09 août 2006
Le Congo d'en bas vu et entendu par Le Monde
Décidemment, Le Monde parfait dans le journalisme et sort du lot des organes de presse occidentale, tous ou presque irrésistiblement mis en contribution par l'occident officiel pour tripatouiller le choix électoral du peuple exprimé le 30 juillet 2006. Le Monde, a préféré, la veille de l'élection, descendre dans un quartier pauvre de kinshasa pour s'entretenir avec les ouvriers, cette catégorie au nom de laquelle ces messieurs en veste et cravatte clament organiser cette élection. Un article très intéressant qui laisse clairement ressortir que les vues exprimées dans cet espace, loin d'être les thèses d'un certain type d'intellectuels aigris en rupture avec la base réelle, traduit fidèlement le profond ressentiment du congolais envers un dirigeant plus proche de l'étranger que de son prétendu peuple.
Tony Katombe
"C'est encore les Blancs qui veulent nous imposer leur candidat"
LE MONDE | 29.07.06 | 12h17
KINSHASA ENVOYÉ SPECIAL
Parmi les choses dont s'enorgueillit la jeunesse du quartier Tshangu, qui borde la route de l'aéroport de Kinshasa, la force et la précision des jets de pierre figurent en bonne place, particulièrement lorsqu'il est question de politique.
Depuis longtemps, la réputation de Tshangu, quartier de familles et de voyous, pauvre, dur et frondeur, n'est plus à faire. Dans ces confins de l'est de la ville, ensemble de quartiers baptisé "zone rouge", on avait déjà "caillassé" le maréchal-président Mobutu Sese Seko à son retour au pays en 1993, scellant le divorce entre le vieux despote et sa capitale.
Depuis, d'autres caillassages ont suivi, le pays s'est effondré, tandis que le quartier devenait encore plus pauvre et encore plus hostile au pouvoir en place, si faire se peut.
Vendredi 28 juillet, dernier jour de campagne avant des élections historiques, dimanche, regroupant présidentielle et législatives, les lanceurs de pierre de la "zone rouge" s'apprêtent à une nouvelle confrontation. Depuis des heures, le passage du cortège du candidat-président de la République, Joseph Kabila, qui doit parcourir à pied l'unique grand boulevard reliant l'aéroport à la ville, entouré de ses partisans, est attendu de pied ferme.
En retrait, dans la "cité", à la croisée de deux routes où le goudron semble avoir commencé son départ en même temps que celui des colons belges, en 1960, la fièvre électorale fait rage.
A Tshangu comme partout dans Kinshasa, l'acmé de la campagne a jeté dans les rues les nuées de candidats à la députation, qui sillonnent le quartier, juchés sur des voitures, entourés de musique et de supporters enthousiastes payés pour la journée. Le moindre carrefour croule sous les banderoles. Chaque minute, les candidats les plus variés passent dans un vaste brouhaha.
L'un promet d'instaurer la "justice juste", ce qui n'est pas un pléonasme au Congo. Un autre promeut au passage son "sponsor", une entreprise de fabrication de coton hydrophile, tandis qu'un de ses concurrents, se présentant comme le "patriarche du Dieu vivant" s'extrait à grand-peine d'une foule qui réclame à grands cris des "moyens" (de l'argent).
Cette part de fantaisie et de démesure, devant un atelier de mécanique du carrefour de Tshangu, n'amuse personne. Le quartier tout entier est trop absorbé par son hostilité au président Kabila, accusé d'être un "étranger", comme l'ont ressassé des campagnes pernicieuses au cours des derniers mois.
" C'est un Tanzanien ou un Rwandais. S'il est élu, on risque de vendre le pays sans le savoir" affirme André Malokankuba, qui explique avec un haussement d'épaule qu'il n'a aucunement l'intention de se conformer à l'injonction "votez Joseph Kabila" inscrite sur sa casquette. Du reste, il "peut tout prendre, tee-shirt, casquettes, photos, tout bouffer accepter de l'argent", sans que cela l'empêche de voter comme le coeur lui en dit, en l'occurrence "pour Jean-Pierre Bemba", principal concurrent de Joseph Kabila.
Autour de lui, la foule admet sans état d'âme avoir décidé "depuis hier" de soutenir Bemba, ex-chef rebelle devenu vice-président de la transition, et de lui avoir réservé un accueil triomphal sur ce même boulevard.
TENSION GÉNÉRALE
Le mot d'ordre est sans doute venu de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), parti "historique" d'opposition dont le président, Etienne Tshisekedi, boycotte le scrutin.
Mais dans la tension générale, les arguments parlent de tout autre chose, haut et fort : "Les Blancs veulent nous imposer leur candidat, Kabila, mais ici, on n'en veut pas."
Alors toutes les frustrations, toutes les misères de la "zone rouge", soudain, crèvent. "C'est encore les Blancs qui veulent nous imposer leur candidat. Sarkozy nous refoule tous les jours, les Blancs traitent les Congolais comme des chiens, et ensuite, ils viennent piller nos richesses. Ce pays est riche, ce pays a tout et regardez, ici, on n'a pas mangé depuis ce matin."
Dans la foule qui gonfle, un homme vient soudain porter la contradiction. Bitumba Nsimba défend Joseph Kabila, son bilan et ses origines : "Pour regarder où il va, il n'a pas besoin de regarder dans le rétroviseur."
Sa démonstration s'interrompt net. Sur le boulevard, à une centaine de mètres, des coups de feu claquent. Des hommes et des femmes courent, des voitures roulent pied au plancher.
Le cortège du président vient de passer, et la jeunesse du quartier, comme promis, a jeté des pierres, déclenchant les tirs de la garde présidentielle.
Tshangu, alors, entre en ébullition. " Y'a guerre sur le boulevard ou quoi ?", crie un mécanicien. "Est-ce qu'un président aimé ferait tirer comme ça sur son peuple ?", renchérit son voisin. Avant de menacer : "Si on essaye de nous imposer Kabila, on va se battre, on est prêt."
Jean-Philippe Rémy
Article paru dans l'édition du 30.07.06
Elections, et après ?
Quelle sera la suite?
Et donc nous observons, non sans une certaine délectation, que tous les exégètes occidentaux qui ont manigancé de A à Z le processus électorale en République Démocratique du Congo se sont lourdement trompés et que la voix de celui que l’on appelle, non sans raison, le souverain primaire, la voix du peuple congolais à contrecarré le plan de cette nébuleuse informelle nommée Communauté Internationale. Nous ne reviendrons pas en détail sur ce plan que nombre d’entre nous n’hésite pas à qualifier de machiavélique, car il était d’une telle évidence qu’il en était aveuglant. Mais, en résumé et pour les réfractaires qui ne jurent que par la croyance en une quelconque compassion de la part de cette Communauté Internationale, rappelons tout de même que le concept central de ce plan était d’imposer un sujet X, présenté aux congolais et aux yeux du monde comme étant « l’espoir du Congo », au poste de Gardien en Chef de la caverne d’Ali Baba, cette caverne aux innombrables trésors naturels qu’est notre pays. L’imposer et le légitimer par une opération marketing qui devait séduire le peuple congolais sans coup férir du fait que ledit peuple n’avait plus voté depuis la nuit des temps.
Cousu de fil blanc et piège grossier que n’ont pas tardé à dénoncer sur tous les tons un nombre croissant de fils et filles de la patrie de Patrice Lumumba, relayés de temps à autres par des gens qui ne sont pas ressortissants congolais, mais qui, après avoir entendu et écouté ce que nous disions, se sont rendus compte de la supercherie, de la fourberie et de l’escroquerie que cherchaient à mettre en place des groupes d’intérêts financiers se cachant derrière l’informalité de la Communauté Internationale.
Leur approche sur la problématique de la maitrise et la gestion, à leur seul bénéfice s’entend, des fabuleuses richesses congolaises partait d’un préjugé sur les congolais et plus précisément sur le comportement des congolais lorsqu’il est question de la gestion politique, économique et sociale. Les renseignements qui leur ont été fournis présentaient les congolais comme des êtres superficiels, corruptibles à souhait et totalement irresponsables.
Mal leur en a pris de croire en cela. Et le vote du 30 juillet 2006 est un démenti cinglant que les congolais ont asséné à la face du monde.
Plus que le vote-sanction, c’est surtout l’expression de ralliement autour d’un fils du pays qui à le plus surpris les concepteurs et les gérants occidentaux de ces élections. En effet, eux qui n’ont pas lésiné sur les moyens tant financiers que médiatiques, et même militaires, pour nous présenter d’un côté le « grand favori » et de l’autre « un seigneur de guerre », se retrouvent aujourd’hui avec l’obligation de faire monter leur poulain sur le ring pour un deuxième round d’un combat qui va définitivement le mettre au tapis. Et partant, sonner le glas de leur plan de colonisation du Congo par le biais d’une démocratie amputée de l’essentiel, la liberté et le respect du choix populaire.
Malgré les atermoiements et les ronds-de-jambes de Malu Malu, malgré les menaces et autres suggestions de cette foutue Communauté Internationale, rien n’y fait. Et ils se rendent compte que la vigilance des congolais est telle que les trois semaines qu’ils voulaient pour tripatouiller les chiffres, et ainsi donc remettre leur « porteur d’œufs » sur le chemin de la présidence, les yeux du peuple congolais sont sur eux et la vérité des urnes éclate et livre la réalité : Nous allons au deuxième tour.
En lice Jean-Pierre Bemba Gombo et « l’homme à la grande capacité d’écoute »…Je me réjouis déjà d’un affrontement télévisé dans un débat contradictoire entre ces deux adversaire. Personnellement, je pense que « le Chairman » sera bien plus à l’aise dans cet exercice que son opposant.
Il ne nous reste plus qu’a compter les jours avant l’annonce officielle par « l’Abbé-Président » en espérant qu’il n’y ait pas de cataclysme d’ici là, car avec la Communauté Internationale
Philippe Lomboto Liondjo
Bana Congo Section Suisse
