05 février 2010
4. Pour l'amour du Congo
Probe, Matata ne s’emploie pas à déconstruire l’argumentaire de son camarade de parti. Positiviste, néanmoins, il puise dans ce qui me semble un mystique amour du Congo , récite ce que je crois être la dernière lettre de Patrice Emery Lumumba à sa femme, pour tenter de nous convaincre qu’en 2011, il se passera bien quelque chose.
‘‘D’abord’’, prédit-il, ‘‘le président convoquera le congrès au cours duquel seront abordées, notamment, toutes les questions de stratégie électorale. Et après, vous verrez, tout s’éclaircira’’.
Pierre lui parle de la realpolitik où on ne se fait pas de cadeau. Il tient pour erreur ayant profité aux adversaires le boycott des élections de 2006 et pour injustice la radiation de Bazaiba, Bomanza et tous les autres qui s’y sont engagés. Selon Pierre, il serait trop beau, pour un parti qui a fait de la défense des valeurs morales son cheval de bataille de revenir comme ça, comme si de rien n’était, et de demander le suffrage au peuple.
Matata s’accorde avec Pierre qu’il leur faut envoyer au peuple une image beaucoup plus positive en tant que parti de rassemblement, par la réconciliation interne et la réintégration de ceux qui ont été radiés injustement.
Il nous parle de son amour du Congo, ce pays qu’il a parcouru du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, et qui le rend chaque jour encore plus malade. Avec l’air de celui qui sait de quoi il parle, il nous assure qu’avec une gouvernance effective et transparente, le géant d’Afrique centrale peut se relever plus rapidement qu’on ne croit.
‘‘Si je crois tant en l’Udps’’, tient-il à m’expliquer, ‘‘C’est parce qu’elle est, à mes yeux, la seule structure politique pouvant servir d’outil de changement et de décollage pour le Congo’’.
Même si je suis d’accord avec lui pour appeler de tous mes vœux le décollage du Congo, je lui partage tout de même mon doute quant au rôle central qu’il continue à donner au parti de Limete. Un doute qui repose moins sur la contradiction liée à la participation aux élections et les dissensions internes que sur la perception du parti à l’Est.
Car en effet, personne ne gagnera les élections, surtout contre Kabila, sans l’Est. Or, à tort ou à raison, à l’Est, la visite de Tshisekedi au RCD à Kisangani et à Kigali a été perçue comme une trahison. Dans un contexte de guerre de prédation imposée de l’extérieur, la nécessité pour un leader de la trempe de Tshisekedi de rencontrer, sur terrain, les différentes parties impliquées a beau aller sans dire, il est tout aussi non moins vrai que le déficit de pédagogie communicationnelle dont a été entouré la démarche du Sphinx a fait plus de mal que de bien à la fille aînée de l’opposition.
Pourtant, même à l’Est, rien n’est figé. Avec une descente d’explication systématique, l’image ternie du parti de Limete peut sans doute être redorée.
Seulement, pour cela, Il faut un degré de conscience et de responsabilité qui, hier, a cruellement fait défaut à un parti assis sur sa gloire passée, et qu’aujourd’hui, le climat de guerre de succession semble avoir sérieusement érodées.
Et le bémol de Matata : ‘‘Et si votre soutien au MLC expliquait toute cette sévérité à notre égard ?’’
J’arrête Pierre qui veut prendre ma défense et je parle à mon tour, à Matata, de mon amour pour le Congo. Peut-être, lui dis-je, que mon jugement pourrait être subjectif, surtout que, découvre-t-il horrifié, je suis philosophiquement plutôt à droite.
Mais mon amour du Congo a relégué les clivages idéologiques au second plan au point de me faire supporter l’Udps – parti de gauche- au lieu du très libéral MPR.
Si, même entre plusieurs maux, ne pas choisir c’est tout de même choisir, mieux vaut subir les conséquences du choix du moindre mal que, à cause de l’inaction, vivre rongé par le diktat du remord.
Et en 2006, loin d’être seulement le moindre mal, le MLC a été le seul parti à avoir affiché une ambition objective de diriger le Congo à travers un programme de gouvernement chiffré et chronométré. Mais aussi, coté sentimental, on a vu son leader parcourir tout le Congo jusqu'à traire les vaches à Masisi, à quelques jets de Pierre des rebelles rwandais.
Mais hélas! Seul Malu Malu sait pourquoi il n’a pas déclaré Bemba vainqueur; seule la gloutonnerie des députés alliés, élus grâce au nom de Bemba, explique que le Centre et l’Ouest soient dirigés par la majorité; seul O’Campo sait qui a intérêt à maintenir le Chairman au trou; seuls Mwamba, Sessanga et compagnie savent pourquoi ils se crêpent les chignons …
Et en 2011, Kabila qui n’aura pas construit une seule autoroute avec ses cinq chantiers, roulera bien, veinard, sur une construite par l’opposition, vers un nouveau quinquennat.
‘‘Non, pour l’amour du Congo!’’, hurle Matata, ‘‘Il doit y avoir un moyen d’arrêter ça’’
Sûrement, mais ma foi, avec cette opposition et cette société civile…
Cherche Matata, pour l’amour du Congo, cherche!
Anthony Katombe
