16 août 2006
La palme du négociateur le plus malhabile.
En intentant un procès contre l’UDPS, Louis Michel insulte les démocrates congolais en général mais s’attribue du même coup la palme du négociateur le plus malhabile. Il publicise lui-même son échec, d’ampleur rarissime, que des méthodologues de la négociation ne manqueront pas de stigmatiser dans leurs manuels de formation. Un cas de figure exceptionnel, presque caricatural, qu’on ne trouve généralement que dans les hypothèses les plus osées des chercheurs. D’habitude un négociateur qui rate un tel mandat démissionne et propose, à ces mandants, des aménagements au processus ou d’autres pistes à explorer. Le processus continue alors sans lui et on finit par l’oublier comme on a oublié Paul Bremer en Irak, par exemple. Mais non, il persévère dans l’échec et va jusqu’à porter plainte contre l’acteur le plus lésé. Pendant ce temps, plus de la moitié des candidats à la présidence se sont désistés eux aussi pour dénoncer le processus en question. Parmi eux : deux anciens premiers ministres du pays, tous deux professeurs d’université; un juriste reconnu, ancien secrétaire général adjoint de l’OUA; un ancien gouverneur de province, ancien ministre et ancien PAD d’une grande société minière; etc. Tous ces candidats et la population congolaise dans une large proportion ne demandent pourtant qu’un processus électoral fiable. Extraordinaire opportunité de succès pour un médiateur sérieux dirait-on !
La principale raison de l’échec des médiateurs européens au Congo ? Ils n’ont pas su maintenir le focus sur les objectifs politiques, ce qui requiert surtout une indépendance réelle et apparente vis-à-vis des influences du capitalisme sauvage naturellement à l’affût d’opportunités de prise de contrôle. Le cas irakien est éloquent à cet égard. Il paraît, selon Jean Ziegler[1] citant le New York Times, que les bénéfices nets des compagnies pétrolières américaines, dont certaines avaient dirigées dans le passé par Dick Cheyney, Ronald Rumsfeld ou Condoleeza Rice, auraient augmenté de 43 % au deuxième semestre de 2004. Pendant ce temps la guerre civile sévit en Irak malgré des élections pourtant plus transparentes. C’est ce que les démocrates congolais veulent éviter, par des concertations franches.
Les médiateurs européens ont manqué de hauteur et leur courte vue ne leur pas permis de prévenir l’invasion d’un processus important par un affairisme éhonté. À moins qu’ils n’aient été expressément mandatés pour faciliter une certaine prise de contrôle de l’État congolais. De plus, prisonnier de vieux préjugés si tenaces dans son pays, Louis Michel n’a pas pu s’empêcher de recourir à un stéréotype tout petit évoqué de façon récurrente en Belgique : « telle est la meilleure opportunité pour le Congo ». Kabila, très jeune personne sans instruction ni expérience de travail, serait meilleure que des politiciens avérés universitaires compétents et respectés tels que Lunda ou Kamanda. Un autre Belge, le libéral Jean Gol, avait déjà tenu la même réflexion dans le passé à propos de Kengo wa Dondo. Ce dernier n’avait pourtant pas le respect des Congolais qui considéraient que ses équipes successives avaient commis les plus grandes prédations de l’histoire du Congo. L’intervention de Jean Gol n’avait finalement servi qu’à compromettre un peu plus le déroulement du processus de l’époque, et le pillage de l’État Congolais, par ses propres inciviques, s’est perpétué comme cela était prévisible à l’époque.
La récente visite des officiels belges à Lubumbashi (le nouveau Gbadolite) ne fait que confirmer davantage la preuve d’une stratégie de raquette. Alors que les Congolais s’époumonent à réclamer la requalification du processus électoral, ces « honorables » n’ont exprimé aucune considération sur cette noble revendication ni sur les risques de sécurité directement imputables à l’application d’un processus vicié. Ils n’ont parlé que de prétendus « investissements », de leurs projets d’acquisition de notre patrimoine en fait. Si ces gens pouvaient se passer des revendications congolaises, comme du temps où les noirs n’avaient pas d’âme, ils feraient exactement comme leurs ancêtres et « développeraient » le Congo sans les Congolais. Heureusement que les temps ont changé et qu’il n’est plus possible d’ignorer impunément la volonté des citoyens. Mais la Belgique
Par ce procès contre Mpuila, Louis Michel extériorise les mobiles de son intervention dans le conflit congolais. Un médiateur politique impartial n’assumerait pas une confrontation ouverte contre un des acteurs principaux du conflit qu’il doit résoudre; il ne ferait pas un procès contre le parti politique le plus populaire alors qu’il est censé faciliter le dialogue interne; il ne soutiendrait pas aussi ouvertement un candidat militaire susceptible de restaurer l’autoritarisme; il aurait des concertations plus suivies avec des candidats plus prometteurs reconnus pour leurs compétences et expériences (Lunda, Kamanda, Mukamba, etc.). L’intervention de Louis Michel au Congo ne visait finalement qu’à faciliter la mainmise des acquéreurs européens sur le pouvoir politique congolais. Des villageois de Tshikapa et d’ailleurs s’en plaignent déjà; leurs terres et leurs rivières sont déjà devenues des propriétés étrangères, du jour au lendemain. Ces ressources collectives sont désormais gardées par des bergers allemands comme les manifestants kinois le seront des militaires allemands à partir du 30 juillet.
Inconsciemment ou sciemment, certains Belges continuent encore à se venger de l’indépendance du Congo, à vouloir à tout prix démontrer le préjugé d’incapacité politique qu’ils adorent attribuer à leurs anciens colonisés. Pour cela, une vielle stratégie est réutilisée depuis 1960 : casser la ferveur des démocrates pour un vrai changement; neutraliser si nécessaire certains acteurs; discréditer l’ensemble de la classe politique congolaise; promouvoir à grand frais le candidat le moins significatif, le porter au pouvoir et lui fournir des moyens de la répression. Au passage, profiter des acquisitions.
L’affaire Louis Michel contre UDPS est en fait un procès de la classe politique belge contre l’indépendance réelle du Congo. Il est cependant une nième opportunité de dénonciation offerte aux Congolais, une occasion supplémentaire de démontrer leur engagement déterminé pour un Congo réellement libre et indépendant.
Il reste à espérer que M. Mpuila ne s’éparpillera pas et qu’il organisera sa défense de manière à dénoncer efficacement cette nième tentative de raquette des ressources congolaises et l’implication concrète de Louis Michel dans ce qui ressemble étrangement à un complot criminel contre un État.
P.S. À la demande de certains compatriotes, un numéro de compte bancaire a été publié par M. Mpuila pour recueillir des dons devant servir aux frais de justice. Il est impérieux d’y contribuer, je vous laisse trouver ces numéros de comptes aux adresses habituelles.
Recevez mes encouragements très patriotiques, filles et fils du pays.
Njoli Bodjenga, 2006-07-26, Québec, Qc. Bodnj01@yahoo.fr
[1] Jean Ziegler, L’EMPIRE DE LA HONTE
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DRC: Louis Michel’s Performance as a Mediator depuis Global Voices Online
According to Ndjoli Bodjenga at Le Blog du Congolais (Fr) European Commissary Louis Michel has performed poorly as a mediator during the transition to elections in the DRC: “An impartial political mediator would not overtly confront one of the...
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