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Le Blog du Congolais

analyses politiques sur la situation au congo kinshasa

04 mars 2008

Le calvaire d’un piéton Kinois

Kinshasa, lundi 3 mars 2008, 7.30. Je n’ai pas fait 500 m que le moteur s’arrête tout net. J’essaie de redemander, d’accélérer, rien n’y fait. Pourtant, le carburant, l’huile, la batterie,… tout est bon. J’appelle le mécano. Il ouvre le capot, ausculte et tranche : ‘‘Côté mécanique, c’est bon. J’appelle l’électricien’’. 

Ce dernier se pointe et examine à son tour et doctement rend le verdict. La matrice, le relais de la pompe et l’autre relais de ne sais quoi là sont foutus et doivent être remplacés. Je n’y comprends pas grand-chose. Car comme disent le latinistes, etsi multa scio, plura tamen ignoro (bien que je sache tant des choses, j’en ignore pourtant davantage. Et des domaines où je suis un grand nul, la mécanique et l’électricité viennent en tête de liste.

Je fais venir mon beau-frère à qui je laisse l’argent nécessaire aux réparations et me trouve un taxi pour Super Lemba où je me mets presque à genoux pour qu’un autre taximan accepte d’arriver sur le boulevard du 30 juin, tant le tronçon est réputé pour ses embouteillages aux heures de pointe.

Un malheur ne vient jamais seul, dit-on. A 14 heures, le beau-frère m’appelle : ‘‘La mémoire centrale est aussi foutue. Il faut 350 dollars pour la remplacer’’. Comme ils y vont ces garagistes, ils pensent vraiment qu’on a 350 dollars comme ça à sortir pour acheter leur bidule !

C’est bien là une très mauvaise nouvelle. Car même après discussion, je ne pourrais toujours pas trouver l’argent avant au moins une semaine pour acheter la pièce. Et pendant tout ce temps, je devrais me remettre à subir le calvaire du piéton. Et pour qui connaît Kinshasa, il serait difficile de trouver pire sort que celui-là.

18.30. Mon laptop en bandoulière, je quitte le bureau pour l’arrêt au niveau de l’ONATRA, archicomble. Achille, un de nos clients, me dit y avoir déjà fait 45 minutes, debout, dans l’attente du taxi. Ca me déprime.

Au loin, j’aperçois un minibus d’un ministère, de l’environnement ou du travail, je ne sais plus. Pour l’avoir souvent pris autrefois, je sais que les chauffeurs des ministères font du transport le soir pour acheter le carburant, comme le gouvernement ne leur en fournit plus, ou alors en quantité très insignifiante.

Le minibus décélère. En bon piéton d’autrefois, je n’ai pas perdu les réflexes. Je me mets à courir à reculons avec une exactitude telle que je me présente le premier à la portière quand celle-ci s’ouvre. Je monte et m’installe au fond pour ne pas gêner les autres. Plus de 30 personnes sont en train de se bousculer, de se marcher sur les pieds, de se donner des coups de coudes pour prendre place à bord d’un véhicule d’à peine 10 places.

Achille est impressionné par mon agilité. Je l’ai trouvé et je l’ai laissé. Je suis assez satisfait de moi-même. Mais pas pour longtemps. Sur la petite banquette arrière, nous sommes quatre. J’ai mon laptop sur les cuisses et le pneu de réserve du minibus sous mes pieds. Avec mes presque deux mètres, je respire à peine et commence à avoir mal au dos, mal aux jambes, mal partout. Et pour tout rendre insupportable, le chauffeur emprunte la Route des Poids Lourds, l’autre artère où les embouteillages monstres donnent souvent envie de pleurer.   

Pas de chance pour mon ami Gabriel Maindo, qui passe son temps à lancer des piques sur le net à l’Udps dont il se veut pourtant membre. Après plusieurs tentatives, Gabriel a finalement réussi à m’avoir au phone. Avec l’encombrement, la difficile communication se coupe après quelques dizaines de secondes. Dommage, car il a une voix sympa, Gabriel, plus sympa que ses e-mails, en tout cas.

A quelque chose malheur est bon. Mon voisin arrache mon téléphone et fait mine de l’admirer. Sur terre, il a vu un gars s’intéresser à ma conversation avec Gabriel. Si la communication ne s’était pas coupée, le téléphone aurait été raflé par un de ces nombreux voleurs qui sévissent depuis le pont Bralima jusqu’à l’arrêt Libongo ya Baramoto.

A Lemba Terminus, un monde fou. C’est comme si tous les habitants de l’ex quartier latin se sont donné rendez-vous à l’arrêt. Ici, c’est une autre histoire. Des plus jeunes que moi me devancent dans les taxis avant que j’aie pu attendre l’une des portières. Après tout, Salongo n’est pas si loin que ça. Mais le laptop et la fatigue me dissuadent de tenter la marche.

De loin, je repère un taxi et fonce à vive allure. Je prends place à côté du chauffeur avec un grand sourire.

Mes pensées vont à Marie-Jeanne, une amie d’enfance. En 2006, après 8 ans de séjour en Suisse, et à la suite de tout le bien dont elle entendait les pro Kabila dire du régime, elle s’était décidée de venir passer ses vacances à Kinshasa. Elle m’avait trouvé un soir à Super Lemba où j’attendais depuis 30 minutes un taxi que je ne savais pas prendre.

Après tant d’années, elle n’avait pas changé, Marie-Jeanne. De la poche de son blue-jean, elle avait sorti un talon de chaussure dame : ‘‘Ca s’est accrochée dans un trou sur le tarmac de l’aéroport. Je rentre avec en Suisse pour le montrer à ceux qui m’ont conseillée de venir’’.

Nous avions rigolé un bon coup et elle m’avait prié de la laisser faire en me promettant qu’elle allait nous trouver un taxi dans moins de 5 minutes. Pendant une dizaine de minutes, je l’avais avec amusement regardée courir, bousculer les gens, en vain.

Fatiguée, elle était revenue vers moi en riant : ‘‘Kin eza vrai, kowelela ba car sentiment !’’ (Ca fait bon de vivre à Kinshasa, c’est excitant de se battre pour attraper un taxi).

Après avoir poiroté encore 30 minutes, nous nous étions résolus à nous taper notre montée de Salongo, à pied.       

Tony Katombe

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03 mars 2008

Médecins congolais : débrayer ou ne pas débrayer, that is the question.

Kinshasa, Route du Flambeau, à la hauteur de la Bralima, une jeune, grande et belle dame au teint clair attend son taxi. A son niveau, je m’arrête, son visage me dit quelque chose. Elle se penche : ‘‘Boulevard ?’’. Je la taquine : ‘’Pour vous, ce sera dix mille francs, grande dame’’. Elle sourit : ‘‘Je ne suis qu’un médecin’’. Elle monte à bord et me tend la main : ‘‘Dr Charly, pédiatre’’. Je serre sa main avec plaisir : ‘‘Anthony Katombe, avec mes hommages les plus vibrants, grande dame’’.

On roule pendant une minute sans se parler et le docteur rompt le silence : ‘‘On se connaît, nous deux, non ?’’ Je la regarde : ‘‘Si, c’est pourquoi je me suis arrêté’’. Chacun récite son quartier, son école primaire, son université, ses amis, ses parents,… mais on ne se rappelle toujours pas où et comment on a fait connaissance. ‘‘Que faites-vous alors dans la vie ?’’, me demande le docteur. ‘‘Je survis, en bon Kinois’’. Elle éclate de rire.

Elle se rend chez un distributeur des produits laitiers où elle intervient dans un séminaire sur l’enrichissement de lait pour nourrissons. Ca y est, c’est là qu’on doit s’être vu. Je lui confie que je fais de temps à temps le consultant pour le compte de cette société. Son visage s’éclaire, le mien aussi.

Elle regrette que le bouchon ne lui permette d’être à son séminaire à temps et prend son mal en patience en me parlant, pendant cinq bonnes minutes de son mari, de ses enfants, de son métier. Non seulement qu’elle est belle, mais elle s’exprime aussi très bien. Mais quelque chose me chiffonne : ‘‘Mais pourquoi dites-vous que vous n’êtes que médecin ? Médecin, c’est quand même la crème de la société, non ?’’

Elle me regarde pendant un bon moment et demande : ‘‘Avez-vous appris que les médecins étaient en grève ?’’. J’acquiesce de la tête. Puis, elle me confie qu’il y a eu beaucoup trop des morts pendant cette grève et qu’ils ne savent plus s’ils doivent encore débrailler. Elle fustige l’attitude du gouvernement qui a passé sous silence cette catastrophe et m’avoue qu’ils font maintenant face à un véritable problème de conscience. Est-ce moral de leur part de continuer à réclamer leurs droits à un gouvernement visiblement insensible avec un moyen qui envoie des compatriotes à une mort massive ? 

‘‘D’autre part’’, continue-t-elle, ‘‘Avec une longue grève, nous craignons d’exposer nos syndicalistes à la pression du pouvoir qui alterne contre eux menaces et propositions d’argent’’.

Aux dernières nouvelles, Charly a appris qu’un ordre de paiement aurait été signe en faveur des médecins, mais qu’il se serait perdu à elle ne sait quel niveau.

Dans le sens inverse, de l’autoradio d’une jeep grand cherokee jaillit à grand volume les sons d’une musique congolaise. Au volant, une jeune fille presque nue trépigne et mâche avec insouciance son chewing-gum. ‘‘C’est ma voisine’’, me dit Charly. ‘‘Elle est danseuse. Comme vous voyez, elle roule dans une grosse jeep. Vous croyez que je suis bien placée pour la conseiller de rentrer aux études, moi qui ne suis même pas en mesure, avec mon gros diplôme, de m’acheter une simple R4 ?’’.

C’est plus que je ne peux tenir. Heureusement pour moi, Charly fait d’abord une escale au niveau des galeries présidentielles. Avec soulagement, je la vois descendre de la voiture.

Débrayera, débrayera pas ? That’s the question.

Tony Katombe

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Hausse annoncée du salaire du parlementaire congolais de 4500 à 7500 dollars américains.

Invité d’une récente émission télévisée, Monsieur Steve Mbikay, un administrateur d’écoles privées qui est passé,  le temps d’un tour de l’élection présidentielle, de l’UREC de l’excellent Docteur Kashala à l’AMP de Joseph Kabila, a proféré des menaces à peine voilées sur l’avenir de l’AMP, la cohésion du parlement et la stabilité du gouvernement.

Et pour cause, selon les informations parvenues à Monsieur Mbikay, le pouvoir exécutif s’apprêterait à rehausser le salaire des députés et sénateurs de 4500 à 7500 dollars américains. Ce qui, à ses yeux, est non seulement inexplicable, mais aussi inadmissible de la part d’un gouvernement qui manque des moyens financiers pour soulager tant soit peu la misère des congolais. 

L’opinion s’étonne qu’une telle indignation vienne d’un membre de l’AMP pendant que l’opposition se chamaille pour le poste du porte-parole. Pour d’aucuns, la colère de Mbikay ne serait qu’une manifestation de jalousie à l’encontre de ceux qui n’ont pas eu le malheur de figurer comme lui sur la liste des oubliés de la mise en place des animateurs des institutions de la troisième république.

Toujours est-il que pour toute âme éprise de justice, un nouveau réajustement à la hausse du salaire des députés ne serait qu’une preuve de plus du mépris et de l’égoïsme des politiciens congolais, tant du pouvoir que de l’opposition institutionnelle. Déjà, on se souvient de l’émoi qu’avait jeté dans l’opinion la première majoration des salaires des parlementaires de 1500 à 4500 dollars dans un pays où l’on vit avec moins d’un dollar par jour.

En son temps, avec une désinvolture révoltante, Vital Kamhere, président de l’assemblée nationale, avait expliqué que si l’on prenait les salaires des députés pour les redistribuer aux fonctionnaires et enseignants, ceux-ci n’auraient  que 1.7 francs de plus sur leur feuille de paie.

L’on comprend dès lors que dans cette république des autres, la redistribution équitable du revenu national prônée par la constitution n’est qu’un leurre.

Maurice, Ingénieur en Télécoms, flaire un coup fourré dans cette majoration annoncée du salaire des députés. Pour lui, Kabila se sent à l’étroit dans la constitution, bien que taillée sur ses mesures. Il voudrait conditionner les députés en vue d’une sérieuse modification constitutionnelle dans les mois à venir pour se doter encore de plus de pouvoir. Le sort de Bemba, selon Maurice, pourrait aussi être parfaitement scellé par des élus conséquemment intéressés.      

Quant à Mbikay, si le gouvernement passe de la promesse à la réalisation, c’en sera fini pour lui avec l’AMP.

Une menace qui risque de ne pas être mise à exécution si d’ici à là, l’aumônier lui trouve une place au bord de la mangeoire.

Tony Katombe

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20 novembre 2007

Premier congrès : l’UDPS relookée est là .

Kinshasa, Limete, samedi 17 novembre 2007. Le Docteur Etienne Tshisekedi tient une conférence de presse à sa résidence sur le lancement de la campagne pour la préparation du premier congrès de son parti. Le congrès où personne, même pas Tshisekedi, n’irait avec son titre actuel !

De retour de chez mon mécanicien à Yolo, je me dis : ‘‘Et si tu passais juste voir ?’’. Et je me rends sur la rue de Tshisekedi. Il est 14h30’ quand j’arrive devant la résidence de l’homme de Limete. Malgré la pluie, une foule de combattants arbore déjà des calicots qui affirment tous le soutien des structures de base à Tshisekedi et au premier congrès de l’UDPS.

Pendant que j’avance lentement en cherchant un espace libre où parquer, je sens sur moi des regards des gens qui doivent bien se dire ne jamais avoir vu cette tête-là par ici. Je finis par parquer. Je sors de la voiture et me pointe devant l’entrée de la résidence de Tshisekedi. Sur moi, pèsent des regards de plus en plus persistants. Moi-même je commence à me sentir mal à l’aise. J’observe comment l’on fait pour entrer. On présente une invitation, ou on cite un nom. La porte s’ouvre, parfois elle reste fermée.

‘‘Tu t’es imaginé qu’il te suffisait de te présenter comme ça pour entrer chez Tshisekedi ?’’, me dis-je.

Enfin, je trouve la formule. Mon ami Raoul Nsolwa voulait qu’on se voie. Pourquoi on ne se verrait pas maintenant ? Coup de téléphone. ‘‘Tu es à la porte ?’’ demande dubitatif le président des Compagnons de Tshisekedi.

Il me prie de patienter 5 minutes. Il se pointe dans moins que ça. On ne s’était jamais vu jusqu’ici. Mais ça ne nous a pas empêché de sympathiser au téléphone, jusqu’à nous tutoyer. Heureusement pour moi, Raoul, il est comme sur la photo. Je le reconnais et m’avance vers lui.

Je me présente. Il me demande ma carte de presse pour qu’il la présente aux portiers et que ces derniers me laissent entrer. Je rigole. ‘‘J’en ai pas’’. Raoul est embêté : ‘‘Mais comment je vais m’y prendre pour te faire entrer moi’’. Ça m’amuse de le voir si embêté surtout que je sais qu’il ne peut pas me laisser là.

‘‘Enfin Raoul, tu veux une carte de CongoNet Radio, CongoOne et Culturek, des médias qui n’ont aucune chance de se faire reconnaître ici ?’’. J’ai atteint la corde sensible. Un exclu ne va pas en exclure un autre, quand même. Et surtout que cet autre récite comme ça les noms des organes auxquels le parti de Limete doit tant.

‘‘Vous le laissez entrer, il écrit sur Internet’’, ordonne Raoul aux portiers. Courbettes. ‘‘C’est vous le comité’’. La porte s’ouvre. Contrôle de sécurité. Raoul m’explique qu’il ne peut pas m’installer avec les journalistes comme je n’ai pas de carte de presse. Il m’indique la petite paillote vers laquelle je me dirige et me trouve une chaise encore vide.

Pas si mal chez Tshisekedi. Murs rafraîchis, jardin bien tenu. Puissantes baffles diffusant la musique de Franck Mulaja sur Parole Eternelle. On se croirait à l’église de la Borne. Du coup, je me sens à l’aise et ne regrette pas d’être là.

‘‘Mesdames, Messieurs, le Président de l’UDPS !, nous annonce-t-on à 15h10’’’. Je m’attendais à voir un homme gros, joufflu, vieilli, fatigué, marchant péniblement, comme se plaisent à le décrire la presse du pouvoir, et sur Internet, certains transfuges de l’UDPS, passés avec armes et bagages de l’autre côté. 

On se met debout, on acclame un homme frais, teint clair, vêtu d’un costume d’une coupe de classe à ses mesures d’où ne sort pas la moindre protubérance ventrale.  Il s’avance d’un pas assuré, suivi de Marthe son épouse, l’index et le majeur en l’air, l’éternel V de la victoire.

‘‘Nyunyi’’!, crient deux de mes voisins.

Il se met devant la presse. Beltchika, Mayay et les autres membres du comité préparatoire à ses côtés. Raoul Nsolwa, le chef des compagnons, juste derrière. Mukendi, le fidèle conseiller, un peu plus loin, en apparence seulement. Mayay, le modérateur du jour, donne la parole à Tshisekedi pour s’adresser au peuple congolais. Denise Lupetu, la dame intrépide du parti, s’interpose : ‘‘Prions d’abord’’ Elle invoque l’Eternel, au nom de Jésus. Nous disons Amen. J’aime beaucoup.

Tshisekedi parle d’une voix posée que vient déranger de temps en temps une petite toux. Il définit le but du premier congrès : procéder à la relecture de la trajectoire du parti depuis sa fondation, mettre à jours ses statuts et autres textes légaux pour sa refondation, et enfin, conquérir le pouvoir.

Il présente ensuite les deux cartes de soutien pour le premier congrès, en achète une de chaque, son épouse aussi, et laisse la presse aux bons soins de ses collaborateurs pour les questions éventuelles, non sans avoir invité la jeunesse à s’approprier le congrès.

On se met debout, on acclame Tshisekedi qui quitte le jardin.

‘‘Nyunyi’’!, crient mes deux voisins.

Séance de questions et réponses. Mukendi n’est finalement pas si loin que ça. C’est lui qui modère la partie. Il rassure qu’il n’y a pas de questions tabou. Une table est placée non loin de moi. Concomitamment aux questions-réponses, l’achat des cartes de soutien commence.

Nancy Odia veut connaître la date de la tenue du congrès. Les propositions, selon Beltchika, sont sur la table du président qui va se prononcer sur cette date.

Un compte est ouvert à la BIAC et des reçus seront délivrés, répond Beltchika à la préoccupation de savoir comment l’UDPS compte s’y prendre pour éviter le détournement des fonds que les combattants et bienfaiteurs vont cotiser pour la réussite du congrès.

Très bonne question d’un gars du Potentiel : ‘‘Est-ce que les anciens peuvent revenir et assister au congrès ?’’. Excellente réponse : ‘‘Le congrès décidera’’. Il décidera aussi de la participation ou non de l’UDPS aux élections locales et municipales.

Et la question que tout le monde attend. Elle ne peut venir que du téméraire et un tantinet polémiste Soft Michel Mukebayi. ‘‘Et Mubake, le président du comité national suspendu, il y a-t-il une explication à son absence prolongée aux activités du parti ? En est-il toujours membre’’.

Et la réponse. Hautement politique. Belcthika sort le grand jeu, dans toutes les règles de l’art : ‘‘Jusqu’ici nous avons des préjugés favorables sur le camarade Mubake et croyons qu’il doit avoir des raisons qui le mettent en empêchement momentané (…) un de ces jours, nous le verrons venir et nous apprendrons qu’il était peut-être bloqué dans un embouteillage…’’

Rires, applaudissements.

16h00’, 30 minutes seulement après la cotisation de Tshisekedi, on annonce, juste dans la parcelle, avoir atteint la somme de 13.000 dollars. A part ça, dans Kinshasa, les gens souscrivent même au téléphone. On se bouscule au Canada, en Belgique, en France, en Afrique du Sud, …

Applaudissements.

Je me lève, salue Raoul, Mukendi et quelques parlementeurs débout et pars de chez Tshisekedi avec la conviction qu’un vent nouveau souffle à l’UDPS.

Tout est maintenant mesure, tempérance, pondération, modération, sérénité. Pas un mot ni un geste de trop. L’Udps relooké est bien là.

Les questions des journalistes sur les anciens, sur Mubake, sur les élections locales et les réponses conciliantes qui y ont été réservées  me fondent dans la conviction que ce parti veut maintenant s’occuper de l’essentiel : se critiquer, se réorganiser, toiletter son cadre légal et se mettre en ordre de bataille pour remporter les élections prochaines.

Quand une machine qu’on disait en panne arrive à lever 13.000 dollars en 30 minutes dans une parcelle, il ne reste plus aucun doute sur sa capacité à retrouver dans les prochains jours sa place au Congo et à conduire le pays vers l’état de droit tant espéré.

Tony Katombe

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09 novembre 2007

Samedi, le PALU provoquera l’UDPS

Salongo Bimsum, Lemba, Kinshasa. Jeudi 8 novembre 2007, 8h. Sur le boulevard Salongo, au coin de la petite allée en terre qui débouche sur l’avenue Beya Pumbu, à juste quelques jets de pierre du ravin qui a récemment englouti la route, les militants du Parti Lumumbiste Unifié (PALU) tiennent leur culte (pardon réunion) matinal habituel à la gloire d’Antoine Gizenga, le leader de leur parti.   

Aujourd’hui, comme chaque matin, ils affluent de l’enclavée et semi rurale commune de Kisenso et du lointain quartier de Mbanza Lemba.

La réunion commence par des chants, rythmés par des battements de tam-tam, à l’honneur de Gizenga. A bonne distance, les habitants du quartier et les passants regardent la scène avec une attitude empreinte d’amusement, de pitié et de raillerie.

Pour motiver ses camarades, le modérateur scande de temps en temps le slogan des églises post-missionnaires congolaises ‘‘Nani mokonzi ?’’ (Qui est souverain ?). Là-bas, on répond ‘‘Yesu!’’ (Jésus !);  ici, c’est ‘‘Peuple’’.

‘‘Comme si votre chef faisait quelque chose pour ce fameux peuple qui serait souverain’’, fulmine en passant, assez bas pour ne pas être entendue des adaptes de Tony de Prague, une dame avec un bidon d’eau de 25 litres sur la tête.

Un homme d’un âge indéfinissable, maigrelet, en babouches, pantalon et chemise aux couleurs inclassables, harangue une assistance d’une centaine de membres à large majorité du troisième âge. L’adresse s’articule autour du passé ‘‘héroïque et glorieux’’ de Gizenga et de la chance historique qu’a le Congo de l’avoir en ce moment comme premier ministre. Un chapelet de ‘‘réalisations, en un temps record’’, du gouvernement Gizenga est égrené sous des applaudissements nourris.

L’orateur tempère quand même ses encensements en reconnaissant toutefois que ‘‘la situation reste assez difficile pour le peuple et le chef en est bien conscient’’, avant de préciser que ‘‘il connaît aussi les gens avec qui il travaille et tout ce qu’ils lui font pour lui compliquer la tâche, mais dans sa sagesse, il veut aller avec eux lentement jusqu’à les neutraliser’’.

Slogans, applaudissements, cris de joie, battements de tam-tam. L’orateur insiste sur le soutien que tous les militants doivent apporter et manifester au chef. Aussi, il engage chaque membre à se présenter de bonne heure à la réunion du samedi 10 novembre 2007 matin. Et de tracer le programme, un programme bien inquiétant : ‘‘Ensuite, nous descendrons tous à Super Lemba. Comme vous le savez, le secrétaire général sera samedi à Super Lemba. Et de Super Lemba, nous irons tous avec lui à Elf Echangeur ’’.

Slogans, applaudissements, cris de joie, battements de tam-tam, dans une ambiance surexcitée au paroxysme.

A Elf Echangeur ‘‘siège’’ le parlement débout de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UPDS) d’Etienne Tshisekedi. Là-bas, jusqu’à ce que l’actualité interne au parti en vienne à être dominée par les péripéties mouvementées des préparatifs du premier congrès, on ne disait pas beaucoup de bien d’Antoine Gizenga. On se gaussait de ‘‘son livre d’or, son sommeil permanent, son immobilisme, son adoration pour Kabila…’’.

Or, au PALU, Tony de Prague est dieu. De tels blasphèmes ne sauraient être tolérés. Depuis des mois, chaque matin, à Elf Echangeur, les Gizengistes squattent le QG du parlement débout, scandent chants et slogans en l’honneur de leur gourou et insultent Tshisekedi. Les Tshitshi boys, flairant un piège provocateur, ont fait jusqu’ici preuve d’un sang-froid qu’on ne leur aurait jamais prêté. Habitués à évoluer dans un environnement d’hostilité, ils ont appris à repérer des jeeps de la police non loin de leur base à chaque visite des gens du PALU.

En programmant une descente de leur secrétaire général pour Elf Echangeur à la tête des cellules, le PALU aurait-il décidé de passer à la vitesse supérieure en réduisant au silence un adversaire politique ? N’y aurait-il pas assez de carrefours comme ça à Kinshasa où les adeptes de Gizenga peuvent rendre un culte à leur dieu sans qu’il soit besoin d’aller provoquer et intimider des adversaires ?

Pour les observateurs, le PALU, serait en train de s’ennuyer sérieusement. En effet, l’opinion ne comprend pas cet acharnement d’un parti dont le chef est premier ministre contre un parti d’opposition. Un parti qui a prétendu combattre la dictature pendant plus de quarante ans voudrait maintenant enrôler tout le monde dans son orchestre pour chanter et danser à la gloire de son dieu !!!

Au PALU, on les sait crédules à souhait, mais tout de même, ils feraient mieux de se demander comment ils arriveraient à réduire au silence ceux que ni Mobutu, ni Kabila père et fils n’ont pu impressionner.

Tony Katombe   

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30 octobre 2007

Salongo Bimsum : Nzela etamboli (La route a foutu le camp) !

Vendredi 26 octobre 2007. Kinshasa s’est réveillée dans l’eau tant il a plu toute la nuit d’une de ces fortes pluies que les Kinois redoutaient depuis un certain temps.

Sur les artères de la capitale, l’asphalte avait été raclée, les caniveaux  agrandis, mais laissés sans protection, un peu de gravier et de sable jetés ça et là, des tracteurs abandonnés, des panneaux avec inscriptions « travaux » posés, depuis de longs mois...

Et puis rien du tout. Et les pluies, plus ou moins clémentes, se succédaient les unes aux autres, érodant la terre battue, la partie de la chaussée laissée non raclée et les caniveaux  non protégés.

Tout le monde savait et s’y attendait. Une forte pluie et ça serait la catastrophe. Mais personne n’a rien fait pour le prévenir. Une tentative de l’Assemblée Nationale d’interpeller un ministre PALU concerné a provoqué une levée des boucliers des adeptes du lion pende. Ces deniers estiment que pour avoir contribué à sauver la tête du PPRD Nkulu dans le crash de l’Antonov sur Kingasani, leurs ministres devraient être laissés tranquilles. Celui qui a fait bastonner les journalistes, compris.

Après tout, ce n’est pas leur ministre des travaux publics qui a fait pleuvoir. Et puis, depuis combien de temps est-il là pour porter le chapeau de la négligence des autres ?

A Salongo Bimsum, le chic quartier au sud de Lemba, ce qui tenait lieu de route fait maintenant office de site touristique. Les habitants de Lemba viennent, le long du camp des officiers BUMBA MOASO, contempler ce gigantesque ravin qui a remplacé la chaussée sur laquelle ils ont encore roulé la veille.

‘‘Nzela etamboli !’’ (La route a foutu le camp) s’exclame, l’air incrédule, un jeune homme qui gagne sa vie en faisant le taxi sur le tronçon Salongo Bimsum - Super Lemba.

On ne leur avait rien demandé nous’’, s’emporte une dame. ‘‘Nous nous en sortions pas très mal avec notre route truffée des nids de poule. Les jeunes de Kisenso y mettaient de la terre et des pierres de temps en temps et on roulait cahin-caha’’.

Des têtes se secouent, des doigts se claquent. Comment en est-on arrivés là ? La question est sur toutes les lèvres. Le gouvernement, aux dires des habitants du quartier, aurait accordé à la société SAFRIMEX le marché de la réfection de la route, aux conditions, entre autres, de préfinancer le début des travaux. Ce que la société fit jusqu’à une certaine hauteur. Non seulement le gouvernement ne paya pas les frais engagés par SAFRIMEX, il ne versa pas non plus le solde nécessaire à la poursuite des travaux.

‘‘Et pourtant nous avons trois ministres dans le quartier’’, s’indigne quelqu’un dans la foule. ‘‘On verra bien par où ils vont passer avec leurs 4X4’’, tranche-t-il avec une satisfaction empruntée au fait d’être maintenant logé à la même enseigne avec leurs excellences. ‘‘Ils ne sont que des locataires, ils vont déménager’’, lui répond quelqu’un d’autre.

Des moulins ont été arrachés par l’eau de pluie et jetés dans le ravin, les tuyaux de la REGISEDO sectionnés. Déjà, l’eau était une denrée plutôt rare à Salongo Bimsum. Avec les dégâts de la pluie, les pousse pousseurs se frottent les mains en faisant louer leurs véhicules pour ramener de l’eau de Salongo Nord et Lemba Terminus. 

Un gars de la MONUC, un occidental, prend des images sous les huées de la foule. ‘‘Voilà votre gouvernement que vous nous avez imposé, voilà comment il est en train de nous exterminer par Nkunda, par des ANTONOV, par des pluies,… Combien des morts vont-ils nous présenter à la télé le soir ? Dieu vous jugera !’’

Satisfaits d’avoir charrié le mundele (blanc) qui s’en va sans demander son reste, ils s’acclament eux-mêmes. Chacun y va de son histoire : ‘‘A Makelele, c’est terrible, tout le pont est sous l’eau. Il y a beaucoup de morts’’, raconte une dame à l’air essoufflé. ‘‘A Matete’’, enchaîne une autre, ‘‘ma sœur et ses enfants se sont réveillés dehors. Leur mur de maison qui servait aussi de mur mitoyen s’est écroulé pendant leur sommeil, tuant les enfants de la voisine. Heureusement pour ma sœur, il n’y a eu aucun mort, mais tous leurs biens et habits ont été emportés par les gens du quartier’’.

A Salongo Bimsum, la vie n’était plus gaie depuis un certain temps. Avant la route, le courant électrique et l’eau courante avaient déjà foutu le camp.

En remplacement de l’énergie électrique de la SNEL, les groupes électrogènes et la braise marchent à fond.

Pour la route, les véhicules ont trouvé trois raccourcis. Le plus emprunté passe par le camp Bumba, avec trois barrières, l’une à l’entrée, l’autre au milieu et la dernière à la sortie, avec chacune son droit de passage, à la tête du client (pardon, du véhicule), bien sûr. Le deuxième passe par Salongo Nord, avec sortie sur By-Pass au niveau de l’Arrêt Libaya, et le troisième conduit au rond-point Ngaba en passant par les avenues Malula et Université.

Quant à l’eau, la cité qui s’était autoproclamée ‘‘bientôt quartier le plus propre de Kinshasa’’, malgré sa peur de voir une nouvelle forte pluie emporter les maisons du camp Bumba, contre mauvaise fortune bon cœur, prie Dieu de faire tomber de son ciel cette eau si précieuse, pour se laver et laver les habits, non sans lui avoir demandé d’y aller moins fort cette fois-ci. 

Tony Katombe

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26 octobre 2007

Nord-Kivu : Bush fait son show, les Kabilistes jubilent.

Vendredi 26 octobre 2007. Le président congolais, Joseph Kabila est en visite aux Etats-Unis d’Amérique où il va conférer avec G.W. Bush, président américain. Ce dernier, plus préoccupé par le feu qui sévit en Californie, a juste voulu raconter, en guise de mot de bienvenu, à son homologue congolais, ce qu’il voulait entendre.

Bush a ainsi fait annoncer qu’il ordonnait la reconduction du gel des avoirs de l’Ex Général Nkunda et de ceux de certaines personnalités impliquées dans l’insécurité qui prévaut au Nord-Kivu.

Lui qui voulait, en bon politicien, juste dire n'importe quoi, c'est-à-dire rien, s’est fait prendre au sérieux par les milieux kabilistes qui ont pris son verbiage pour argent comptant. Les journaux du pouvoir et une certaine élite pro-kabila (et kabila lui-même ?), crédules comme on en fait pas, jubilent déjà sur la fin annoncée de l’officier tutsi.

Comment comprendre que des journalistes soi-disant professionnels prêtent leurs manchettes à des propos aussi creux, moins d’un mois seulement après s’être fait prendre au piège comme des apprentis avec la prétendue interview d’un certain Jackson Wilson, le pseudo journaliste indépendant américain ?

Une fois, c’est bon, on peut comprendre, et encore ! Mais si à chaque non événement, certains journaux, toujours les mêmes, croyant détenir un scoop, sans creuser, donnent de l’écho à une histoire qui ne passerait même pas à l’école de dimanche, on est en droit de douter de l'expertise des animateurs de ces organes de presse.

Du cosmétique encore une fois et certains congolais jubilent. Sans vouloir jouer aux rabat-joie, je voudrais quand même qu'on lise attentivement le verbiage de Bush. Si on le peut, on aura alors constaté qu'il s'agit d'une reconduction d'une mesure prise au mois d'octobre 2006.

Si maintenant on arrêtait un peu la fête et on se posait certaines questions. Quel impact aura cette fois-ci une mesure - qui n'est pas nouvelle - sur Nkunda, alors que pendant une année, elle ne lui a pas empêché de foutre le bordel chez-nous à Masisi ? Les avoirs de Nkunda, seraient-ils logés aux Etats-Unis pour que Bush décide à tout bout de champ de les geler ? Si oui, à combien sont-ils évalués, d’où proviennent-ils et à quoi tiennent-ils exactement ? Le patron du plus puissant service d’intelligence au monde ignorerait-il d’où vient le principal soutien de Nkunda pour que le nom de Kagamé ne paraisse pas sur sa liste noire des détenteurs des avoirs à geler ?

C’est juste de la poudre, made in White House, aux yeux. Débarbouillez-vous et comprenez que si Nkunda et venu par les armes, il ne s’en ira que par les armes. Négocier avec lui pour son départ en exil fera des émules. S’il y a eu Bizima et Ruberwa, derrière Nkunda se cachent d’autres ‘‘Banyamulenge’’ que Kagamé s’apprête à lâcher au Congo. Si tout le mal qui peut arriver à Nkunda est une bourse dans une prestigieuse académie militaire, comprenez que l’afandé de Kigali n’aura que l’embarras du choix.

Tony Katombe

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05 septembre 2007

Interview de Tony avec Ben sur Le Blog de Tom

Les interviews de Ben: ANTHONY KATOMBE

Benjamin Heine, un ex-camarade de classe a réalisé une série d'interviews de bloggeurs/cyber dissidents. Il m'a gentiment proposé de les publier sur mon blog, ce que je fais avec grand plaisir. Voici la première de la série:

Sur http://www.leblogdetom.info

Anthony Katombe, salarié congolais d'une entreprise française est également analyste politique et visiteur fréquent des cybercafés de Kinshasa. Il tient un blog s’intitulant Le Blog du Congolais (http://congomania.afrikblog.com), il co-édite un autre blog : Prince du Fleuve Congo et est rédacteur au site d’information congolais CongoOne. Il collabore en outre avec divers journaux et magazines en ligne (Le Phare, Culturek) où il publie régulièrement ses articles. Son objectif est de faire du lobbying politique pour sensibiliser ses compatriotes de la diaspora en Europe, pour qu'à leur tour ils influencent les politiques étrangères envers le Congo. Il vise en particulier la France, la Belgique, et les Etats-Unis.

BH: Pensez- vous être parvenu à sensibiliser vos compatriotes à travers votre blog, Le Blog du Congolais (http://congomania.afrikblog.com)? Avez-vous des exemples?

AK: En toute modestie, je pense avoir apporté ma contribution dans la sensibilisation de mes compatriotes de la diaspora face à l’impérieuse nécessité d’influencer les politiques européenne et américaine à l’égard du Congo. Les exemples sont légion. L’ardeur de mon engagement et la rigueur de mes analyses m’ont fait gagné l’estime de jeunes activistes politiques congolais de l’étranger (ceux de l’intérieur) avec qui on ne se connaissait pas avant.

Beaucoup d’entre eux me lisaient déjà depuis un certain temps dans le journal ‘‘Le Phare’’ dans lequel je publiais des articles qui étaient postés sur Internet. La création du Blog du Congolais m’a donné à mon tour l’occasion de les découvrir à travers leurs visites et leurs commentaires de soutien et d’encouragement. Ils m’ont adopté au point où je me suis retrouvé à un moment inondé de demandes de collaboration soit pour relayer leur combat dans la presse à Kinshasa et sur mon blog, soit pour écrire des articles et les poster sur leurs sites.

Je suis donc entré en contact permanent avec les représentants des forces politiques congolaises significatives qui luttent, à partir de l’extérieur, pour l’avènement de la démocratie et de la bonne gouvernance, notamment les militants et cadres de l’UDPS (Union pour la Démocratie et le Progrès Social), l’historique et principal parti d’opposition; les Bana Congo, redoutable groupe de pression congolais basé à Bruxelles; Toponi Congo, un autre groupe de pression basé à Paris, au temps où il était dirigé par la très combative Candide Okeke et la très dynamique Nita Evele qui ne ménage aucun effort dans sa lutte pour un Congo digne à partir des Etats-Unis. 

Avec toute ma bonne volonté, je n’ai pas pu pas satisfaire à toutes les demandes, pour raison de temps. Néanmoins je collabore avec beaucoup de bonheur au grand site Culturek de mon ami et compagnon de lutte Désiré Katompa qui milite depuis Bruxelles; je co-édite le blog Prince du Fleuve Congo du très engagé Philippe Liondjo qui vit en Suisse. En outre, je suis rédacteur au très sérieux Congoone. Ce sont là de très grands espaces médiatiques avec plus de mille visiteurs par jour. Je regrette cependant que depuis bientôt une année, mes responsabilités professionnelles ne me permettent pas d’être aussi présent et aussi prolifique que j’aurais souhaité.

Ça me réjouis de constater que depuis juin 2005, les congolais ne ratent pas une seule occasion de fêtes nationales congolaise, belge, française ou américaine pour faire entendre leurs voix devant les bâtiments officiels occidentaux et dans la rue. Et le fait que le Congo est devenu un des thèmes centraux aux élections en Belgique témoigne de l’impact de l’activisme de la diaspora congolaise. Je suis fier de participer à cette lutte pour l’avènement de la démocratie et du management politique transparent.

BH: Comment expliquez-vous le fait que le Congo soit le pays d’Afrique francophone où la blogosphère est la plus active ?

AK: Ce n’est que normal. Aucun autre pays francophone n’a connu ce par quoi le Congo est passé. Au Congo, il y a eu plus de quatre millions de morts, mais l’actualité du monde est restée dominée pendant longtemps par les informations sur l’Afghanistan, l’Irak ou le Darfour. Au Congo la transition politique s’est terminée sans que les responsables dans ce plus grand massacre de l’humanité ne soient inquiétés. Ils se retrouvent plutôt à la tête des institutions du pays. Les forces et personnalités politiques significatives ont été écartées du jeu politique. Les ressources naturelles sortent du pays et le Congolais continue à vivre avec moins d’un dollar par jour, les soins de santé restent inaccessibles, les routes impraticables. Et les médias occidentaux, quand il leur arrive de dire quelque chose sur le Congo, parlent d’avancées significatives, de croissance à je ne sais plus combien de chiffre,...

Celui qui souffre plus crie plus fort. Comme la presse occidentale, copine des politiques, n’a pas voulu relayer ce cri, et que la presse nationale travaille dans un climat d’une terreur telle qu’elle ne peut donner suffisamment de voix (depuis 2005 un journaliste est assassiné chaque année, d’autres intimidés, molestés ou incarcérés), les congolais ont compris qu’ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes pour faire entendre leur cri. Voilà le résultat.

BH: Est-ce que vous avez déjà été menacé ou intimidé à cause de vos positions politiques clairement affichées sur votre Blog ?

AK: Pas ouvertement. Juste des intimidations sur mon blog et sur les forums des sites auxquels je collabore. Mais j’ai tout de suite mis cela sur le compte de manque d’arguments de la part des contradicteurs peu sûrs d’eux-mêmes.

BH: Avez-vous un accès quotidien à l’Internet et aux nouvelles technologies de l’information et de la communication (TIC) ? Comment les utilisez-vous communication,( consultation d’information, création d’information) ?

AK: J’ai un accès régulier à l’Internet mais pas quotidien. Il faut dire qu’une heure sur Internet dans un bon cyber ne coûte pas moins d’un dollar américain. Une somme qui est tout sauf modique quand on pense que le congolais vit avec moins que ça par jour. Je consens beaucoup de sacrifices financiers pour accéder à l’Internet au moins une fois tous les deux jours pour entrer en contact avec mes compatriotes de la diaspora à travers les messageries instantanées telles que Skype et Yahoo Messenger et pour répondre à leurs e-mails qu’ils m’envoient souvent. Je m’informe en consultant régulièrement les meilleurs sites d’information politique sur le Congo. Pour raison d’économie, j’écris mes articles et analyses sur mon ordinateur, les enregistre sur une clé USB (flash disk) que j’amène au cyber pour poster l’information.  

BH: Après la « révolution industrielle », on parle aujourd’hui, dans les sociétés modernes, de « révolution informationnelle », liée aux grands changements apportés par les Technologies de l’Information et de la Communication (TIC), quel est votre avis sur la question ?

AK: Je pense que les changements apportés par les TIC sont très significatifs et que c’est à juste titre qu’on parle de «révolution informationnelle». La miniaturisation et l’optimisation de l’outil informatique permettent aujourd’hui le stockage de volumes considérables d’information dans des supports à peine visibles, la réduction sensible du temps de traitement de l’information et l’étonnante fiabilité de la qualité des échanges communicationnels et des résultats dans toutes les disciplines où le recours est fait à l’informatique. Ce qui était à peine imaginable il y a un quart de siècle.

BH: Selon vous, comment utiliser les nouvelles technologies de l’information et de la communication pour préserver la diversité culturelle et favoriser le dialogue entre les civilisations ?

AK: Au risque de vous décevoir, je n’aime pas beaucoup le concept de diversité culturelle. C’est un concept dont abuse une certaine élite qui aime se pavaner en veste et cravate dans des pays où la température varie entre 30 et 45°C, une élite qui n’hésite pas à mettre, entre les mains des enfants de huit ans, pour arriver au pouvoir, des armes fabriquées en occident, une élite qui adore se faire soigner en Europe même pour une angine. Elle a troqué les raphias contre les costumes trois pièces, les flèches contre les kalachnikovs et les herbes médicinales de leurs ancêtres contre la médecine occidentale. Mais il lui reste quand même assez de culot pour parler de diversité culturelle quand il s’agit de faire accéder leur population aux NTIC sans lesquelles le développement n’est pas pensable.

BH: Pensez-vous que la référence constante à la fracture numérique dans les discours gouvernementaux est légitime et réelle ou n’est-elle qu’un « slogan politique » visant à obliger les pays du sud à se conformer au modèle occidental en les obligeant à acheter des softwares et hardwares occidentaux ?

AK: La référence constante à la fracture numérique peut être motivée par quelque raison politicienne, mais elle n’est pas moins réelle. Je ne suis pas partisan du nationalisme étroit. Les gens se définissent de plus en plus comme citoyens du monde et je ne comprends pas très bien cette tendance des politiques à opposer les civilisations. Le développement des pays du Sud, ils (les politiques) le reconnaissent, passe par le transfert de la technologie. Ca ne sert à rien de chercher à réinventer la roue. Il ne devrait y avoir aucune honte à adopter un modèle qui a réussi.

BH: Selon vous, comment empêcher la fragmentation d’Internet (ou « fracture numérique »), comment garantir la libre circulation des informations dans le cyberespace et le respect du droit des individus à la liberté d’expression ?

AK: Il faut à mon sens que les gouvernements du sud s’y investissent au premier chef en élaborant des politiques courageuses en ce domaine. Ils peuvent arrêter des objectifs par rapport à la formation des populations aux NTIC. Commencer par équiper les écoles d’ordinateurs reliés à l’Internet et imposer les cours d’informatique depuis l’école primaire me semble un bon début. Ensuite, il faudrait équiper les maisons communales et les bureaux des quartiers des cybers publics auxquels les populations peuvent accéder à moindre frais.

Il est aussi important que les dirigeants du sud arrivent à exonérer les matériels informatiques de toutes taxes et droits d’entrée à l’importation.

BH: La solution des cybercafés et des centres d’accès collectif à Internet a été proposée et est développée depuis plusieurs années dans de nombreux pays émergents. Si ce type d’alternative permet une connectivité à bas prix, pensez-vous qu’elle permet aussi aux citoyens du sud de vraiment s’impliquer dans le militantisme online ?

AK: Comme dit plus haut, l’accès à l’Internet demande des moyens. Ces moyens ne sont bas que vus du Nord. Pour quelqu’un qui peine déjà à survivre avec moins d’un dollar par jour, l’Internet restera un luxe encore pour longtemps. 

BH: En 2006, on a entendu parler de projets de vente d’ordinateurs portables « génériques » à moins de 100 euros dans les pays du continent africain. Il y a quelques mois, c’était le portable à 40 euros qui commençait à être vendu en Inde. Cela permet une utilisation individuelle des TIC par le cybernaute. Croyez-vous que ce type d’accès aux technologies numériques (en particulier celles liées à Internet et à l’ordinateur) est plus favorable et efficace que l’accès collectif en centre public (type cybercafés…) ?

AK: Tout à fait. La possession d’un ordinateur permet au militant de gagner du temps et de faire des économies. Comme dans mon cas, on arrive au cyber avec les informations dans une clé USB et on les poste en quelques minutes. Si on peut à partir de sa maison disposer d’une connexion Internet, c’est encore beaucoup mieux car les obligations horaires des cybers ne favorisent pas toujours l’inspiration et la concentration 

BH: Comment décririez-vous la société numérique idéale ?

AK: La société numérique idéale est celle où chaque citoyen du monde n’aura pas beaucoup d’acrobaties financières à faire pour accéder aux NTIC et s’exprimer en toute liberté.

BH: Vous êtes aussi un des membres principaux de Démologue.com (http://www.demologue.com/). Comment a été fondé Démologue.com? Comment se sont rencontrés les premiers activistes du réseau? Quelle a été votre contribution au site depuis sa création?

AK: Démologue.com est un grand réseau de la démocratie et je me dois à la vérité de dire que je suis très loin d’en être un des principaux membres. Je n’ai fait que m’y enregistrer comme membre, y enregistrer mon blog et demander aux amis d’en faire autant. Il est aussi vrai que j’ai traduit son manifeste de l’anglais au français. Ce qui ne fait pas de moi un membre principal, loin s’en faut !

Démologue a été fondée par Mary Joyce, une expatriée américaine vivant à Rabat, avec l’assistance d’un ami népalais. Dans un premier temps, Mary a contacté les bloggeurs activistes par e-mail et les a intéressés sur la nécessité de tisser cette grande toile de la démocratie mondiale. Elle m’a découvert à la suite de l’interview que j’avais accordée à Global Voices . Elle m’a dit toute l’admiration qu’elle avait de ce que je faisais et m’avait demandé de rejoindre le réseau. Ce que j’ai fait sans hésiter.  

BH: Quel est le public visé par Demologue.com ?

AK: Tout le monde, mais plus particulièrement les membres de la diaspora des pays du Sud vivant dans les pays développés. Ils ont un peu plus de moyens et un accès plus régulier à l’Internet. Demologue.com les veut comme soutien et amplificateurs du combat de leurs compatriotes sur terrain.

BH: Un des objectifs principaux de Demologue.com est d’apporter une démocratie mondiale à travers un réseau de militants contrôlant leur gouvernement respectif. Pensez-vous que cela est envisageable à court terme ?

AK: Oui, et c’est déjà en train d’arriver. Il est maintenant très loin derrière nous le temps où les dirigeants africains par exemple allaient se pavaner en occident et y mener grand train avec l’argent du contribuable. Maintenant, ils rasent les murs à Bruxelles, Paris et Washington, par peur de tomber sur des comités d’accueil de leurs compatriotes pas si accueillants que ça

BH: Demologue.com est en perpétuelle croissance, quelle est sa méthode de recrutement ?

AK: Les membres intéressent les bloggeurs activistes au réseau. Une fois qu’ils rejoignent le réseau, ils intéressent à leur tour d’autres bloggeurs activistes. C’est comme ça que ça marche

Anthony Katombe peut-être contacté à tonykatombe@saintly.com 

Propos recueillis et portrait réalisé par Benjamin Heine


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04 septembre 2007

Remaniement ministériel : un non événement contreproductif

Un non événement

Kinshasa, Lundi 3 septembre 2007. Dans la classe politique congolaise, la fièvre est montée d’un cran. Et pour cause, Joseph Kabila, ci-devant président congolais élu avait promis, qu’à la rentrée, l’évaluation du gouvernement de coalition sera faite et que des têtes allaient tomber.

Déjà,  au temps où le pays comptait encore pour quelque chose dans le concert des nations, avec des animateurs autrement plus calibrés, des remaniements, la population en a vécus, dans l’indifférence générale.

Au fil du temps, l’opinion s’était rendue compte qu’en bon joueur d’échecs, et juste pour assouvir son plaisir et sa soif de gloire, Mobutu se plaisait à placer, déplacer et replacer ses pions du club de 300 dont les membres devenaient de plus en plus riches pendant que le pays s’enfonçait dans le marasme économique et social.

‘‘Il n’y a pas de mauvaises troupes, il n’y a que de mauvais chefs’’, aimait prétexter le président fondateur pour démettre ministres, gouverneurs, PDG et généraux qui ne s’en faisaient pas outre mesure car se sachant en réserve de la ‘‘révolution’’.

La logique du Maréchal était non seulement très bonne, mais surtout taillée sur mesure pour ne pas aller trop loin et s’appliquer aussi au chef suprême. Le pays ne lui devait-il pas tout ?

Plus le pays sombrait dans le dénuement et le ridicule, plus le guide montait en gloire et en titres. La faute, après tout, et paradoxalement, c’était à ses collaborateurs. Et pourtant à chacun de ces remaniements, il prenait les mêmes et recommençait, pour les mêmes résultats.   

Pour rabattre son caquet à son homologue Zaïrois qui la ramenait un peu trop, un ministre congolais de Brazzaville dût lui faire remarquer qu’il était son cinquième interlocuteur, en deux ans.

Dix ans après la fin du régime mobutien de fort triste mémoire, une certaine presse, relais d’intrigues et intox des politiciens sans foi ni loi, prenant les congolais pour des vaches, s’évertue à leur faire avaler que leurs vies vont changer avec le remaniement de septembre. Des ministres ‘‘incompétents’’ sont donnés partants, des noms des remplaçants ‘‘à l’expertise éprouvée’’ avancés par des éditorialistes puisant à ‘‘des sources toujours généralement bien informées’’. 

Et comble de sacrilège, la même presse laisse entendre aux adeptes du PALU que leur dieu, Antoine GIZENGA, l’homme au livre d’or serait à la base de l’immobilisme du gouvernement car fatigué et déphasé. Alors que le prophète avait dit que le Congo renouerait avec la prospérité et la puissance, le jour où l’on rétablirait le premier gouvernement élu en mettant au pouvoir Tony de Prague, les fidèles de Mbuta ne comprennent pas que contre espèces sonnantes et trébuchantes, des journalistes ‘‘anti-patrie’’ poussent l’inconscience et l’outrecuidance jusqu’à le croire remplaçable par A. Tambwe Mwamba, J.O. Ngalamulume,... !

Au PALU, le bilan, voulu largement positif, est déjà fait. Fêtant le 43è anniversaire de leur parti, les adeptes de Tony de Prague ont égrené un chapelet des réalisations pour le soutenir : baisse du prix de ciment, assainissement de la ville, réduction du nombre des passagers dans les transports en commun, la stabilisation du taux de change, campagne de changement des mentalités,...

Quant à l’opinion, elle n’a jamais été aussi sceptique. Elle ne voit pas très bien comment le simple fait de remanier un gouvernement va faire bouger les choses dans le bon sens. Elle ne renie nullement à la majorité tout son droit de déclarer son gouvernement défaillant si ça lui chante. Mais le bons sens voudrait néanmoins qu’un tel verdict repose sur des critères objectifs. Or jusqu’à ce jour, aucun canevas opérationnalisé des fameux 5 chantiers du président de la république n’a jamais été soumis à l’attention du public. Il ne fait pas du tout sérieux de saquer Tony et son équipe sans leur opposer des objectifs clairs et chronométrés qu’ils n’auraient pas atteints.

Toutefois, le sérieux n’étant le souci des dirigeants congolais, ça ne surprendrait personne qu’ils fassent leur chambardement avec leur habituelle désinvolture. 

Contreproductif

A l’AMP, il y a trop d’appelés. Le gouvernement a beau être éléphantesque, d’innombrables sociétaires de la majorité se sont aperçus, à la composition de l’équipe, que pour Antoine GIZENGA, ils n’étaient pas aussi ministrables que ça. Des chefs des partis ont essuyé la rebuffade de Tony de Prague et se sont vus préférer leurs lieutenants. ‘‘Il préfère s’entourer des blancs-becs applaudisseurs tellement subjugués par sa prétendue aura qu’ils ne se rendent même compte de ses limites’’, ont-ils lâché, amers, non sans avoir prié le dieu de l’échec de tirer vengeance en leur faveur.

Leurs prières semblent avoir été exaucées plutôt que prévu. Début septembre, la fièvre du remaniement gagne la majorité. Les débats politiques ne tournent qu’autour d’un chambardement voulu inévitable et imminent. Si pour les uns, il suffirait juste de remercier quelques ministres, nombreux sont ceux à l’AMP qui pensent qu’il est temps d’offrir sa retraite politique à GIZENGA.

Jean, un jeune juriste au chômage proche de GIZENGA avertit : ‘‘J’espère que Kabila est assez lucide pour savoir ce qui est bon pour lui. Le président voudrait se faire hara-kiri qu’il ne trouverait pas meilleure formule que de remercier le Vieux. Ça lui mettrait le reste du Bandundu et une bonne partie de Kinshasa sur le dos. Et même s’il remplaçait GIZENGA par quelqu’un d’autre de l’ouest, celui-ci ne saurait avoir l’envergure du Vieux. En plus, ça relancerait la guerre de positionnement au PPRD où on ne se gêne pas de laver le linge sale en public. Et plus sérieusement, le PALU pourrait se désengager de l’AMP et faire basculer la majorité actuelle’’.

Quand on se rappelle les récentes déclarations de Moïse KATUMBI, Gouverneur du KATANGA et celles de Francis KALOMBO, député élu PPRD, on comprend que le gouvernement est plus combattu par la majorité elle-même que par l’opposition. Et si les ambitieux de la famille présidentielle devraient convaincre Kabila à leur offrir la tête de GIZENGA, il leur faudra beaucoup de temps pour lui trouver un remplaçant. Un temps qu’ils ne peuvent pas se permettre maintenant qu’ils sont en discussion avec les institutions de Bretton Woods.

Pendant que la majorité se rentre dedans, l’opposition sort de sa trêve. Au cours de l’émission 4 vérités de la Chaîne de télévision RLTV,  Jean-Baptiste Bomanza et Franck Djongo de l’UN tranchent : ‘‘L’AMP a étalé son incapacité à gouverner le pays, malgré la trêve lui consentie par l’opposition. Nous ne croyons pas du tout qu’un quelconque remaniement changerait les choses. Nous appelons plutôt des élections anticipées qui feront bénéficier au pays de l’expertise de l’opposition pour une autre gouvernance’’.

Anthony Katombe

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Ne Muanda Nsemi privé de vacances

Ne Muanda Nsemi, chef spirituel du mouvement politico-religieux Bundu dia Kongo, député élu du Bas-Congo, candidat malheureux au poste de vice gouverneur de la même province, s’est plaint en début de semaine passée d’avoir été empêché de prendre ses vacances parlementaires auprès de sa base à Luozi. 

Le député à une idée claire sur ceux qui lui ont mis les bâtons dans les roues. Selon lui, le gouverneur du Bas-Congo et son adjoint ont paniqué quand ils ont appris que le numéro un de BDK descendait dans son fief. ‘‘Ils savent qu’à chacun de mes déplacements, les populations accourent en masse. Comme ils savent aussi qu’ils sont aux commandes de la province par tricherie, ils ont eu peur de voir notre peuple les désavouer en me réservant un accueil triomphal’’, foi de Ne Munda Nsemi.

Et de poursuivre : ‘‘Le Gouverneur, comme son prédécesseur, lors du massacre du début de l’année, ne voulant pas s’exposer, est allé se cacher en laissant la responsabilité à son adjoint. Ce dernier a appelé Kinshasa pour que je sois empêché de rejoindre ma base. Des renforts lui ont été envoyés au point que deux camions de mes accompagnateurs ont été arrêtés’’.

Déo NKUSU, vice gouverneur incriminé se défend : ‘‘Ne Muanda n’a pas raison d’affirmer que je l’ai empêché d’entrer au Bas-Congo pour la simple raison que quand il décide de rebrousser chemin, il était déjà dans la maison de l’honorable MVUEMBA à Kasangulu, donc au Bas-Congo. Il n’est pas un député comme tout autre. Chaque fois qu’il descend dans le Bas-Congo, il y a des troubles. Cette fois-ci, j’ai pris des dispositions. J’ai moi-même demandé à Monsieur VUEMBA, à qui j’ai assuré le carburant, d’accompagner Ne Muanda Nsemi jusqu’à Kimpese pour que ce déplacement se passe sous les yeux d’un témoin qui ne soit pas de l’AMP.’’

Propos confirmés par MVUEMBA et Ne Muanda Nsemi qui insistent tout de même sur le fait que bloquer sa suite est aussi une façon de le bloquer lui-même quand on sait qu’il ne se déplace jamais seul.

Déo NKUSU ne se sent pas concerné : ‘‘La suite de Ne Muanda Nsemi a été bloquée à Mitendi que moi je ne gère pas’’. Il se dit victime de diffamation et réclame une enquête parlementaire pour établir s’il a empêché un député élu de se déplacer.

Et poussant sa logique jusqu’au bout, il promet :’’ S’il est établi que j’ai empêché l’honorable Ne Muanda Nsemi de se déplacer, je démissionne’’.

Ce qui n’impressionne pas les observateurs qui savent qu’au pays de l’AMP, la meilleure façon de tirer les rideaux sur un acte est de réclamer une enquête. Depuis le règne de l’AFDL et ses dérivés, aucune de nombreuses enquêtes promises tambours battants n’a jamais livré ses conclusions, si jamais elle avait même été initiée.

La démocratie promise est là. Bemba en exil forcé, Badibangi à l’hôpital, Ne Muanda Nsemi bloqué à Kinshasa, les médias privés soumis à l’intimidation et à la terreur, les médias publics chantant les louanges du ‘‘Raïs’’.

Anthony Katombe

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