26 janvier 2010
2. Nous vous avons pris en filature
A peine nous sommes-nous installés que mon impromptu d’ami en rajoute à son questionnaire:
‘‘Pourquoi ne vous voit-on plus au parlement?’’
Je lui redis sa méprise et reçois ma surprise:
‘‘Mais honorable, je ne parle pas la caisse de résonance de Lingwala!’’, proteste-il.
Soudain, sur le mystère, un pan de voile se lève.
Les membres du parti de Limete tiennent des rassemblements de débats politiques dans les principaux carrefours de Kinshasa. Ces rassemblements ont atteint un niveau de structuration telle que Limete n’a pas mis longtemps à les reconnaître officiellement. Reconnaissance qu’il n’ont nullement attendue et dont ils n’avaient visiblement pas besoin. Car si pour les autres, ils sont le parlement debout, à leurs yeux, le vrai parlement, c’est eux. Et c’est avec tout le sérieux du monde qu’ils se donnent de l’honorable.
Je fais savoir à l’honorable que je ne mérite pas l’honneur d’être appelée comme eux, car n’ayant jusqu’ici pas encore eu le bonheur d’être membre de leur prestigieux parti. Et que surtout, ça m’arrangerait bien de ne pas être ‘‘honoré’’ en public sur le boulevard du 30 juin.
L’élu du parlement des ‘‘verts’’ n’en a cure. Sourire en coin, l’œil malicieux, il se penche vers moi, et d’une voix complice, murmure : ‘‘Il n’y a pas de quoi avoir peur, honorable, on est entre nous’’
Je commence à le trouver sympa, le Tshisekediste. Je me détends et lui rends son sourire. S’étant assuré que le serveur est hors de portée de la voix, l’homme se penche à nouveau vers moi et révèle:
‘‘Honorable, nous vous avons pris en filature’’
Je feints de rester calme. Ils sont forts, ces gars de l’Udps. Ils ont même des flics!
Imperturbable, mon ami explique:
‘‘En 2005, vous êtes venu pendant un certain temps au parlement de la NBK*. Il s’est fait, à trois reprises, que votre départ, coïncidait avec l’arrivée d’une jeep de la police qui faisait des raffles. Un beau jour, nous vous avons suivi, convaincu que vous nous mèneriez vers nos amis enlevés. A notre grande surprise, nous vous avons vu entrer dans les bureaux du journal Le Phare. Apres avoir attendu une demi-heure, nous avons levé le camp’’.
Il s’arrête, prend une bonne gorgée de son coca cola, épie une quelconque réaction de ma part. Semblant apprécier mon sang-froid, il continue :
‘‘Une semaine plus tard, nous t’avons encore suivi jusqu'à un immeuble sur le boulevard du 30 juin, en face de la grande poste. Et là, nous avons entendu quelqu’un vous appeler Pasteur Anthony et vous féliciter pour un article paru dans Le Phare. Nous nous sommes precipités sur le premier journal Le Phare que nous avons vu…’’
Soudain, l’homme se lève, quitte sa place et se plante à cote de moi, les mains jointes. Et tel un curé de campagne officiant sa première messe en ville, yeux fermés, voix grave, il récite:
‘‘Du sang sur les rameaux’’
Et me tendant la main:
‘‘Vous ne savez pas à quel point votre article nous a fait du bien, honorable. Merci beaucoup’’
Ne sachant quoi faire, je me lève à mon tour, serre la main tendue de l’homme qui, yeux embues de larmes, balbutie:
‘‘Tout ne s’était pas arrêté le 30 juin 2005.Beaucoup d’amis étaient blessés, d’autres enlevés, certains carrément tués… Et dans le concert des éditos triomphalistes de la presse internationale et nationale qui nous mettaient le moral à zéro, votre article a été un bienfaisant baume au cœur’’.
Me sentant devenir de plus en plus gauche, je sors mon téléphone, demande son numéro au gars du 30 juin, l’enregistre et lui passe le mien. Je lui resserre la main et promets de l’appeler pour tenter de répondre à ses questions.
C’est le cœur léger, mains en poches, fier comme Artaban, que je sors d’un pas assuré du restaurant résolu à rejoindre la jeep à pied vers la gare centrale.
à suivre…
Anthony Katombe
*Nouvelle Banque de Kinshasa
Commentaires
Amusant et inquiétant a la fois
Je viens de faire un "happy dance" en te lisant encore.
Tu m'as fait sourire même en décrivant les moments tres graves et surtout avec ton "ça m’arrangerait bien de ne pas être ‘‘honoré’’ en public sur le boulevard du 30 juin"
J'attends avec impatience la suite....
La suite..."Honorable"
Ouiiii..... Où est donc la suite cher "Honorable". Nous sommes nombreux à nous être lassé de ne pas voir concrètement les influences de nos écrits. Je suis comme toi "Honorable", certains me demande pourquoi j'ai laissé tomber! Que leur répondre? Peut être que l'Honorable Matata nous donnera une réponse! Merci Tony! Pardon, merci Honorable!
Bon retour
Juste au moment où je me décide de te poster mon commentaire, le courant s'en va. L'onduleur me permet de te glisser mon intention. Quant au contenu de ma réflexion, tu l'auras plus tard, quand le monarque nous accordera encore son énergie électrique qu'il distribue aux seuls lécheurs de ce que tu connais.
Maudit soit qui mal y pense !
Le pays nous appartient et nous ne le leur abandonnerons pas. Nous nous battrons jusqu'à la dernière goutte de notre liquide décoloré qui a remplacé la bonne sève de tout homme.
Honorables, nous le sommes; honorables, nous le serons pour l'éternité par notre engagement à donner à nos frères le meilleur de nous-mêmes, c'est-à-dire, l'espoir d'une vie qui ne finit pas. Non pas comme illusion d'oasis au désert mais comme paradis promis, peu importe le jour de son avènement. Le Christ reviendra, c'est cela la certitude nôtre !
Almabit
À Almabit
Et je suis aussi heureux de te lire à nouveau. J'aime bien ton expression sur le monarque d'Hewa Bora qui délivre, avec parcimonie, de l'électricité!!! Une image tellement vraie de la réalité "Erdécienne"! Le mot de l'Honorable Tony et ton posting vont me replonger dans la composition de pamphlets enflammés!
À Almabit
Et je suis aussi heureux de te lire à nouveau. J'aime bien ton expression sur le monarque d'Hewa Bora qui délivre, avec parcimonie, de l'électricité!!! Une image tellement vraie de la réalité "Erdécienne"! Le mot de l'Honorable Tony et ton posting vont me replonger dans la composition de pamphlets enflammés!
A Spider
Je n'abandonne pas le ring avant de rendre l'âme. J'estime que le combat pour la vie que je mène, la divine Providence l'autorise pour l'avènement d'une société nouvelle, un monde meilleur. C'est cela la vocation de tout homme : rendre la terre plus habitable afin d'y régner en souverain comme nous en avons reçu l'ordre du Créateur.
Tant pis pour ces monarques sanguinaires qui ne savent pas que le dernier mot revient à Dieu. Les milliards accumulés n'achètent pas une réputation mais juste quelques flatteries sans lendemain. Les hommes passent, leur réputation demeure. Quel est celui des descendants du Führer qui se targue des hauts-faits d'arme de son ancêtre ?
Il en sera de même de bon nombre de nos compatriotes qui rougiront d'épeler leur identité devant les descendants des victimes de la cupidité de leurs pères et mères corrompus et corruptibles à outrance.
Bien à vous deux, Spider et Tony !
Almabit
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