni à-coups, afin d’assurer de façon constante la satisfaction de l’intérêt général qui est sa raison d’être. La continuité du service public est un principe général du droit administratif à valeur constitutionnelle qui exclut un « Etat à éclipses ou à mi-temps ». En la matière, la République Démocratique du Congo n’en est pas à une première et ne constitue nullement une exception.
En effet, la loi fondamentale du 19 mai 1960 disposait en son article 255 que :
1. « Dans l’éventualité où le Gouvernement central ne serait pas constitué au 30 juin 1960 et jusqu’au jour de sa constitution, les affaires courantes de l’Etat sont traitées par un collège composé du président et des membres du collège exécutif général, d’une part,et de six sénateurs, d’autre part.
2. Dans l’éventualité où le Gouvernement de serait pas constitué au 30 juin 1960 et jusqu’au jour de sa constitution, les affaires courantes de la province sont traitées par un collège composé du président et des membres du collège exécutif provincial, d’une part, et de trois conseillers provinciaux, d’autre part ».
Il sied d’indiquer que les collèges exécutifs général et provinciaux institués en vertu de la Résolution n°12 de la Table Ronde belgo-congolaise de janvier 1960, fonctionnaient déjà dès février de la même année comme institutions de la transition.
La Constitution du 1er août 1964, dite Constitution de Luluabourg, avait intégré le principe de la continuité de l’Etat dans ces dispositions transitoires en ces termes : « Les pouvoirs du Président de la République actuellement en fonction ne viendront à expiration que lors de la prestation de serment du Président de la République élu… (Art 182). Les assemblées provinciales en fonction continueront d’exercer leurs fonctions jusqu’à la première réunion des assemblées appelées à les remplacer (Art 188). A la date d’entrée en vigueur de la présente Constitution, les présidents des gouvernements provinciaux deviendront de plein droit gouverneurs de province. Leurs pouvoirs en cette qualité viendront à expiration le jour de la prestation de serment des gouverneurs appelés à les remplacer… Les autres membres des gouvernements provinciaux actuellement en fonction continueront d’exercer leurs fonctions jusqu’au jour où les pouvoirs des gouverneurs de province expireront en vertu de l’alinéa qui précède » (Art 187). Les Chambres législatives élues en 1960 étaient, quant à elles, dissoutes par l’article 180 pour la simple raison que dans la réalité elles n’existaient plus, ayant été auparavant illégalement mises en congé illimité par le Chef de l’Etat, le 29 septembre 1963.
Quant au Gouvernement central en fonction, l’article 188 de la Constitution de Luluabourg ne l’avait pas congédié en tant qu’institution. Cependant, il l’avait déclaré démissionnaire en vue d’un recentrage de sa composition qui ne dépasserait pas 19 membres, et de ses tâches limitées principalement à la préparation des élections.
A la différence de cette Constitution, celle du 24 juin 1967 fortement marquée par la dérive présidentialiste et monopartiste du nouveau régime politique issu du coup d’Etat militaire du 24 novembre 1965, avait assuré la continuité de l’Etat par le renforcement des pouvoirs du Président de la République en fonction dont elle indiquait clairement à son article II des dispositions transitoires qu’ils ne viendraient à expiration qu’au moment de la prestation de serment du Président de la République qui sera élu. Le même Président de la République en fonction devait exercer le pouvoir législatif par voie d’ordonnances-lois jusqu’à la constitution de l’Assemblée Nationale élue (Art IV des dispositions transitoires), les pouvoirs des Chambres législatives issues de la Constitution précédente ayant expiré à la date d’entrée en vigueur de la nouvelle conformément à l’article II de ses dispositions transitoires.
En fait devenus des coquilles vides par suite des ordonnances-lois successives n°7 du 30 novembre 1965, n°66/92 bis du 07 mars 1966 et n° 66/621 du 21 octobre 1966, la Chambre des Députés et le Sénat ne pouvaient qu’être dissous.
Plus proche de nous, l’Acte constitutionnel de la Transition qui a régi le pays du 09 avril 1994 au 17 mai 1997, n’a pas échappé à la règle de la continuité de l’Etat. Elle disposait, en effet, en son article 118 que « les institutions de la période de transition fonctionnent jusqu’à l’installation effective des institutions correspondantes de la Troisième République ».
Par ailleurs, l’histoire récente de la R.D.Congo renseigne que c’est en application du même principe de la continuité de l’Etat que la Président MOBUTU avait poursuivi l’exercice des prérogatives de Chef de l’Etat après l’expiration de son mandat, le 05 décembre 1992.
A l’étranger, la Constitution française actuelle jetait, en 1958, le pont entre l’ordre institutionnel ancien et le nouveau en ces termes, dans ses articles 90 et 91 : « ….Le mandat des membres de l’Assemblée Nationale en fonction viendra à expiration le jour de la réunion de l’Assemblée Nationale élue en vertu de la présente Constitution…..Le mandat des membres de l’Assemblée de l’Union française viendra à expiration en même temps que le mandat des membres de l’Assemblée Nationale actuellement en fonction (art 90). Les pouvoirs du Président de la République en fonction ne viendront à expiration que lors de la proclamation des résultats de l’élection prévue par les articles 6 et 7 de la présente Constitution. Les autorités établies continueront d’exercer leurs fonctions dans les Etats membres de la Communauté conformément aux lois et règlements applicables au moment de l’entrée en vigueur de la Constitution jusqu’à la mise en place des autorités prévues par leur nouveau régime. Jusqu’à sa constitution définitive, le Sénat est formé par les membres en fonction du Conseil de la République…. (Art 91).
Les Constitutions algérienne du 28 février 1989 révisée le 28 février 1996 (arts 179 et 180), béninoise du 11 décembre 1990 (art 157 al 3), camérounaise du 2 juin 1972 révisée le 18 janvier 1996 (art 67), ivoirienne actuelle et celles de tant d’autres pays adoptées à la faveur du renouveau démocratique des années 1990 contiennent des dispositions analogues à celles de la France et de la R.D.Congo.
Ici comme ailleurs, le souci constant du constituant est d’établir le pont entre l’ordre ancien et le nouveau de manière à éviter un vide du pouvoir ou une rupture brutale qui porterait atteinte aux intérêts vitaux de la Nation ou les menacerait gravement.
En adoptant le 18 décembre dernier la nouvelle Constitution avec son article 222, le Peuple congolais s’est plié à cette exigence de continuité de l’Etat et fait preuve de responsabilité. Il a en même temps légitimé les institutions de la transition actuelles. Par conséquent, il est erroné et de la mauvaise foi d’affirmer que le 30 juin prochain la R.D.Congo sombrera dans une crise constitutionnelle et dans un vide du pouvoir.
Cependant, peut-on pour autant considérer que la transition est prorogée pour une échéance illimitée et les animateurs de ses institution peuvent continuer à agir comme si de rien n’était ? Après le 30 juin 2006 peut-il être égal à avant le 30 juin 2006 ? C’est là toute la problématique du contenu politique de l’article 222 de la Constitution actuelle.
A cet égard, il est vrai que l’article 222 de la Constitution reconduit les institutions politiques de la transition dans leur structuration organique et normative actuelle. Le 1+4 demeure et chaque institution garde ses prérogatives constitutionnelles, ce qui n’est que logique, car il est absolument impossible, par exemple, de nommer un Premier Ministre et un Gouvernement issu d’une majorité parlementaire qui exercerait les pouvoirs dévolus à cette institution par la nouvelle Constitution, sans élections préalables. Toutefois, ce serait tricher, abuser du droit et faire preuve d’un sens peu élevé de responsabilité de la part des dirigeants présentement en fonction que de gérer l’Etat comme ils l’ont fait jusque là, après le terme normal de leurs mandats obtenus dans le cadre de l’Accord global et inclusif. Pis encore, ils violeraient la Constitution s’ils usaient des pouvoirs reconnus aux nouvelles institutions de la République. Dès lors, la gestion de l’Etat congolais devra procéder de l’exception dont le contour sera défini à la lumière des enjeux et défis à relever pendant la période allant du 30 juin 2006 à l’entrée en fonction effective des autorités élues.
II. Enjeux et défis d’après le 30 juin 2006
L’évaluation de la transition au stade actuel conduit a constaté que si le processus électoral a suffisamment avancé, le bilan est, néanmoins, globalement peu reluisant. Dans plusieurs secteurs névralgiques de la vie nationale, les progrès réalisés sont très peu perceptibles et les inquiétudes demeurent, nonobstant le satisfecit d’un discours officiel idyllique.
Sur le plan économique et financier, les différents rapports établis aussi bien par les organes nationaux de contrôle que par les bailleurs des fonds extérieurs ont mis en exergue des actes de mégestion graves tels que des dépassements budgétaires scandaleux, des aliénations frauduleuses et léonines du patrimoine national, (ressources naturelles et biens publics), des abus des biens de l’Etat par les membres du Gouvernement, des détournements des soldes des militaires et l’affairisme des gestionnaires d’Etat, que la stabilisation de la monnaie et la maîtrise relative de l’inflation n’ont pas réussi à masquer. La R.D.Congo est restée un espace économique et financier libre-service, le tout sur fond d’impunité garantie aux gestionnaires indélicats. La transition n’a donc pas fait émerger une culture de gestion conforme aux règles de la bonne gouvernance. Au demeurant, en dépit de l’échec reconnu du programme économique du Gouvernement et de la décision de suspendre son appui budgétaire au Congo prise par le Fonds Monétaire international, les gestionnaires gouvernementaux excellent toujours dans la criminalité financière et économique. Dans un tel contexte de gestion laxiste, de prédation et de pillage, il y a lieu de craindre que la période électorale n’offre davantage une heureuse opportunité de vider totalement le peu de ressources qui restent encore à l’Etat et de liquider son patrimoine. En tout cas, il n’est pas évident que les randonnées préélectorales dispendieuses auxquelles le Peuple congolais assiste impuissant et les campagnes électorales des membres de l’espace présidentiel ainsi que de leurs lieutenants laisseront indemnes les caisses de l’Etat.
Par ailleurs, l’intégration des armées des anciens belligérants est très lente et n’a pas encore produit une véritable armée nationale, républicaine, efficace et dissuasive. L’insécurité règne dans une bonne partie de l’Est du pays. Qui pis est, les principaux belligérants se sont constitués chacun leurs gardes prétoriennes. Ces véritables milices privées sur lesquelles ni l’Etat Major Général des FARDC, ni ceux des forces terrestres, aériennes et navales n’ont aucune prise en termes de commandement, leur confèrent chacun une capacité de nuisance et de chantage qu’il convient d’intégrer dans la mise en place du dispositif de sécurisation du processus électoral, des personnes et des biens ainsi que dans la stabilisation des institutions issues des prochaines élections.
En sus des préoccupations sécuritaires et de gestion ci-dessus les scenarii électoraux ci-après peuvent provoquer des incertitudes et des turbulences susceptibles de faire dérayer le train de la paix et de la démocratisation :
1. Au premier tour : Le Président de la République n’est pas élu, mais la majorité parlementaire est constituée à l’Assemblée Nationale.
L’actuel Chef de l’Etat ne pourra nommer ni le Premier Ministre, ni le Gouvernement, n’ayant pas encore les pouvoirs constitutionnels requis pour ce faire. En conséquence, même si l’Assemblée Nationale est installée, le Gouvernement ne sera pas formé. En vertu de l’article 222 de la Constitution, le Président de la République en fonction, le Sénat et le Gouvernement actuels seront toujours en place aux côtés d’une Assemblée Nationale élue ;
2. Au premier tour, le Président de la République est élu et la majorité parlementaire est constituée. Le nouveau Gouvernement peut être formé à condition que l’article 78 de la Constitution ne suscite pas une fausse polémique autour de l’interprétation de « la majorité parlementaire ». En effet, certains estiment qu’au regard de l’article 68 de la Constitution, la majorité parlementaire dont question à l’article 78 englobe l’Assemblée Nationale et le Sénat. De la sorte, le Premier Ministre ne pourra être nommé, ni former son Gouvernement que s’il dispose de la majorité dans les deux Chambres législatives. Par contre, faisant une interprétation combinée des articles 78, 90, 91, 146 et 147 de la même Constitution, d’autres soutiennent qu’il s’agit de la majorité parlementaire à l’Assemblée Nationale qui est seule habilitée à investir et à censurer le Gouvernement.
A moins que la deuxième interprétation, la bonne à mon avis, l’emporte, le Gouvernement ne pourra pas être formé avant les élections sénatoriales, c à d en fait avant octobre-novembre 2006. Dans l’entre-temps, le Gouvernement actuel restera en place avec ses 4 Vice-Présidents. Le Président de la République élu devra cohabiter avec eux.
3. Dans tous les cas, au regard des prévisions du calendrier électoral, il sera difficile d’installer les institutions de la IIIè République avant septembre 2006. Bien plus, en cas de deuxième tour de l’élection présidentielle, l’entrée en fonction des nouveaux élus risque d’être repoussée jusqu’en novembre 2006.
Tous les trois scenarii ci-dessus posent le problème de la cohabitation entre les institutions et animateurs de la transition, d’une part, et ceux issus des élections, d’autre part, avant la clôture définitive du cycle électoral au niveau national. Pendant la « petite » transition prévue à l’article 222 de la Constitution, qui sera compétent pour faire quoi et sur la base de quelle Constitution ?
Par ailleurs, il va de soi qu’au fur et à mesure que se mettra en place l’ordre institutionnel de la IIIè République, le Comité International d’Accompagnement de la Transition, CIAT, disparaîtra dans le firmament des organes dirigeants de la République Démocratique du Congo. Quelle autorité morale internationale le remplacera pour accompagner les Congolais dans leurs efforts de consolidation de la paix et de reconstruction de leur pays ? Au-delà des réactions « patriotiques » et souverainistes fort compréhensibles que pourra susciter une telle interrogation chez certains concitoyens, elle vaut tout son pesant d’or lorsqu’on revisite le parcours périlleux de la présente Transition et on prend la mesure exacte du rôle déterminant que le CIAT a souvent joué pour débloquer certaines situations à cause de l’incurie des Congolais eux-mêmes. Au demeurant, avec un Etat très faible, une défense vulnérable, une sécurité très précaire, une économie convalescente, des finances publiques creuses et une population très pauvre, la R.D.Congo peut-elle se payer le luxe de l’isolement, de la suffisance et de l’arrogance ?
A toutes les questions et préoccupations essentielles exprimées ci-haut, ni la Constitution de la Transition, ni celle de la IIIè République ne donnent des réponses. Celles-ci ne peuvent provenir que de l’intelligence, de la maturité et de la moralité des hommes et des femmes qui forment la classe politique congolaise. Si le personnel politique congolais était dans sa majorité de qualité supérieure, des concertations auraient dû avoir lieu au plus tard à la faveur de la 2è prorogation de la transition décidée par l’Assemblée Nationale et le Sénat en décembre 2005. A cette occasion, une évaluation rigoureuse de la transition aurait permis de procéder aux ajustements nécessaires non seulement pour garantir la réussite du processus électoral et se rassurer mutuellement, mais aussi pour mettre en place des mécanismes de sauvegarde du patrimoine national et des biens publics face à la tentation de bradage et de pillage que comporte souvent l’approche des échéances électorales. Ainsi, capitalisant l’accord qui serait intervenu entre les acteurs politiques, l’Assemblée Nationale et le Sénat auraient procédé à la révision de la Constitution, évitant ainsi toutes les conjectures inutiles et pernicieuses actuelles. Depuis l’année dernière, ni la Communauté internationale, ni les animateurs des institutions n’ont voulu entendre l’appel à la requalification de la Transition rendue pourtant nécessaire par les nombreux ratés et dérives constatés par tous.
Quoiqu’il en soit, à l’heure actuelle, la requalification de la Transition s’impose en vue de recentrer les tâches du Gouvernement, de mettre en place des mécanismes conservatoires du patrimoine national et des biens publics et de définir un code de bonne conduite des animateurs des institutions. Cette requalification est d’autant plus indispensable que l’équation risque de se compliquer davantage si jamais les élections ne se tenaient pas le 30 juillet 2006.
A ce sujet, le rôle des institutions issues de l’Accord global et inclusif après le 30 juin 2006 devra se limiter à l’expédition des affaires courantes au sens des actes d’administration quotidienne et d’urgence dont l’objet est d’assurer le fonctionnement des services essentiels de l’Etat. Le Gouvernement et ses membres devront s’abstenir, entre autres, de tout engagement financier et économique important, des nominations, affectations et mutations nouvelles, de conclusion des accords, contrats et conventions quelconques, des aliénations des biens de l’Etat, de toutes réformes, des missions à l’intérieur et à l’extérieur du pays, des augmentations des indemnités et salaires du personnel politique… L’Assemblée Nationale et le Sénat ne pourront plus légiférer à partir du 1er juillet 2006. La chaîne des dépenses, les régies financières, la Banque Centrale du Congo, certains organismes et entreprises publics devront être mis sous haute surveillance par des mécanismes rigoureux impliquant la Cour des Comptes et les bailleurs des fonds. Il est intéressant à cet égard de souligner qu’au Cambodge, par exemple, pendant la période de transition, l’APRONUC (Autorité provisoire des Nations Unies au Cambodge) avait des larges pouvoirs de gestion de l’Etat. Les ministères stratégiques en rapport avec les élections notamment l’intérieur et la sécurité publique, les finances, la défense et l’information étaient confiés aux fonctionnaires internationaux en vue de garantir la neutralité de l’Administration publique vis-à-vis des forces politiques en présence et d’offrir à tous des chances égales.
Toutefois, s’agissant de la R.D.Congo, dans quel cadre et comment procéder présentement à l’ajustement de la Transition sans énerver la Constitution ni retarder le processus électoral ?
L’idéal serait d’organiser une concertation des acteurs politiques institutionnels et non institutionnels afin de partager les idées et de dégager un consensus sur cet ajustement.
Cependant, la tâche n’est pas aisée en raison non seulement du retard déjà connu par le processus électoral, mais aussi des insuffisances de la classe politique congolaise qui n’autorisent pas d’espérer des concertations fructueuses en peu de temps.
En effet, notre culture des négociations politiques est chaotique. Les expériences de la Conférence Nationale Souveraine, CNS, des négociations du Palais du Peuple de 1993-1994 et du Dialogue intercongolais le témoignent à suffisance. Le choix des participants seul prend au moins trois mois, dans la meilleure des hypothèses. A l’heure actuelle, si l’identification des participants institutionnels est facile sur base de l’Accord global et inclusif, celle des forces qui ont émergé depuis la signature de cet Accord sera certainement des plus ardues. Bien plus, généralement les Congolais négocient plus pour poser des problèmes de positionnement professionnel que pour résoudre durablement ceux de fond auxquels leur pays est confronté. La cacophonie du discours de l’heure sur l’organisation des concertations politiques à la veille du 30 juin 2006 ne peut que consolider cette triste réalité et alimenter les craintes de dérapage du processus électoral.
Dans ces conditions, il ne restera plus que la voie de l’implication active de la communauté internationale pour sauver la transition des risques de dérive relevés ci-haut. Dans cette perspective, pourquoi ne pas s’inspirer des modèles ivoirien et cambodgien ? A cet effet, après consultation des principaux acteurs politiques congolais et prenant en compte les dispositions pertinentes de la Constitution, le Président en exercice de l’Union africaine et le Président de sa Commission pourront proposer à l’organisation continentale et au Conseil de sécurité des Nations Unies une Résolution susceptible de rencontrer les différentes préoccupations soulevées ci-haut et délimitant le champ d’action des autorités congolaises actuelles pendant la période délicate des élections jusqu’à l’installation effective des institutions qui en seront issues. La même Résolution devra prévoir les mécanismes de suivi de sa mise en œuvre et des sanctions éventuelles contre tous ceux qui seraient tentés de contrecarrer son prescrit. Dans tous les cas, la matière mérite réflexion et réponses urgentes.
Kinshasa, le 02 juin 2006
Christophe LUTUNDULA APALA Pen’APALA
Juriste et Député à l’Assemblée Nationale
16 juin 2006
Galvaudage lexical : le nouveau filon congolais.
Le Congo, on le sait, est un scandale humanitaire avec plus de 4.000.000 des morts, des millions de déplacés, des centaines des villages brûlés, de millions de femmes violées,…de suite de la guerre business injustement lui imposée par la communauté affairiste internationale. Mais le Congo, c’est avant tout un scandale géologique. Ce continent de pays, aux dires des connaisseurs, remplit à lui seul, tout le tableau de Mendeleïev. D’où l’intérêt des étrangers de tous les horizons pour cette terre bénie de Dieu, intérêt bien compréhensible et tout à fait acceptable, si toutefois, on aimait autant les habitants du Congo comme on aime son sol et son sous-sol.
Qu’à cela ne tienne. Le Congo est finalement un scandale en tout. Le dernier scandale en date est l’enrichissement que peut procurer le simple fait de parler beaucoup, d’utiliser les mots à tort et à travers. Quiconque veut faire rapidement fortune sans rien dépenser en retour n’a qu’à débarquer au Congo. Tout ce qu’on lui demande ici c’est d’avoir des mots, des expressions, pas d’en créer, mais d’en sortir le plus possible pour chaque occasion. Et surtout d’en galvauder le sens. Qui langue a au Congo va. Le nouvel eldorado congolais est né : c’est le galvaudage lexical. Il suffit juste d’altérer le sens des mots, d’en abuser, de les utiliser dans un contexte tout à fait inapproprié, et le lendemain, on se réveille plein aux as.
Tenez, un congolais, au langage ordurier connu de tous, propriétaire d’un site édité à partir du Canada, favorable au président congolais sortant et à sa famille politique, s’est fait une liste des ‘‘traîtres de la république’’ parmi lesquels se trouvent repris les noms de toutes les figures emblématiques du changement, dont Tshisekedi en tête. Ce cher éditeur a été signalé tout dernièrement à Kinshasa d’où il serait reparti avec des poches bien remplies après un porte-à-porte fructueux auprès de tous ceux qui bénéficient de ses services.
Tenez encore, une obscure ‘‘Union des Congolais pour la Défense de la Patrie ’’ qui a fait son apparition il y a quelques semaines sur Internet, couvre aussi d’injures tous ceux qui n’épousent pas les vues du PPRD et qui se posent des questions sur le passé et les origines du président de la république sortant.
La stratégie de ces ‘‘chercheurs d’or’’ d’un genre nouveau est toute simple : cirez les bottes du président sortant et de ces lieutenants, inversez les rôles, galvauder les mots et les expressions dans un discours ordurier.
Ainsi se décernent-ils la médaille de ‘‘défenseurs de la patrie’’ et qualifient-ils les combattants de la liberté de ‘‘traîtres’’. On veut bien les croire, mais seulement on veut d’abord qu’ils nous disent de quel pays ils sont les défenseurs et contre qui les défendent-ils. Si ce pays est le Congo, ils devraient aller rigoler ailleurs. Ceux qu’ils soutiennent dans leurs messages nous ont raconté hier que ce sont les occidentaux qui ont fait tuer Mzee Kabila qui lui, défendait la patrie. Mzee, nous fut-il dit, gênait les intérêts des impérialistes et paya de sa vie son opposition au diktat occidental. Ceux qu’ils soutiennent ont fait de Mzee un héros national au même titre que Lumumba qui était mort pour la défense de la patrie. Ceux qu’ils soutiennent, alors qu’ils avaient juré à Mzee de ne jamais trahir le Congo, demandent aujourd’hui, même pour respirer, la permission de Michel, celui-là même qui avait été le premier à annoncer la ‘‘bonne nouvelle’’ de la mort de Mzee !
De deux choses l’une : ou Mzee (qui n’était pas le leader idéal, loin s’en faut !) avait raison d’exiger, comme Lumumba, que l’histoire du Congo s’écrive au Congo par les Congolais eux-mêmes, dans ce cas, ceux qui continuent à se réclamer de lui, en bon ‘‘conglomérat d’aventuriers et d’opportunistes’’, l’ont trahi ; ou alors Mzee ne se livrait qu’à un show de mauvais goût qui a raflé la vie à plus de 4.000.000 des Congolais, auquel cas ceux qui se réclament de lui doivent être poursuivis pour association des malfaiteurs, crime contre l’humanité et génocide.
De quelle patrie parlent-ils ? De qui la défendent-ils ? Leurs bienfaiteurs se la coulent douce avec les charognards de l'affairiste communauté internationale et eux, qui participent à cette agape de nos malheurs, nous rabattent les oreilles avec des termes galvaudés et des rôles inversés. N'ont-ils jamais appris qu'on ne parle pas la bouche pleine ? Fair-play, nous leur souhaitons un bon appétit, tout en les prévenant que leur bouffe leur sortira par le nez, car la fête va bientôt se terminer.
Des galvaudeurs, on en trouve surtout parmi le personnel diplomatique occidental. Pour s’en convaincre, tous les congolais, qui comme Carlo De Filipi, osent questionner le processus électoral, sont traités d’extrémistes. Et lorsqu’ils se posent des questions sur les origines de ceux qui s’apprêtent à leur demander leur suffrage, la diplomatie occidentale trouve tout de suite un nouveau concept : ‘‘congolité’’, et qualifie la campagne pour l’éveil de conscience de xénophobie. Xénophobie ! Dans un pays où les habitants se font bastonner par leur propre police payée avec l’argent de leur poche quand ils protestent contre les mauvaises et humiliantes conditions de travail leur imposées par les Libanais, les Pakistanais, les Indiens, les Chinois, les Européens,…qui s’y comportent comme en terrain conquis. Le pays qui a recueilli des millions des ruandais, les a hébergés, nourris, éduqués !
Des étrangers se permettent tout au Congo. Ils vont jusqu’à gifler nos femmes qui travaillent pour eux sans que nous lancions le moindre appel à la haine. Un Ruandais, aujourd’hui chef d’état-major chez-lui, se moque de nous à Kigali, seulement parce que nous l’avons accepté comme chef d’état-major chez-nous à Kinshasa. Et quand nous voulons nous assurer que quelqu’un d’autre ne se moque pas de nous demain à partir de Kampala, Kigali ou Dar Es-Salaam, nous devenons xénophobes !!!
Les nôtres, en instance de refoulement sur le Congo, sont parquées comme du bétail en Belgique, en France, en Amérique, juste parce qu’ils fuient des conditions de vie infrahumaines au pays, conditions créées et entretenues par une classe dirigeante incompétente et prédatrice. Et même lorsqu’ils sont des réfugiés politiques, il est renié aux nôtres ce qu’on reconnaît pourtant humainement aux autres. Jacques Matanda ne vient-il pas de passer de longs mois en prison pour ‘‘séjour irrégulier’’ sur le sol américain ?
Nous, nous nous plions à leurs lois, et nous n’avons pas le droit d’exiger qu’on se plie aux nôtres !? On va jusqu’à nous imposer des sujets de campagne chez-nous à cause de quelques malheureux millions de dollars ‘‘placés’’ dans la CEI ! A nous, on refuse le simple droit de résidence et on voudrait que nous cédions aux étrangers jusqu’aux droits politiques. Et quand nous revendiquons, la presse belge parle de campagne anti-belge ! Nous voulons bien aimer les belges, ils savent à quel point nous sommes fous d’eux. Mais eux, nous ont-ils jamais aimés ? Croient-ils en nous au point que nous continuions à les aimer, même si après plus d’un siècle de cohabitation, ils ont démontré plus d’amour pour la terre que pour ses habitants ?
Et parce que tout le monde joue au petit malin en nous lançant toutes sortes de qualificatifs au visage, sera-ce de l’exagération si à notre tour nous qualifions pareille attitude de la part de la presse et de ces fonctionnaires diplomatiques occidentaux de racisme ?
A SUIVRE…
Anthony Katombe
Délégation Du Conseil De Sécurité de l’ONU :
Veni, Vidi…Et Rien du tout.
C’est honnêtement tout ce que l’on peut dire sur cet énième déplacement en grandes pompes de hauts dignitaires et autres diplomates occidentaux, dignes porte-parole de véritables maîtres du monde. Certains d’entre nous caressaient peut-être le secret espoir d’un changement, même léger, dans le discours de ces hommes qui se disent « simples accompagnateurs du fier peuple congolais qui ne veut que des élections ». Oui, certains croyaient que tous ces derniers mois que nous avons passé à dénoncer et démontrer les graves défauts qui se sont surmultipliés dans le processus transitionnel de la République Démocratique du Congo et qui vont, immanquablement, conduire cette nation vers encore plus de malheurs si une nécessaire et radicale correction du cap de navigation n’est pas entreprise au plus vite.
Ils sont venus, encore une fois et comme d’habitude ils n’ont rien vu. Du moins rien de ce qu’est la réalité, la vérité du Congo et de son peuple. Il suffit de les écouter discourir et se contredire pour comprendre que dans ce combat que nous menons pour sortir notre pays de son cauchemar, ils sont à classer dans les rangs de ceux que nous combattons. Un exemple très simple pour mieux mettre en exergue certaines coupables contradictions : L’Ambassadeur français de la délégation, Son Excellence Jean-Marc de la Sablièreestime « qu’il faut qu’il y ait un apaisement » en soulignant la « nécessité de renforcer la tolérance et de calmer le débat »…Le problème est que cette diatribe n’est pas en adéquation avec leur opinion, opinion qui s’apparente plus à un diktat plutôt qu’à un conseil éclairé et judicieux et qui dit (ordonne) « le respect du calendrier de la CEI. Et ils (les membres de cette délégation) nous assènent leur argument massue : « C’est la volonté du peuple qui s’est enrôlé massivement et avec enthousiasme et qui s’est prononcé tout aussi massivement lors du référendum des 18-19 décembre 2005 ! ».
Mais ce même peuple leur a plusieurs fois fait comprendre que c’est plus par souci sécuritaire qu’il s’était enrôlé massivement afin de disposer d’une carte d’identité et échapper ainsi aux sempiternels désagréments des contrôles de police et autres « agaceries administratives » qui font le salaire des fonctionnaires de l’Etat… Ce même peuple leur crie au travers de multiples manifestations et marches (souvent très durement réprimées au nom de l’apaisement et du respect des décisions qui lui sont imposées) qu’il veut «l’inclusivité » totale des congolais dans la marche vers la démocratisation tant pour les électeurs que pour les éligibles. Mais cette entité informelle appelée Communauté Internationale lui refuse la possibilité d’accéder à cette légitime requête en violant sans vergogne les principes démocratiques que pourtant ils viennent défendre avec vigueur à Kinshasa. Et le pire, le plus affligeant c’est qu’ils viennent parler de ces principes de démocratie à des gouvernants qui, tout au long de cette maudite «promenade transitionnelle » n’ont eu pour seule constance que d’appliquer l’exact contraire de ces principes. Ils sont comme un professeur qui donne un zéro pointé à un élève en cours, puis, lors de la remise des prix en fin d’année, donne le prix d’excellence à ce même élève.
Ils viennent parler de démocratie à un peuple qui se fait copieusement chicoter par la police du pouvoir alors qu’il ne dit et demande rien d’autre que cette démocratie dont tout le monde parle. Et le plus ironique, c’est que cette police qui excelle dans la répression « démocratique » a été formée, entraînée et équipée par leurs propres soins.
La vérité est là ! Cette visite est d’une stérilité et d’une improductivité telles que l’on est en droit de se demander pourquoi de telles parades diplomatiques sont organisées.
C’est vraiment « Veni, Vidi et puis Repartit » !
Et alors qu’ils font tous ces ronds de jambes et tous ces voyages touristiques au Congo, le temps lui continue sa course effrénée et le bateau Congo s’enfonce dans la tempête sans qu’une éclaircie se fasse à l’horizon. Ils sont venus, ils ont regardé, n’ont rien vu (plus précisément ont délibérément choisit de ne rien voir qui leur déplaise) et ils sont repartis
Parlons donc un peu de ce qui leur déplait en ce moment. Parlons donc de ce grain de sable qui est en train de se transformer en un énorme bloc et qui va détruire le savant mais très instable mécanisme « politico-affairiste » qu’ils ont placé sur nos têtes. Eux qui se disent amis et défenseurs du peuple congolais viennent nous dire, pince-sans-rire, « qu’il n’existe nulle part des élections parfaites » et nous tenir des discours sur « l’apaisement du climat politique », ne savent-ils pas quelle est justement la meilleure manière pour parvenir à « calmer le débat » ? N’est-ce pas par le dialogue et la concertation que les résultats les plus efficaces sont obtenus lorsqu’il s’agit de régler un différend ? N’est-ce pas ce que eux-même appliquent comme solution pour gérer les litiges de tous ordres dans leurs propres pays ? Et aujourd’hui, c’est tout le peuple congolais, en osmose avec plus de la moitié (si ce n’est la quasi-totalité) de la classe politique (y compris deux vice-présidents candidats à la magistrature suprême), qui ne demande pas autre chose que cela ? Personne ne remet en cause les élections, personne ne veut plus de ces élections par la force, mais tout le monde veut un large dialogue pour parvenir à cet « apaisement » souhaité par tous. Alors pourquoi continuer à faire la sourde oreille ?
Pourquoi s’en tiennent-ils à cette position de refus entêté ? Une petite voix me dit que c’est parce qu’ils ont décidé de se ranger derrière une seule bannière, celle de Joseph Le Mystérieux, futur Roi du Congo. Pourquoi lui ? Mais simplement parce que le futur monarque, en digne fils des fières tribus du Katanga, leur a très certainement garanti un accès illimité et exclusif aux immenses, aux colossales richesses de ce pauvre Congo. D’ailleurs, ne leur a-t-il pas envoyé ses vassaux coutumiers pour entériner le « Traité de Prédation » qui scelle l’alliance diabolique pour le plus grand malheur des congolais ?
Le peuple congolais sait maintenant que les problèmes du Congo doivent être réglés par les Congolais eux-même. Et c’est seulement en les réglant nous-même qu’à l’instar de Jules César nous pourrons nous exprimer :
VENI, VIDI, VINCI.
Que notre lutte pour la Patrie continue jusqu’à la Victoire du Peuple !
Philippe Lomboto Liondjo
BanaCongo, Section Suisse.
14 juin 2006
DRC: Interview with Valentin Mubake, representative of the opposition UDPS
[This report does not necessarily reflect the views of the United Nations]
KINSHASA, 13 June (IRIN) - The Democratic Republic of Congo (DRC) is preparing to hold its first democratic elections in 45 years on 30 July, but the main political opposition party is not participating. The Union pour la démocratie et le progrès social
(UDPS) was known for having stood up to former President Mobutu Sese Seko, who ruled the country from 1965 to 1997. The UDPS leader, Etienne Tshisekedi, was among many who were frequently jailed and even tortured. However, the party never advocated violence to overthrow Mobutu and during the ensuing wars in DRC, its supporters did not take up arms.
Now the UDPS opposes the post-conflict peace process, in which the leaders of the various former armed groups share power. Initially, the party boycotted the elections, and although it later agreed to participate, the electoral commission said the period for voters and candidates to register had closed. Political and civic leaders are now sharply divided over whether UDPS should be allowed to participate.
As part of its special coverage of the DRC elections, IRIN interviewed the president of the UPDS national committee, Valentin Mubake. The following are excerpts:
QUESTION: What do you think is wrong with the electoral process?
ANSWER: UPDS is fighting since 26 years now to install in Congo a rule of law. UDPS didn't take guns like the others. UDPS knows very well that the only way to get power in a democracy is through elections - but what kind of elections? We have said to everybody that the electoral process imposed on the Congolese people is not a good one. The impression we have gotten is that our [international] partners don't want to organise [proper] elections. We can't understand why our partners are just pushing us to go to elections without asking the question, "But what about after the elections?"
Q: What, specifically, are your misgivings?
A: When we were in South Africa [during the Inter-Congolese dialogue with the country's various armed groups and political parties], we signed the [2002 Sun City peace] agreement, and this agreement allowed us to create the electoral commission. We fixed all the tasks that the electoral commission should follow. But our [international] partners decided to ignore some tasks - important tasks.
Among them was the census. It is said that four million are dead [from DRC's civil war]. It means we have to know what has happened in terms of demography, not only in a general sense, but also in each area. We are going to elect not only a president, but also members of congress in each area - and they say we don't need a census. What kind of an election are they planning?
Secondly, we decided [at Sun City ] that the final step should be presidential elections. Why? Because the last time we did elections was [more than] 40 years ago. Whole generations of people in this country do not know what elections mean. So we decided that we would go slowly, starting with local elections, then provincial elections, then legislative elections and finally presidential elections. But [the international community and the electoral commission] decided to change all this. They decided to start with presidential elections. We asked them why? No answer. And now we see political and social tension. It was predictable. Thirdly, we decided in South Africa to organise elections in two years and everything should be done within this time. We also decided that we could add 12 more months after the first two years if there were problems linked to the elections. After the first two years, there were problems, but they were not linked to the elections. The president and the four vice-presidents spent their time looting this country, spoiling everything. So we said no to a 12-month delay because the reason for the delay was not linked to the elections. But all the high-ranking men of the European Union came to see us, the Secretary-General of the United Nations came here, everybody came saying, "It's not the end of the world, it's only 12 months." And so we agreed. That was 30 June 2005, which means the deadline should have been 30 June 2006. And today, they are saying we can't organise elections within three years. Now the first round of presidential elections is set for 30 July. But what about the second round? What about provincial elections? What about local elections? They are leading us to 2007, 2008. We can't agree.
Q: So what do you propose?
A: Our solution is simple. We want good governance in this country. The main actors have to sit down along with the international actors. We have to say that elections are good but we are doing them in a bad way. It's the first time we are facing elections in this country, so we can't avoid all problems. But if something changes in an agreement, we must decide together how to modify the agreement, so if the modification is good, it will be good for everybody. If it's bad, it will be bad for everybody. Everyone will have to share the consequences of the modification.
Our [international] partners have to help us with the culture of democracy, good governance, respecting texts, respecting agreements, not like now - with one group supported by the international community, getting the benefits of the modifications - while other groups, among them UDPS, are supposed to support the bad consequences. We can't agree. So the solution is to bring people together. It will not take more than two weeks. We can save this game; otherwise we will be postponing far worse problems.
Q: So you are calling for further delays in the elections on the grounds that the electoral commission has delayed beyond its three-year deadline. Isn't that a contradiction?
A: It's not a contradiction. Six months ago, when we wanted to get involved, we said we have members who haven't been registered. Please open some offices to register them. We said that our competitors, the other parties, are represented in the electoral commission and the media authority. We asked to be able to participate in these two institutions, to be put on the same level as them. You know what their answer was? We have no time. We will not meet our calendar of 30 June. Now they have missed their deadline. So now they can agree to what they refused us.
We are also asking for more time because they have shown us that they are not able to lead this transition period, and not only in terms of elections. The IMF [International Monetary Fund] and World Bank have suspended financing because of corruption. [The leaders of the transitional government] are still the chiefs of gangs. They are not able to lead this country in so many ways. And so, morally, we now have to help them. We have to say to them, "Let's sit around the table. Let's look together [at solving the problems] and not throwing the baby out with the dirty water."
Q: If the elections go ahead on 30 July, what do you fear will happen?
Elections will be the destruction of this country. We are even scared it can happen before the elections, before July.
Consider this: We decided during [the 2002 peace agreement] to create an integrated army from the different militias [and rebel groups in the conflict]. MONUC [the United Nations peacekeeping mission in DRC] made a census of the number of combatants in the various groups and came up with [a total of] 175,000, not including those still hiding in the bush. Now they are talking about an integrated army of nine brigades. One brigade has less than 4,000 soldiers. That means a total of less than 50,000 soldiers. What about the rest? All those militias belong to the warlords [Vice-President Jean Pierre] Bemba, [President Joseph] Kabila, [Vice-President Azarias] and Ruberwa. So do you think that in such conditions, you will get elections and get everybody to agree to such elections?
I am sure you have heard that here in Maluku, just 50km from Kinshasa , Bemba is training people. Kabila's [presidential] guards are spread everywhere in this country. Laurent Nkunda, the former RCD [Rassemblement congolais pour la democratie] army general has now rebelled against Kinshasa . He is there in the bush near Goma, with his combatants, and we have heard that he is continuing his operations. And it's known by MONUC, by everyone. Everyone has eyes to see it. We have 17,000 soldiers of MONUC, but Ituri [Province] is still Ituri. North Katanga [Province] is still north Katanga . Of the Interhamwe [militia from neighbouring Rwanda accused of taking part in the 1994 genocide], 15,000 are still there. MONUC is pushing them deeper into the bush, not returning them to their own country. What kind of elections do they want us to go to? If we don't face those problems, if we don't sit down together, the future is simple.
Q: You said before that you have the impression the international community does not want to see proper elections in the DRC. What do you mean?
A: This is painful for us. Liberia had an elected president who was arrested because of his implication in crimes. In Haiti, the rebels came into Port-au-Prince, but they didn't get power. But in Congo, we have a different solution. People who have guns have power, and they are backed by all the Western countries. They are in power not because they have shown us that they are good leaders. Reports by UN experts conclude that they are looters. But they are still there. Why? Because it will be difficult to find other puppets like those men.
Look at the mineral resources of Congo. Compare Chile, the world's largest producer of copper, which has a maximum ratio of 0.18 copper in its soil, to Congo, which has a minimum of 3 percent. Our mineral resources are making men crazy. No matter that we didn't properly organise the first elections in 40 years. It's Africa. We have a pretext to maintain mismanagement. And after this, they will say the Congolese people are not capable of managing such a big country and it would be better to have it in parts, like Yugoslavia.
The elections are like a showcase, but behind it is a masquerade to legitimise looters and their foreign supporters. I have [copies of] agreements, which I brought here for you to see. They are with Canadian, American, French and Belgian [companies]. How can you give 84 percent of all copper [concessions] to one man, [George] Forrest, a Belgian citizen working with multinationals? How can you give someone 90 percent of cobalt [concessions]? Congo has the largest deposits of cobalt in the world. It means you have given someone almost all the cobalt of the world, without a tender.
UDPS is not a communist party. We are a democratic party - 26 years against Mobutu, no guns. During the Mobutu regime, Tshisekedi was arrested more than 30 times - and when I say arrested, it doesn't mean for an hour but for months and years. He was exiled in his village several times and physically tortured. And when [Laurent] Kabila came, he said no political activities, no political parties. Tshisekedi said no. We had a dictatorship with Mobutu, and we refused this. You can't be higher than Mobutu. So Kabila took Tshisekedi and sent him to his village in exile for six months.
We are made out to be the devils, while the rebels - who are responsible for four million dead - become angels, just because of resources. It's shameful.
09 juin 2006
La sécession du Katanga en marche ?
Très bizarre comportement tout de même que celui de ces chefs coutumiers Katangais qui auraient fait le déplacement de Bruxelles dans le seul souci de négocier avec les ong un partenariat qui nous profiterait à nous peuple à la base, mais en même temps évitent ceux qui sont les premiers bénéficiaires de leur démarche ! Eux se font dérouler le tapis rouge, tandis que ceux pour qui ils prétendent avoir fait le déplacement de Bruxelles se font arrêter comme de malfrats.
Jusqu'ici, ce sont les politiciens Katangais qui ont fait la honte de cette grande province du Congo. Et maintenant, ces chefs coutumiers qui auraient permis au Katanga yetu (notre Katanga) de garder sa dignité, se mettent aussi à copiner avec ceux qui ont decidé de faire main basse sur nos ressources minières. De cette façon, avec un code minier de plus fantaisistes et la bénédiction des représentants coutumiers de la population, les prédateurs peuvent continuer le pillage du pays en toute quiétude.
N'étant pas bêtes au point de mettre tous les oeufs dans un seul panier, les néocolonialistes ont envisagé tous les cas de figures, sutout celui d'une défaite de la seule personne qui peut assurer la pérennité de leur business, Joseph Kabila, le président sortant. Quoi de plus normal que de caresser dans le sens du poil ces fiers chefs Katangais, comme Tshombe en 1960, en leur faisant miroiter les perspetives de plus grande prospérité du Katanga, s'il se détache du Congo ?
Kyungu, Katumbi et les autres Katangais séparatistes, ne menacent-ils pas déjà tout le pays d'une sécession du katanga au cas où on mettrait Kabila de côté ? Et ce dans la plus grande indifférence de la fameuse HAM, qui ne sévit que contre les politiciens de Kinshasa, lorsqu'ils contestent la nationalité congolaise de Kabila. Pour Mutinga et ses compères, des gens peuvent menacer de mettre le Congo en pièces, c'est pas grave. Mais quand on touche à Jo, c'est tout de suite la suspension des média, des journalistes et même, l'interpellation des politiciens par le tout-puissant (pas) Modeste Mutinga. Des gens peuvent se permettre de réduire une chaîne de télévision (RTMV) au silence, Mutinga s'en balance éperdument. Il s'en félicite même, car c'est tout ce qu'il sait faire : fermer la bouche à tous ceux qui osent cracher dans la main qui le nourrit. Trapéziste de fort mauvais goût, il peut toujours tenter un équilibrisme maladroit dans son "potentiel", lequel équilibrisme ne trompe même plus les plus bêtes des congolais.
C'est dommage pour les belges de ne pas comprendre que les schémas qui ont fonctionné en 1960 ne le peuvent pas aujourd'hui. La preuve : leur copinage avait les chefs Katangais, pourtant entouré de la plus grande discretion, n'a pu passer inaperçu à la perspicacité de ces vigilants Bana Congo, dont le Congo tout entier est reconnaissant de veiller ainsi aux intérêts de ce pays qui nous est tant cher.
Ci-après, le film de la visite des chefs Katangais à Bruxelles, de la plume du vaillant Cheik Fita.
Tony Katombe
BRUXELLES : TAPIS ROUGE POUR DES CHEFS COUTUMIERS CONGOLAIS ET CACHOT POUR LES CHASSEURS D’INFO…
Depuis le 5 juin, une délégation de chefs coutumiers congolais en provenance du Katanga séjournent à Bruxelles pour une série de rencontres avec le monde politique belge et ce, jusqu’au vendredi 9 juin.
Il s’agit de :
Pour la Dynastie LUBA :
- KASONGO WA NYEMBO Yves NGOY KISULA
- MULONGO NDALA Baudouin
Pour la Dynastie LUNDA :
- MWANT YAV MUSHID III
- MUYEJ KABWIT
Pour la Dynastie YEKE :
- MWENDA-BANTU MUNONGO Godefroid
- KALEKWA KANSALA Jean-Marie
Le programme marathon a prévu la rencontre avec les personnalités ou institutions suivantes :
La Coalition ONG « Le Congo veut voter »
Le Commissaire Européen Louis Michel
Le Ministre des Affaires Etrangères, M. Karel DE GUCHT
Le Ministre de la Défense, M. André FLAHAUT
Le Cercle Royal Africain et de l’Outre-Mer, asbl
Jean-Paul Warmoes, Directeur de la FONDATION ROI BAUDOUIN
La Présidente du Sénat, Mme Anne-Marie LIZIN
Le Ministre de la Coopération au Développement, M. Armand DE DECKER
Le Gouverneur du Brabant wallon, M. Emmanuel HENDRICKX
Le Président de la Chambre des Représentants, M. Herman DE CROO
UNICOB, association des belges d’origine congolaise et autres associations de la diaspora.
Ce séjour ayant été organisé dans la plus grande discrétion, il nous a été difficile d’accéder à toutes ces informations afin d’en rendre compte à la population congolaise.
Nous arriverons en retard à la première rencontre avec les ONG belges. La manifestation ayant été déplacée par rapport au lieu indiqué sur le programme.
En début d’après-midi, c’est au tour de l’Union Européenne. Nous arrivons juste à temps pour voir la suite de véhicules diplomatiques traverser le passage de contrôle. Didier RAMAZANI des Bana Congo qui était à la réception interpelle la délégation.
Dans l’entre-temps, notre groupe de congolais s’est agrandi. Le but était simple : demander aux chefs coutumiers la raison de leur présence en Belgique. Et surtout organiser une rencontre d’information avec la communauté congolaise.
À l’issue de l’entrevue chez le Commissaire Louis Michel, le diplomate congolais sort en éclaireur. Aux questions de la presse congolaise, ses réponses sont évasives. Quand nous lui révélons que nous avons le programme détaillé de la délégation, il est un peu ennuyé.
Le service de sécurité de l’Union Européenne qui nous tenait à l’œil s’arrange pour que la délégation s’engouffre dans les véhicules diplomatiques à notre insu. Pas pour longtemps. Le temps d’arriver à la barrière de sortie, les congolais sont déjà sur leur trajectoire. Déviation. Des policiers viennent à la rescousse du service de sécurité local. Et dans un forcing digne des films d’action, les véhicules sortent en trombe, poursuivis par les congolais.
À notre tour, nous nous engouffrons aussi dans nos voitures. Direction, Ministère des affaires étrangères. La délégation nous a précédé de quelques minutes.
Nous nous présentons à la réception dans l’espoir de rencontrer la délégation, à défaut d’assister à l’audience. Le protocole nous demande d’attendre. Et l’attente va s’éterniser.
Dehors, un véhicule de police arrive. Des inspecteurs de police en civil arrivent aussi « par hasard » disent-ils. Il est 15h30.
Une fourgonnette de la police débarque, une dizaine de policiers à bord. Puis une deuxième et… une troisième. Sans attirer notre attention, ceux qui étaient arrivés les premiers préparent des menottes en plastique. Très discrètement, les policiers en civil s’arrangent pour nous maintenir sur le trottoir, nous empêchant d’ avoir accès à la salle d’attente du ministère des Affaires étrangères. Il est 15h50.
Etant donné que la prochaine audience aura lieu au Ministère de la défense, notre groupe se scinde en deux. Un précède et le deuxième attend la sortie des chefs coutumiers. Soudain un commissaire de police se dirige vers nous, et dans son mouvement, la trentaine d’agents de police nous encercle.
Le commissaire lance : « Vous êtes en étant d’arrestation administrative pour manifestation spontanée ». On nous demande de mettre les mains au dos et on nous passe des menottes. Fermement, nous sommes embarqués dans le « saladier » comme des malpropres ou des bandits de grand chemin. Un cameraman congolais de Global TV filme toute la scène.
Nous c’est : pasteur Jules RABBI, Nick KINDUNDU de la communauté congolaise de grande Bretagne à Londres, Henri MUKE de Bana Congo, et Cheik FITA, écrivain et journaliste.
Un véhicule de la police gyrophare en marche ouvre le cortège, notre fourgonnette-prison au milieu, et une fourgonnette ferme le cortège. En conversation au talkie-walkie en néerlandais, les différents services de police se font un rapport mutuel sur la façon dont nous avons été neutralisés, et comment sécuriser l’accueil des visiteurs congolais au Ministère de la Défense. Ordre est donné d’arrêter les congolais qui s’y pointeront. Ils ne s’y pointeront pas, ayant été alertés par Aubin KIKONKA de Bana Congo qui avait échappé de justesse à la rafle policière.
Nous sommes amenés au bureau de la police fédérale de la rue marché aux Charbons à 1000 Bruxelles, On prend nos identités, on nous fouille après nous avoir déshabillé un à un gardant juste le slip et ce par… des policiers ayant l’âge de nos enfants. Tout est confisqué : téléphone portable, bague de mariage, montre, porte-feuille, ceintures… puis emballés dans un sachet transparent à l’en-tête de la police avec les écrits suivants : « Tribunal de première instance de… greffe correctionnel…Inventaire des pièces à conviction. »
Quand je remets mon pantalon sans ceinture, je suis obligé de le tenir avec les mains: trop large aux hanches. Ne pas risquer de le voir tomber à l’instar de ceux des romains à qui Obelix décoche un uppercut .
On nous enferme dans un même petit cachot en métal avec Henri Muke. Le pasteur et notre compatriote de Londres sont ailleurs. Après dix minutes, on nous sépare, et chacun a droit à une cellule de quatre mètres de haut, quatre et demi de profondeur, un et demi de largeur.
À l’intérieur, un bloc toilette sans chasse d’eau. L’éclairage provient d’un tube au néon ainsi que d’une ouverture en verre épais pour la lumière du jour. Et très haut, deux petites bouches d’aération. Il y a un lit en béton plein, style lit mortuaire. Dessus, un petit matelas et une couverture gris sombre, genre militaire. L’odeur piquant d’un détergent de médiocre qualité me tiendra compagnie.
J’ai le choix entre m’asseoir sur le grabat ou par terre, rester debout ou… me coucher. Mince. Les heures s’écoulent très très lentement. De temps en temps nous nous appelons par sifflet. Parfois pour se défouler, l’un de nous donne des coups à la porte blindée tout en lançant de grands cris
J’entends notre compatriote le pasteur faire une prière à haute voix en faveur de la lutte du peuple congolais et de sa victoire finale face aux forces du mal qui cherchent à nous diviser, nous coloniser de nouveau et à maintenir notre peuple dans l’obscurantisme pour mieux piller nos richesses naturelles.
Vers 21h20 on vient ouvrir ma cellule. Un quart d’heure plus tôt j’avais intercepté une conversation entre policiers disant « il y en a deux qui sont déjà partis ».
À la sortie, un comité d’accueil de congolais nous attend.
Ce jeudi 8 juin 2006, lors d’un contact téléphonique avec le diplomate congolais qui accompagne la mission, monsieur Kalume, celui-ci a daigné nous éclairer un peu plus sur le séjour des chefs coutumiers :
les chefs coutumiers ne voudraient pas qu’on donne une connotation politique à leur séjour s’ils sont là, c’est dans le cadre de leurs prérogatives qui figurent dans la nouvelle constitution et de leurs pouvoirs qui y sont repris et reconnus.
Ils sont venus prendre contact avec des ONG pour le développement à la base car jusqu’ici, la coopération est surtout d’Etat à Etat et il y a une forte déperdition quant aux effets dans la population compte tenu des incidents qu’il y a eu hier à leur sortie de l’Union Européenne, ils ne sont pas chauds pour un contact avec toute la communauté mais néanmoins, les contacts continuent pour à défaut avoir une séance de travail avec un groupe plus réduit.
Une rencontre franche sera dans l’intérêt des uns et des autres.
NOTA :
Des fichiers sont disponibles :
-Un fichier vidéo de la tentative d’interception des véhicules de la délégation
-Un fichier audio de l’interview par téléphone de Monsieur Amadeu Altafaj i Tardio Porte-parole de la Commission européenne au Développement et à l’Aide humanitaire, Commissaire Louis Michel)
- un fichier audio de l’interview du diplomate KALUME
Bruxelles, le 8 juin 2006
Cheik FITA
2006-06-08 18:25:16
08 juin 2006
Dialogue, oui mais sans revendications nationalistes
(Muanacongo 08/06/2006)
Progresse-t-on dans la voie d’une concertation entre les politiciens congolais ? Telle est la question que l’on peut se poser à l’analyse de la conférence de presse donnée récemment par le libéral Didier Reynders, vice-Premier ministre et ministre belge des Finances à l’occasion de sa visite dans notre pays. Pour rappel, monsieur Reynders est également le président du parti belge MR (Mouvement Réformateur), parti auquel appartient un certain Louis Michel.
Assiste-t-on dès lors en Belgique à une passation de pouvoir entre l’actuel président du MR et son prédécesseur Louis Michel sur le dossier congolais ? Certainement pas mais politiquement, c’est l’impression que le MR aimerait donné aux belges d’origine congolaise qui constituent un électorat non négligeable dans la perspective de prochaines élections communales belges d’octobre 2006.
En effet, il est de notoriété publique que le MR n’est pas en odeur de sainteté au sein de la diaspora congolaise de Belgique à cause du soutien inconditionnel du sieur Louis Michel à Joseph Kabila. Il est donc de bonne guerre que M. Reynders entreprenne une opération de charme pour récupérer cet électorat potentiel qui lui fait tant défaut. Raison pour laquelle son discours, destiné avant tout à ses compatriotes belgo-congolais, semble aller au-delà des recommandations des ambassadeurs membres du Ciat pour lesquels un dialogue dans le contexte actuel est à exclure.
Est-ce pour autant que cette passation de pouvoir se traduira dans les faits par une prise en compte objective du processus électoral par la communauté internationale? Pas si sûr car M. Reynders, tout en se montrant favorable au dialogue et à la concertation politique pour créer un climat de confiance avant les élections a tout de suite préciser qu’il n’était pas question que ce dialogue prenne en otage les dites élections ou ne vienne remettre en cause le processus électoral en cours.
En clair : L’Udps doit revoir sa note de revendications si elle veut que les bailleurs de fonds de la transition congolaise acceptent de lui appliquer le principe d’inclusivité si cher aux accords de Sun City.
En plus clair encore et de manière totalement décodée : L’Udps, l’église catholique ainsi que tous les tenants d’un dialogue doivent oublier
- Que le pays est dirigé depuis dix ans par des étrangers,
- Que la transition se termine le 30 juin 2006,
- Que les élections sont organisées pour légitimer le règne des seigneurs de guerre ainsi que leurs pratiques maffieuses,
- Qu’aucun objectif de Sun City n’a été atteint,
- Que 5 millions de morts n’ont pas été une raison suffisante pour constituer une arme républicaine, - Que la transition n’a guère amélioré le quotidien des congolais.
Bref certains doivent tout simplement oublier pourquoi ils se battent depuis 26 ans pour seulement retenir les leçons démocratiques assenées par la communauté internationale aux congolais, leçons qui objectent que les élections, qui ne sont jamais parfaites nulle part au monde, ne sont pas en soi la panacée aux problèmes congolais et que les perdants doivent prendre leur défaite avec le sourire.
In fine, la communauté internationale demande aux oppostions à Kabila d'accepter de perdre la présente élection au profit de ce dernier car il y aura d'autres élections dont ils seront les grands gagnants par le jeu de l'alternance démocratique.
Incroyable mais vrai!
Jean-Eric Badibanga,
Le 07 juin 2006
© Copyright Muanacongo
