27 juillet 2006
Elections présidentielles : accompagnateurs un jour, accompagnateurs toujours ?
Dimanche 30 juillet 2006, les congolais sont attendus aux urnes pour aller élire un président de la république et 500 députés nationaux. Joseph kabila, le président sortant, candidat à sa propre succession, se dispute les faveurs des congolais avec 32 autres candidats qui passent aux yeux de l’opinion plus pour des accompagnateurs du président actuel que comme challengers sérieux.
En effet, beaucoup d’observateurs n’ont pas compris que ces prétendants, qui ont pour la plupart des représentants au parlement quand ils n’y sont pas eux-mêmes aient laissé passer une constitution et une loi électorale taillées sur les mesures d’un seul candidat, pour maintenant à la veille des élections, venir égrener un chapelet d’irrégularités d’un processus dont l’UDPS (Union pour la Démocratie et le Progrès Social), du Docteur Etienne Tshisekedi, avait dénoncé l’opacité dès le départ, dans une indifférence générale de ceux qui pensaient inverser la tendance de l’intérieur du processus.
En moins d’une semaine des élections, aux 19 candidats, récemment réprimés sur le boulevard du 30 juin, s’est ajouté le très modéré Z’AHIDI Arthur NGOMA, vice-président du Congo en charge du social, qui dénonce une parodie d’élections et réclame, à la place de cette mascarade électorale, des concertations pour crédibiliser un processus qui a tout l’air d’être conçu pour le triomphe d’un candidat désigné d’avance ailleurs qu’au Congo.
Il convient aussi de relever les menaces à peine violées de Jean-Pierre BEMBA, l’autre vice-Président en charge de l’économie qui avertit qu’il ne se plierait, en cas de défaite, que devant un scrutin transparent. Azarias Ruberwa, le protocolaire vice-Président de la république en charge de la politique, défense et sécurité, qui a passé toute la transition à fustigeait la mauvaise foi du président Kabila qui faisait fonctionner des institutions parallèles, lesquelles institutions empiétaient sur le fonctionnement normal du gouvernement, spécialement dans le domaine politique et sécuritaire. L’homme, à ses dires, n’a jamais rien contrôlé dans son secteur, qu’il n’y va pas non de main morte pour appeler à une crédibilisation du processus.
Il est fait état, dans les milieux proches du Dr Kashala, de Pierre Pay Pay et de Diomi, trois autres candidats à l’élection présidentielles des entraves leur posés de la part des autorités portuaires et aéroportuaires, qui seraient instrumentalisés par Kabila, non seulement pour le dédouanement et l’acheminement de leur matériel de propagande, mais aussi pour leur déplacement en provinces. Une situation que même la MONUC se borne juste à déplorer.
Avec tous ces entraves aujourd’hui déplorés, la découverte des 5 (7.5, 10 ??) millions de bulletins de vote supplémentaires non signalés par Malu Malu, l’abbé président de la commission électorale dite indépendante (CEI), les réponses alambiquées sur la localisation du serveur et les programmes informatiques utilisés, les 216 bureaux de votre fictifs signalés par le quotidien Le Phare, … tous se rendent compte, encore une fois, alors que le vin est tiré, que comme toujours, Tshisekedi, avait vu juste. L’exigence de requalification de cet homme, coupable d’être toujours en avance sur son temps, n’était donc pas une bouderie de plus.
Tels des moutons qu’on amène à l’abattoir, voilà ces présidentiables avançant sans grande conviction vers ces élections qui, selon Joseph Olenghankoy des FONUS, sont organisées pour légitimer le président sortant, présenté comme le candidat des occidentaux.
Jour-j moins 4. Attablés à la terrasse située derrière la station service au niveau de la 16ème rue à Limete, Serge, Kis, Roger, Marianne et l’auteur dévissent sur le sort prochain de ceux qui sont pris, alors qu’ils croyaient prendre.
Sentencieux, Roger assure qu’aucun de tous ces candidats ne pourrait rivaliser avec le vétéran Antoine Gizenga, l’homme-Dieu de Limete, dans un scrutin vraiment ouvert et dans lequel la compétition se ferrait à armes égales. Beaucoup d’espoirs peuvent être fondés sur le chef des lumumbistes pour une victoire aux prochaines élections, dans la mesure où il est connu de tous que le vote sera d’abord tribal et que le vieux est le seul à disposer d’une base dans la province du Bandundu, dans la ville de Kinshasa et dans la province Orientale, bastion des lumumbistes. En plus, continue-t-il, il est sérieux, constant, résolument engagé pour le changement, avec un projet de société clair.
Quel naïf ! S’étonne Kis, bouche grandement ouverte, en secouant la tête et poussant de longs soupirs. Gizenga constant ? Gizenga résolument engagé pour le changement ? Mais tu rêves ou quoi ? Comme s’il lisait dans un livre, il rappelle le retour du vieux lumumbiste à Kinshasa, comment toute l’opposition conduite par Tshisekedi, qui a fait son chauffeur, est allée lui faire allégeance au beach Ngobila, comment alors qu’il lui avait été demandé de prendre la tête de l’Union sacrée de l’opposition pour déboulonner Mobutu, il s’est inscrit dans une démarche fétichiste avec une ténébreuse OTT (opération tremblement de terre) qui fit plus tuer les militants du PALU (Parti Lumumbiste Unifié) qu’elle ne fit trembler la terre, comment il soutint Thomas Kanza (le candidat de Mobutu) contre Tshisekedi à la Conférence nationale,…
C’est vieux tout ça ! S’exaspère Robert. On parle des élections qui auront lieu dimanche. Il n’y a pas de quoi remonter jusqu’au déluge, bon sang !
Silence complet, on entendrait une mouche voler. Les autres savent leur ami sur la défensive pour avoir ainsi haussé le ton.
Avec beaucoup de précaution, Kis contre attaque : Mais Robert, parce que tu parles de la constance et de l’engagement de Gizenga dans la lutte pour le changement. Quoi de plus normal que d’aller jusqu’au début de la démocratisation pour voir si ton candidat a fait montre des qualités que tu lui prêtes ?
Signes des têtes approbateurs des autres.
Encouragé, Kis continue : et puis souviens-toi que lorsque la pression était forte pour la fin de la transition le 30 juin 2006, le vieux est allé se faire enrôler le 29. Ensuite alors que Kinshasa et les principales villes du pays étaient globalement hostiles au projet de constitution, le patriarche a appelé à voter ‘‘oui’’. Il a toujours une bonne raison pour être à chaque étape du même côté avec le PPRD.
Alors qu’on s’attend à une explosion de colère de la part de Robert, c’est plutôt d’une voix calme qu’il réagit : on voit tout de suite que tu n’as pas lu la dernière déclaration du PALU, ni la pertinente bréviaire qui explique clairement la position du PALU par rapport au PPRD et au président sortant.
Serge qui jusque-là joue au modérateur observe : c’est quand même tardif cette mise au point, car tout le monde n’aura pas le temps de lire votre déclaration et votre bréviaire et la majorité continuera à croire à l’histoire de la maison, de la jeep et de la caution de 50.000 payés par Kabila à Gizenga.
A part Gizenga, qui d’autre ? Demande Serge.
Kashala, avance Marianne.
Robert se tient les côtes et éclate de rire. Kashala ? Mais soyons sérieux, on le connaît même pas, on ne sait pas d’où il vient, on lui prête de millions qu’on ne voit pas, il passe son temps à se faire recevoir par les américains et les français au lieu de venir commencer sa campagne à temps, et maintenant il parle d’entraves…
Mais, persiste Marianne, il a du monde derrière lui à Kin, au Bas-Congo, au Kasaï,…
Nouveaux rires de Robert. Oublie ton Kashala, Marianne. Kinshasa et le Bas-Congo ne sont pas le Congo, quant au Kasaï, il reste à prouver que ton toubib de candidat y a une base. C’est plutôt la place forte de l’opposition qui a programmé d’aller enterrer ses derniers morts le 30 juillet que d’aller voter. Last but not least, la clé qu’il exhibe se trouve plutôt à l’EST, c’est-à-dire, de la Province Orientale au Katanga en passant par le Maniema et les deux Kivu, avec plus ou moins 45 % de l’électorat majoritairement acquis à Kabila. Au lieu d’y aller, ton Kashala a préféré gaspiller du temps à se faire recevoir à la maison blanche, au pentagone,…
Très sûr de lui, Kis renvoit ses amis dos-à-dos: Vous n’y êtes pas du tout avec vos Gizenga et vos Kashala. Le candidat idéal, c’est P3 (Pierre Pay Pay) pour qui vous n’avez pas besoin que je me mette à énumérez les qualités. Comme la clé est à l’EST et que P3 vient de là, il va arracher des voix des voix à Kabila et passer sans problème.
Pas très convaincue, Marianne relativise : Mais ton P3 ne fait pas montre d’une réelle envie de gagner. On ne lit aucune détermination, aucune hargne, ni dans son allure, ni dans son discours. A son âge, il paraît même plus fatigué que Gizenga et donne l’impression d’être poussé par une bande des chercheurs d’emplois qui croient en lui plus que l’homme ne croit en lui-même.
L’auteur se tourne vers Serge qui, comme Gavroche, répond : c’est la faute au vieux !
Encore ! Hurle Robert.
Molo, il ne s’agit pas de Gizenga, je parle de Tshisekedi. Mais depuis quand es-tu devenu pro Gizenga pour tout le temps monter sur tes grands chevaux au point d’entendre son nom même quand on parle de quelqu’un d’autre ? S’étonne Serge.
Les yeux s’écarquillent et se tournent en direction de Serge, sans trop bien comprendre ce que Tshisekedi vient chercher dans cette histoire ?
S’il était dans la course, on ne serait pas là en train de chercher quelqu’un pour battre Kabila, explique Serge.
Battre Kabila ? Mais pourquoi ? Demande la serveuse qui de passage a capté leur conversation. Il est beau, il a pacifié le pays, il a partagé son pouvoir avec tout le monde, il ne polémique pas inutilement,…
Robert tire une chaise et demande à la serveuse de s’asseoir et doucement, tel un professeur livrant une vérité nouvelle, il égrène toute une liste de raisons pour lesquelles Kabila devrait être éliminé : ‘‘Il y a trop de questions sur la personne de Joseph. Qui est-il ? D’où vient-il ? Pourquoi Etienne Kabila, fils de Laurent Kabila, conteste-t-il la filiation de Joseph à Mzee Kabila ? Pourquoi Joseph parle-t-il avec l’accent ruandophone alors qu’il est dit avoir grandi dans le maquis, avec ses parents, donc sans grande influence extérieur ? Pourquoi ne le voit-on jamais parler en français sans lire et tant se concentrer quand il faut lire en français ? Pourquoi peine-t-il tant dans cette langue alors que Mzee, auprès de qui il aurait grandi la parlait si merveilleusement, alors qu’il est aussi dit avoir fait l’école française de Dar es-Salaam ? Pourquoi les occidentaux, naguère si hostiles à Mzee lui sont-ils si favorables au point de battre campagne pour lui ? Pourquoi a-t-il fait libérer Sifa la veille de la mort de Mzee et pourquoi cette dame était-elle mise aux arrêts. Pourquoi est-il si aimé de Louis Michel qui le premier a annoncé la mort de Mzee. Pourquoi le procès de l’assassinat de Mzee n’a-t-il pas été public ? Pourquoi la lumière n’a-t-elle pas été faite jusqu’aujourd’hui alors que c’est le fils qui a succédé au père ? Pourquoi …
Lassée, la serveuse l’interrompt : parce que d’après vous, il serait Ruandais ?
Comme s’il avait deviné la question, pensif, Robert, réagit : Je ne suis pas la personne habilitée à fournir des réponses. Ce ne sont là que mes pourquoi à moi sur le personnage. Vous avez les vôtres, chaque congolais a les siens. Si nous devons laisser passer quelqu’un sur qui chacun à des questions auxquelles il cherche ses réponses propres, nous sommes alors très mal barrés.
Dépitée, la serveuse laisse tomber : vous voyez les étrangers partout. De nouveaux clients arrivent et la serveuse se lève pour aller servir.
Pauvre petite, elle croit tout ce que la RTNC lui raconte, regrette Robert.
Un long silence. Des mines d’enterrement. Personne, aux yeux de ces jeunes cadres proches de Tshisekedi, ne semble en même de barrer la route à celui qu’ils considèrent comme un étranger que les puissances occidentales voudraient imposer au Congo pour continuer le pillage du pays et assurer la protection de petits pays voisins qui ont envahi et agressé le Congo à deux reprises. Ils soupirent que ces gens de l’EST soient si naïfs au point de donner le bon Dieu sans confession à Joseph.
Accompagnateurs, tous des accompagnateurs, se lamente Robert avant de décider : dimanche, on reste à la maison !
Erreur ! Ils se retournent tous vers la table voisine. Cheveux blancs, un homme d’un certain âge vient de s’inviter dans leur conversation. Vous savez, poursuit l’homme, à l’EST, tous iront voter Dimanche. La meilleure façon de faire passer Kabila au premier tour est un boycott à l’OUEST. N’oubliez pas que le centre boycottera de toutes les façons. Et si Kabila passe, vous le supporterez au moins pendant 15 ans encore.
Alors ? Unanime, la question fuse. Tel un oracle, l’homme répond : votez et faites voter Bemba ? L’homme se lève, salue de la tête et s’en va.
Bemba ??? S’exclament-ils en raccompagnant l’homme de regards hagards.
Le téléphone de Marianne sonne. Elle vient de recevoir un SMS : banda lelo ti le 30, vérifiez que moto nyonso akovoter Bemba.
Pensif, l’auteur positive : Bemba, Kashala, Pay Pay, Gizenga, Olenghankoy, Diomi, Z’ahidi,…doivent maintenant prouver qu’ils ne sont pas que des accompagnateurs de Joseph Kabila. Et la seule façon pour eux d’y arriver est de ramasser assez de voix pour amener le président sortant au deuxième tour, quitte à se ranger tous en ce moment-là derrière l’un d’entre eux pour une victoire finale collective dans l’intérêt du Cong .
Anthony MK KATOMBE
