05 septembre 2007
Interview de Tony avec Ben sur Le Blog de Tom
Les interviews de Ben: ANTHONY KATOMBE
Sur http://www.leblogdetom.info
Anthony Katombe, salarié congolais d'une entreprise française est également analyste politique et visiteur fréquent des cybercafés de Kinshasa. Il tient un blog s’intitulant Le Blog du Congolais (http://congomania.afrikblog.com), il co-édite un autre blog : Prince du Fleuve Congo et est rédacteur au site d’information congolais CongoOne. Il collabore en outre avec divers journaux et magazines en ligne (Le Phare, Culturek) où il publie régulièrement ses articles. Son objectif est de faire du lobbying politique pour sensibiliser ses compatriotes de la diaspora en Europe, pour qu'à leur tour ils influencent les politiques étrangères envers le Congo. Il vise en particulier la France, la Belgique, et les Etats-Unis.
BH: Pensez- vous être parvenu à sensibiliser vos compatriotes à travers votre blog, Le Blog du Congolais (http://congomania.afrikblog.com)? Avez-vous des exemples?
AK: En toute modestie, je pense avoir apporté ma contribution dans la sensibilisation de mes compatriotes de la diaspora face à l’impérieuse nécessité d’influencer les politiques européenne et américaine à l’égard du Congo. Les exemples sont légion. L’ardeur de mon engagement et la rigueur de mes analyses m’ont fait gagné l’estime de jeunes activistes politiques congolais de l’étranger (ceux de l’intérieur) avec qui on ne se connaissait pas avant.
Beaucoup d’entre eux me lisaient déjà depuis un certain temps dans le journal ‘‘Le Phare’’ dans lequel je publiais des articles qui étaient postés sur Internet. La création du Blog du Congolais m’a donné à mon tour l’occasion de les découvrir à travers leurs visites et leurs commentaires de soutien et d’encouragement. Ils m’ont adopté au point où je me suis retrouvé à un moment inondé de demandes de collaboration soit pour relayer leur combat dans la presse à Kinshasa et sur mon blog, soit pour écrire des articles et les poster sur leurs sites.
Je suis donc entré en contact permanent avec les représentants des forces politiques congolaises significatives qui luttent, à partir de l’extérieur, pour l’avènement de la démocratie et de la bonne gouvernance, notamment les militants et cadres de l’UDPS (Union pour la Démocratie et le Progrès Social), l’historique et principal parti d’opposition; les Bana Congo, redoutable groupe de pression congolais basé à Bruxelles; Toponi Congo, un autre groupe de pression basé à Paris, au temps où il était dirigé par la très combative Candide Okeke et la très dynamique Nita Evele qui ne ménage aucun effort dans sa lutte pour un Congo digne à partir des Etats-Unis.
Avec toute ma bonne volonté, je n’ai pas pu pas satisfaire à toutes les demandes, pour raison de temps. Néanmoins je collabore avec beaucoup de bonheur au grand site Culturek de mon ami et compagnon de lutte Désiré Katompa qui milite depuis Bruxelles; je co-édite le blog Prince du Fleuve Congo du très engagé Philippe Liondjo qui vit en Suisse. En outre, je suis rédacteur au très sérieux Congoone. Ce sont là de très grands espaces médiatiques avec plus de mille visiteurs par jour. Je regrette cependant que depuis bientôt une année, mes responsabilités professionnelles ne me permettent pas d’être aussi présent et aussi prolifique que j’aurais souhaité.
Ça me réjouis de constater que depuis juin 2005, les congolais ne ratent pas une seule occasion de fêtes nationales congolaise, belge, française ou américaine pour faire entendre leurs voix devant les bâtiments officiels occidentaux et dans la rue. Et le fait que le Congo est devenu un des thèmes centraux aux élections en Belgique témoigne de l’impact de l’activisme de la diaspora congolaise. Je suis fier de participer à cette lutte pour l’avènement de la démocratie et du management politique transparent.
BH: Comment expliquez-vous le fait que le Congo soit le pays d’Afrique francophone où la blogosphère est la plus active ?
AK: Ce n’est que normal. Aucun autre pays francophone n’a connu ce par quoi le Congo est passé. Au Congo, il y a eu plus de quatre millions de morts, mais l’actualité du monde est restée dominée pendant longtemps par les informations sur l’Afghanistan, l’Irak ou le Darfour. Au Congo la transition politique s’est terminée sans que les responsables dans ce plus grand massacre de l’humanité ne soient inquiétés. Ils se retrouvent plutôt à la tête des institutions du pays. Les forces et personnalités politiques significatives ont été écartées du jeu politique. Les ressources naturelles sortent du pays et le Congolais continue à vivre avec moins d’un dollar par jour, les soins de santé restent inaccessibles, les routes impraticables. Et les médias occidentaux, quand il leur arrive de dire quelque chose sur le Congo, parlent d’avancées significatives, de croissance à je ne sais plus combien de chiffre,...
Celui qui souffre plus crie plus fort. Comme la presse occidentale, copine des politiques, n’a pas voulu relayer ce cri, et que la presse nationale travaille dans un climat d’une terreur telle qu’elle ne peut donner suffisamment de voix (depuis 2005 un journaliste est assassiné chaque année, d’autres intimidés, molestés ou incarcérés), les congolais ont compris qu’ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes pour faire entendre leur cri. Voilà le résultat.
BH: Est-ce que vous avez déjà été menacé ou intimidé à cause de vos positions politiques clairement affichées sur votre Blog ?
AK: Pas ouvertement. Juste des intimidations sur mon blog et sur les forums des sites auxquels je collabore. Mais j’ai tout de suite mis cela sur le compte de manque d’arguments de la part des contradicteurs peu sûrs d’eux-mêmes.
BH: Avez-vous un accès quotidien à l’Internet et aux nouvelles technologies de l’information et de la communication (TIC) ? Comment les utilisez-vous communication,( consultation d’information, création d’information) ?
AK: J’ai un accès régulier à l’Internet mais pas quotidien. Il faut dire qu’une heure sur Internet dans un bon cyber ne coûte pas moins d’un dollar américain. Une somme qui est tout sauf modique quand on pense que le congolais vit avec moins que ça par jour. Je consens beaucoup de sacrifices financiers pour accéder à l’Internet au moins une fois tous les deux jours pour entrer en contact avec mes compatriotes de la diaspora à travers les messageries instantanées telles que Skype et Yahoo Messenger et pour répondre à leurs e-mails qu’ils m’envoient souvent. Je m’informe en consultant régulièrement les meilleurs sites d’information politique sur le Congo. Pour raison d’économie, j’écris mes articles et analyses sur mon ordinateur, les enregistre sur une clé USB (flash disk) que j’amène au cyber pour poster l’information.
BH: Après la « révolution industrielle », on parle aujourd’hui, dans les sociétés modernes, de « révolution informationnelle », liée aux grands changements apportés par les Technologies de l’Information et de la Communication (TIC), quel est votre avis sur la question ?
AK: Je pense que les changements apportés par les TIC sont très significatifs et que c’est à juste titre qu’on parle de «révolution informationnelle». La miniaturisation et l’optimisation de l’outil informatique permettent aujourd’hui le stockage de volumes considérables d’information dans des supports à peine visibles, la réduction sensible du temps de traitement de l’information et l’étonnante fiabilité de la qualité des échanges communicationnels et des résultats dans toutes les disciplines où le recours est fait à l’informatique. Ce qui était à peine imaginable il y a un quart de siècle.
BH: Selon vous, comment utiliser les nouvelles technologies de l’information et de la communication pour préserver la diversité culturelle et favoriser le dialogue entre les civilisations ?
AK: Au risque de vous décevoir, je n’aime pas beaucoup le concept de diversité culturelle. C’est un concept dont abuse une certaine élite qui aime se pavaner en veste et cravate dans des pays où la température varie entre 30 et 45°C, une élite qui n’hésite pas à mettre, entre les mains des enfants de huit ans, pour arriver au pouvoir, des armes fabriquées en occident, une élite qui adore se faire soigner en Europe même pour une angine. Elle a troqué les raphias contre les costumes trois pièces, les flèches contre les kalachnikovs et les herbes médicinales de leurs ancêtres contre la médecine occidentale. Mais il lui reste quand même assez de culot pour parler de diversité culturelle quand il s’agit de faire accéder leur population aux NTIC sans lesquelles le développement n’est pas pensable.
BH: Pensez-vous que la référence constante à la fracture numérique dans les discours gouvernementaux est légitime et réelle ou n’est-elle qu’un « slogan politique » visant à obliger les pays du sud à se conformer au modèle occidental en les obligeant à acheter des softwares et hardwares occidentaux ?
AK: La référence constante à la fracture numérique peut être motivée par quelque raison politicienne, mais elle n’est pas moins réelle. Je ne suis pas partisan du nationalisme étroit. Les gens se définissent de plus en plus comme citoyens du monde et je ne comprends pas très bien cette tendance des politiques à opposer les civilisations. Le développement des pays du Sud, ils (les politiques) le reconnaissent, passe par le transfert de la technologie. Ca ne sert à rien de chercher à réinventer la roue. Il ne devrait y avoir aucune honte à adopter un modèle qui a réussi.
BH: Selon vous, comment empêcher la fragmentation d’Internet (ou « fracture numérique »), comment garantir la libre circulation des informations dans le cyberespace et le respect du droit des individus à la liberté d’expression ?
AK: Il faut à mon sens que les gouvernements du sud s’y investissent au premier chef en élaborant des politiques courageuses en ce domaine. Ils peuvent arrêter des objectifs par rapport à la formation des populations aux NTIC. Commencer par équiper les écoles d’ordinateurs reliés à l’Internet et imposer les cours d’informatique depuis l’école primaire me semble un bon début. Ensuite, il faudrait équiper les maisons communales et les bureaux des quartiers des cybers publics auxquels les populations peuvent accéder à moindre frais.
Il est aussi important que les dirigeants du sud arrivent à exonérer les matériels informatiques de toutes taxes et droits d’entrée à l’importation.
BH: La solution des cybercafés et des centres d’accès collectif à Internet a été proposée et est développée depuis plusieurs années dans de nombreux pays émergents. Si ce type d’alternative permet une connectivité à bas prix, pensez-vous qu’elle permet aussi aux citoyens du sud de vraiment s’impliquer dans le militantisme online ?
AK: Comme dit plus haut, l’accès à l’Internet demande des moyens. Ces moyens ne sont bas que vus du Nord. Pour quelqu’un qui peine déjà à survivre avec moins d’un dollar par jour, l’Internet restera un luxe encore pour longtemps.
BH: En 2006, on a entendu parler de projets de vente d’ordinateurs portables « génériques » à moins de 100 euros dans les pays du continent africain. Il y a quelques mois, c’était le portable à 40 euros qui commençait à être vendu en Inde. Cela permet une utilisation individuelle des TIC par le cybernaute. Croyez-vous que ce type d’accès aux technologies numériques (en particulier celles liées à Internet et à l’ordinateur) est plus favorable et efficace que l’accès collectif en centre public (type cybercafés…) ?
AK: Tout à fait. La possession d’un ordinateur permet au militant de gagner du temps et de faire des économies. Comme dans mon cas, on arrive au cyber avec les informations dans une clé USB et on les poste en quelques minutes. Si on peut à partir de sa maison disposer d’une connexion Internet, c’est encore beaucoup mieux car les obligations horaires des cybers ne favorisent pas toujours l’inspiration et la concentration
BH: Comment décririez-vous la société numérique idéale ?
AK: La société numérique idéale est celle où chaque citoyen du monde n’aura pas beaucoup d’acrobaties financières à faire pour accéder aux NTIC et s’exprimer en toute liberté.
BH: Vous êtes aussi un des membres principaux de Démologue.com (http://www.demologue.com/). Comment a été fondé Démologue.com? Comment se sont rencontrés les premiers activistes du réseau? Quelle a été votre contribution au site depuis sa création?
AK: Démologue.com est un grand réseau de la démocratie et je me dois à la vérité de dire que je suis très loin d’en être un des principaux membres. Je n’ai fait que m’y enregistrer comme membre, y enregistrer mon blog et demander aux amis d’en faire autant. Il est aussi vrai que j’ai traduit son manifeste de l’anglais au français. Ce qui ne fait pas de moi un membre principal, loin s’en faut !
Démologue a été fondée par Mary Joyce, une expatriée américaine vivant à Rabat, avec l’assistance d’un ami népalais. Dans un premier temps, Mary a contacté les bloggeurs activistes par e-mail et les a intéressés sur la nécessité de tisser cette grande toile de la démocratie mondiale. Elle m’a découvert à la suite de l’interview que j’avais accordée à Global Voices . Elle m’a dit toute l’admiration qu’elle avait de ce que je faisais et m’avait demandé de rejoindre le réseau. Ce que j’ai fait sans hésiter.
BH: Quel est le public visé par Demologue.com ?
AK: Tout le monde, mais plus particulièrement les membres de la diaspora des pays du Sud vivant dans les pays développés. Ils ont un peu plus de moyens et un accès plus régulier à l’Internet. Demologue.com les veut comme soutien et amplificateurs du combat de leurs compatriotes sur terrain.
BH: Un des objectifs principaux de Demologue.com est d’apporter une démocratie mondiale à travers un réseau de militants contrôlant leur gouvernement respectif. Pensez-vous que cela est envisageable à court terme ?
AK: Oui, et c’est déjà en train d’arriver. Il est maintenant très loin derrière nous le temps où les dirigeants africains par exemple allaient se pavaner en occident et y mener grand train avec l’argent du contribuable. Maintenant, ils rasent les murs à Bruxelles, Paris et Washington, par peur de tomber sur des comités d’accueil de leurs compatriotes pas si accueillants que ça
BH: Demologue.com est en perpétuelle croissance, quelle est sa méthode de recrutement ?
AK: Les membres intéressent les bloggeurs activistes au réseau. Une fois qu’ils rejoignent le réseau, ils intéressent à leur tour d’autres bloggeurs activistes. C’est comme ça que ça marche
Anthony Katombe peut-être contacté à tonykatombe@saintly.com
Propos recueillis et portrait réalisé par Benjamin Heine
04 septembre 2007
Remaniement ministériel : un non événement contreproductif
Un non événement
Kinshasa, Lundi 3 septembre 2007. Dans la classe politique congolaise, la fièvre est montée d’un cran. Et pour cause, Joseph Kabila, ci-devant président congolais élu avait promis, qu’à la rentrée, l’évaluation du gouvernement de coalition sera faite et que des têtes allaient tomber.
Déjà, au temps où le pays comptait encore pour quelque chose dans le concert des nations, avec des animateurs autrement plus calibrés, des remaniements, la population en a vécus, dans l’indifférence générale.
Au fil du temps, l’opinion s’était rendue compte qu’en bon joueur d’échecs, et juste pour assouvir son plaisir et sa soif de gloire, Mobutu se plaisait à placer, déplacer et replacer ses pions du club de 300 dont les membres devenaient de plus en plus riches pendant que le pays s’enfonçait dans le marasme économique et social.
‘‘Il n’y a pas de mauvaises troupes, il n’y a que de mauvais chefs’’, aimait prétexter le président fondateur pour démettre ministres, gouverneurs, PDG et généraux qui ne s’en faisaient pas outre mesure car se sachant en réserve de la ‘‘révolution’’.
La logique du Maréchal était non seulement très bonne, mais surtout taillée sur mesure pour ne pas aller trop loin et s’appliquer aussi au chef suprême. Le pays ne lui devait-il pas tout ?
Plus le pays sombrait dans le dénuement et le ridicule, plus le guide montait en gloire et en titres. La faute, après tout, et paradoxalement, c’était à ses collaborateurs. Et pourtant à chacun de ces remaniements, il prenait les mêmes et recommençait, pour les mêmes résultats.
Pour rabattre son caquet à son homologue Zaïrois qui la ramenait un peu trop, un ministre congolais de Brazzaville dût lui faire remarquer qu’il était son cinquième interlocuteur, en deux ans.
Dix ans après la fin du régime mobutien de fort triste mémoire, une certaine presse, relais d’intrigues et intox des politiciens sans foi ni loi, prenant les congolais pour des vaches, s’évertue à leur faire avaler que leurs vies vont changer avec le remaniement de septembre. Des ministres ‘‘incompétents’’ sont donnés partants, des noms des remplaçants ‘‘à l’expertise éprouvée’’ avancés par des éditorialistes puisant à ‘‘des sources toujours généralement bien informées’’.
Et comble de sacrilège, la même presse laisse entendre aux adeptes du PALU que leur dieu, Antoine GIZENGA, l’homme au livre d’or serait à la base de l’immobilisme du gouvernement car fatigué et déphasé. Alors que le prophète avait dit que le Congo renouerait avec la prospérité et la puissance, le jour où l’on rétablirait le premier gouvernement élu en mettant au pouvoir Tony de Prague, les fidèles de Mbuta ne comprennent pas que contre espèces sonnantes et trébuchantes, des journalistes ‘‘anti-patrie’’ poussent l’inconscience et l’outrecuidance jusqu’à le croire remplaçable par A. Tambwe Mwamba, J.O. Ngalamulume,... !
Au PALU, le bilan, voulu largement positif, est déjà fait. Fêtant le 43è anniversaire de leur parti, les adeptes de Tony de Prague ont égrené un chapelet des réalisations pour le soutenir : baisse du prix de ciment, assainissement de la ville, réduction du nombre des passagers dans les transports en commun, la stabilisation du taux de change, campagne de changement des mentalités,...
Quant à l’opinion, elle n’a jamais été aussi sceptique. Elle ne voit pas très bien comment le simple fait de remanier un gouvernement va faire bouger les choses dans le bon sens. Elle ne renie nullement à la majorité tout son droit de déclarer son gouvernement défaillant si ça lui chante. Mais le bons sens voudrait néanmoins qu’un tel verdict repose sur des critères objectifs. Or jusqu’à ce jour, aucun canevas opérationnalisé des fameux 5 chantiers du président de la république n’a jamais été soumis à l’attention du public. Il ne fait pas du tout sérieux de saquer Tony et son équipe sans leur opposer des objectifs clairs et chronométrés qu’ils n’auraient pas atteints.
Toutefois, le sérieux n’étant le souci des dirigeants congolais, ça ne surprendrait personne qu’ils fassent leur chambardement avec leur habituelle désinvolture.
Contreproductif
A l’AMP, il y a trop d’appelés. Le gouvernement a beau être éléphantesque, d’innombrables sociétaires de la majorité se sont aperçus, à la composition de l’équipe, que pour Antoine GIZENGA, ils n’étaient pas aussi ministrables que ça. Des chefs des partis ont essuyé la rebuffade de Tony de Prague et se sont vus préférer leurs lieutenants. ‘‘Il préfère s’entourer des blancs-becs applaudisseurs tellement subjugués par sa prétendue aura qu’ils ne se rendent même compte de ses limites’’, ont-ils lâché, amers, non sans avoir prié le dieu de l’échec de tirer vengeance en leur faveur.
Leurs prières semblent avoir été exaucées plutôt que prévu. Début septembre, la fièvre du remaniement gagne la majorité. Les débats politiques ne tournent qu’autour d’un chambardement voulu inévitable et imminent. Si pour les uns, il suffirait juste de remercier quelques ministres, nombreux sont ceux à l’AMP qui pensent qu’il est temps d’offrir sa retraite politique à GIZENGA.
Jean, un jeune juriste au chômage proche de GIZENGA avertit : ‘‘J’espère que Kabila est assez lucide pour savoir ce qui est bon pour lui. Le président voudrait se faire hara-kiri qu’il ne trouverait pas meilleure formule que de remercier le Vieux. Ça lui mettrait le reste du Bandundu et une bonne partie de Kinshasa sur le dos. Et même s’il remplaçait GIZENGA par quelqu’un d’autre de l’ouest, celui-ci ne saurait avoir l’envergure du Vieux. En plus, ça relancerait la guerre de positionnement au PPRD où on ne se gêne pas de laver le linge sale en public. Et plus sérieusement, le PALU pourrait se désengager de l’AMP et faire basculer la majorité actuelle’’.
Quand on se rappelle les récentes déclarations de Moïse KATUMBI, Gouverneur du KATANGA et celles de Francis KALOMBO, député élu PPRD, on comprend que le gouvernement est plus combattu par la majorité elle-même que par l’opposition. Et si les ambitieux de la famille présidentielle devraient convaincre Kabila à leur offrir la tête de GIZENGA, il leur faudra beaucoup de temps pour lui trouver un remplaçant. Un temps qu’ils ne peuvent pas se permettre maintenant qu’ils sont en discussion avec les institutions de Bretton Woods.
Pendant que la majorité se rentre dedans, l’opposition sort de sa trêve. Au cours de l’émission 4 vérités de la Chaîne de télévision RLTV, Jean-Baptiste Bomanza et Franck Djongo de l’UN tranchent : ‘‘L’AMP a étalé son incapacité à gouverner le pays, malgré la trêve lui consentie par l’opposition. Nous ne croyons pas du tout qu’un quelconque remaniement changerait les choses. Nous appelons plutôt des élections anticipées qui feront bénéficier au pays de l’expertise de l’opposition pour une autre gouvernance’’.
Anthony Katombe
Ne Muanda Nsemi privé de vacances
Ne Muanda Nsemi, chef spirituel du mouvement politico-religieux Bundu dia Kongo, député élu du Bas-Congo, candidat malheureux au poste de vice gouverneur de la même province, s’est plaint en début de semaine passée d’avoir été empêché de prendre ses vacances parlementaires auprès de sa base à Luozi.
Le député à une idée claire sur ceux qui lui ont mis les bâtons dans les roues. Selon lui, le gouverneur du Bas-Congo et son adjoint ont paniqué quand ils ont appris que le numéro un de BDK descendait dans son fief. ‘‘Ils savent qu’à chacun de mes déplacements, les populations accourent en masse. Comme ils savent aussi qu’ils sont aux commandes de la province par tricherie, ils ont eu peur de voir notre peuple les désavouer en me réservant un accueil triomphal’’, foi de Ne Munda Nsemi.
Et de poursuivre : ‘‘Le Gouverneur, comme son prédécesseur, lors du massacre du début de l’année, ne voulant pas s’exposer, est allé se cacher en laissant la responsabilité à son adjoint. Ce dernier a appelé Kinshasa pour que je sois empêché de rejoindre ma base. Des renforts lui ont été envoyés au point que deux camions de mes accompagnateurs ont été arrêtés’’.
Déo NKUSU, vice gouverneur incriminé se défend : ‘‘Ne Muanda n’a pas raison d’affirmer que je l’ai empêché d’entrer au Bas-Congo pour la simple raison que quand il décide de rebrousser chemin, il était déjà dans la maison de l’honorable MVUEMBA à Kasangulu, donc au Bas-Congo. Il n’est pas un député comme tout autre. Chaque fois qu’il descend dans le Bas-Congo, il y a des troubles. Cette fois-ci, j’ai pris des dispositions. J’ai moi-même demandé à Monsieur VUEMBA, à qui j’ai assuré le carburant, d’accompagner Ne Muanda Nsemi jusqu’à Kimpese pour que ce déplacement se passe sous les yeux d’un témoin qui ne soit pas de l’AMP.’’
Propos confirmés par MVUEMBA et Ne Muanda Nsemi qui insistent tout de même sur le fait que bloquer sa suite est aussi une façon de le bloquer lui-même quand on sait qu’il ne se déplace jamais seul.
Déo NKUSU ne se sent pas concerné : ‘‘La suite de Ne Muanda Nsemi a été bloquée à Mitendi que moi je ne gère pas’’. Il se dit victime de diffamation et réclame une enquête parlementaire pour établir s’il a empêché un député élu de se déplacer.
Et poussant sa logique jusqu’au bout, il promet :’’ S’il est établi que j’ai empêché l’honorable Ne Muanda Nsemi de se déplacer, je démissionne’’.
Ce qui n’impressionne pas les observateurs qui savent qu’au pays de l’AMP, la meilleure façon de tirer les rideaux sur un acte est de réclamer une enquête. Depuis le règne de l’AFDL et ses dérivés, aucune de nombreuses enquêtes promises tambours battants n’a jamais livré ses conclusions, si jamais elle avait même été initiée.
La démocratie promise est là. Bemba en exil forcé, Badibangi à l’hôpital, Ne Muanda Nsemi bloqué à Kinshasa, les médias privés soumis à l’intimidation et à la terreur, les médias publics chantant les louanges du ‘‘Raïs’’.
Anthony Katombe

